NÉCESSITÉ DE LA PÉNÉTRATION DANS LE SANG
intense qu'on obtient la formation d'une eschare, quelquefois même la production d'embolies pouvant déterminer mécaniquement la mort de l'animal ou tout au moins une gangrène consécutive par obstruction des vaisseaux.
Mais, comme l'ont montré les recherches de M. Bouchard et de M. Laborde, lorsqu'on dilue le chloroforme dans l'eau, de façon à éviter l'action irritante dont je viens de vous parler, on ne tarde pas, lorsque la proportion de chloroforme est suffisante, c'est-à-dire lorsqu'elle atteint deux centimètres cubes de chloroforme par kilogramme d'animal, on ne tarde pas à voir les animaux succomber à une albuminurie extrêmement intense, et la mort est le résultat inévitable de l'action toxique générale exercée dans ce cas par le poison.
Il y a lieu de se demander comment il se fait que chez certains animaux, les batraciens, les reptiles, les poissons, on puisse obtenir une action anesthésiante efficace par le fait de l'injection souscutanée de solutions aqueuses ou de l'immersion dans ces mômes solutions de chloroforme ou d'éther, alors qu'il est impossible de réaliser un pareil phénomène chez les mammifères. Une faudrait pas, en présence de ce premier résultat, croire qu'il y ait là une différence d'action intime : il y a simplement des différences de conditions particulières.
Comme je vous le disais il n'y a qu'un moment, pour que l'anesthésie se produise, il est absolument nécessaire que l'anesthésique pénètre, non seulement dans le sang, mais dans le sang artériel. En effet, comme l'ont si bien démontré les belles recherches de Claude Bernard, tant à propos de l'anesthésie qu'à propos de beaucoup de substances toxiques, le sang est le milieu intérieur général dans lequel se produisent toutes les actions physiologiques, et l'on ne peut atteindre soit les tissus, soit leurs éléments qu'en passant par ce milieu. Il est donc absolument indispensable que toutes les fois qu'une substance devra agir sur un tissu ou sur un élément anatomique quelconque, elle y parvienne par l'intermédiaire de la circulation sanguine.
Or, lorsque le chloroforme est introduit par voie d'injection souscutanée chez les mammifères, il est immédiatement déversé dans les veines, où il ne peut rencontrer d'éléments impressionnables à son contact : il passe ensuite dans l'artère pulmonaire et s'élimine en presque totalité par la surface des poumons. Vous savez que le