CÉCITÉ PSYCHIQUE
grammes, doses toujours efficaces chez Thomme. C'est pour avoir méconnu ces précautions que Ton a pu signaler quelques accidents, plus impressionnants que graves, en réalité, après Tadministration, en une seule fois, de doses de SO, 40 et même 25 centigrammes.
Voyons, maintenant, quels sont les effets physiologiques déterminés par le chloralose. Ces effets varient suivant que les doses sont fortes ou faibles. Si Ton pratique sur un chien une injection intraveineuse de 4 centigrammes par kilo, au bout de quelques minutes, on voit ranimai être comme pris de vertige; il titube, ne peut plus tenir debout, pousse des cris, est en proie à une excitation aussi violente qu incoordonnée.
M. Ch. Richet insiste avec raison sur deux particularités de ces manifestations : le temps nécessaire à Timprégnation des cellules nerveuses; le défaut d'équilibre dénotant l'atteinte, en tout premier lieu, de la plus délicate et la plus susceptible des fonctions de l'encéphale. Déjà, à cette période, on peut remarquer l'existence de la cécité psychique, caractérisée par ce fait que les animaux ne s'effraient pas des menaces qu'on leur fait et ne reconnaissent plus les objets placés devant eux. Le clignement réflexe des yeux ne se produit plus à l'apparition brusque d'un geste ou d'un objet menaçant : or, pour que ce réflexe se produise, il ne faut pas seulement que la conjonctive et la rétine soient sensibles, que le nerf facial ait conservé son action sur le muscle orbiculaire, il faut encore, et surtout, que le système nerveux central soit intact. Dans le cas du chloralose, c'est ce défaut d'intégrité du système nerveux central qui est cause de la cécité psychique : l'animal voit, mais ne comprend pas. Cette cécité psychique est analogue à celle qui s'observe après ablation des circonvolutions cérébrales de droite et de gauche : la sensibilité ^âsuelle est conservée, puisque les réflexes de l'iris persistent et que l'animal peut progresser sans se heurter aux obstacles; mais la compréhension est abolie, de sorte qu'un chien de chasse ne fait plus aucune distinction entre un lapin et une pierre; tous deux sont un obstacle qu'il cherche machinalement à éviter.
Si l'on élève la dose, et que l'on atteigne, par exemple, 5 à 7 centigrammes par kilo, à Taclion excitante de tout à l'heure va 8uc<;éder une action hypnotique des plus accentuées. L'imprégnation et la modification de la substance grise est profonde, comme le démontrent les expériences suivantes, dues à M. Ch. Richet. L'excitation
ACTION SUR LES HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX 68i
électrique du gyrus sigmoïde provoque bien encore des mouvements dans le membre du cdté opposé, mais ces mouvements sont bien moindres que chez un animal non soumis à l'influence du chloralose; et, de plus, si Ton pratique Tablation de la couche corticale de substance grise, on observe que Texcitabilite est augmentée,' absolument comme si la substance grise intoxiquée opposait une résistance plus grande à l'excitation électrique. Des faits exactement semblables s'observent avec le chloral, comme je vous Tai déjà dit. Chez les chiens normaux, c'est absolument le contraire, et le courant faradique minimum capable d'exciter des mouvements dans les membres du côté opposé lorsqu'on l'applique à la région du gyrus sigmoïde, ne détermine plus d'effet après ablation de la couche corticale de substance grise : normalement, la substance grise, au lieu d'augmenter la résistance, la diminue au contraire.
Un autre fait démontrant combien la région corticale des hémisphères cérébraux est intéressée dans l'empoisonnement par le chloralose, ce sont les attitudes des membres des animaux, attitudes ressemblant tout à fait à celles des chiens chez lesquels on a pratiqué l'ablation du gyrus sigmoïde, ou en proie à une lésion destructive des zones rolandiques de l'écorce. Les pattes postérieures sont étendues asymétriquement; les pattes antérieures, croisées dans les positions les plus étranges; ces chiens marchent sur la face dorsale des pattes, avec des défectuosités dans le sens musculaire et dans la démarche qui sont des preuves évidentes de la perte du cerveau moteur.
Chez le chien, sous l'influence d'une dose hypnotique, c'est-à-dire 5 à 7 centigrammes en injection intra-veineuse, 25 à 40 centigrammes en ingestion stomacale, et par kilo d'animal, on voit se dérouler une série de phénomènes permettant d'étudier avec détails l'action hypnotique' du chioralose. D'abord, on n'observe jamais ou presque jamais de vomissements; puis, après un temps variable suivant la voie d'introduction, 5 à 20 minutes s'il s'agit d'injection intraveineuse, de trois quarts d'heure à une heure et demie s'il s'agit d'ingestion stomacale, le chien est pris d'hésitation dans sa démarche, ses mouvements sont incertains, les muscles paraissent raidis, presque contractures, ils sont le siège de frémissements fibrillaires ; les mouvements deviennent peu à peu lents, paresseux, difficiles. Après avoir erré quelque temps dans le laboratoire la tête basse, sans répondre aux appels, se heurtant aux obstacles, restant même