ACTION DES ESSENCES SUR LE SYSTÈME NERVEUX
Tesseoce d'absinthe; ces expériences sont dues à Robert Boyce, qui les institua de la façon suivante. Il prit des animaux qu*il partagea en différents lots et sur lesquels il pratiqua, d'une part, Tablation d'un seul hémisphère; en second lieu, l'ablation des deux hémisphères; en troisième lieu, l'ablation du cervelet en totalité ou en partie; enfin Tablation d'un hémisphère combinée avec Thémisection de la moelle, soit du même côté, soit du côté opposé. Son but était de chercher ainsi à déterminer quelles étaient les régions du système nerveux sur lesquelles se portait, de préférence, l'action toxique de ces différentes essences.
Eh bien, malheureusement, les conclusions ne répondirent pas à la peine que s'était donnée cet observateur. Aucune de ses expériences ne fournit de résultats constamment démonstratifs : il est absolument impossible, d'après les expériences de M. Boyce, de déterminer rigoureusement la part du cervelet dans la production des spasmes cloniques ; le seul fait qui résulte avec certitude de ces expériences assez nombreuses est celui-ci, que ces convulsions peuvent survenir en Tabseoce du cervelet. Enfin, les convulsions sont unilatérales quand l'animal est privé d'un hémisphère cérébral et de l'hémisphère cérébelleux du côté opposé.
Je ne voudrais pas terminer ce sujet relatif aux différentes essences, sans vous signaler les recherches faites il y a quelques années par Peyraud, de Libourne, sur la remarquable action tétanisante et épileptisante de l'essence de tanaisie. Vous savez que l'essence de tanaisie est employée parfois à titre anthelminthique, et, très fréquemment, pour faire de la chartreuse ou de l'absinthe. Eh bien, Peyraud a montré, par un très grand nombre d'expériences, que cette essence de tanaisie possédait des propriétés convulsivantes à type rabique. .
Ilest possible, en injectant l'essence de tanaisie à des chiens, de leur donner absolument la tournure, le type, la symptomatologie de la rage canine : on détermine chez eux des hallucinations terrifiantes, des syncopes, des spasmes pharyngiens, laryngiens, respiratoires, — et ces spasmes respiratoires peuvent môme aboutir à l'asphyxie si la quantité d'essence est suffisante, — une salivation abondante; les animaux montrent une tendance à mordre, absolument comme les chiens enragés; ils poussent des cris rauques et sont en état de paralysie plus ou moins durable suivant la quantité
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d'essence qui leur a été injectée. Comme vons le voyez, cette essence de tanaisie peut jouer, dans les absinthes ou les liqueurs dans h composition desquelles eUe est utilisée, un rôle au moins aussi considérable, sinon même dépassant celui de l'essence d'absinthe.
En définitive, ces essences, qui, comme je vous le disais au début, sont formées par un mélange de terpènes, c'est-à-dire d'homologues de Tesseace de térébenthine et de camphénes, c'est-à-dire d'homologues du camphre, au point de vue de leur constitution chimique, sont des produits stupéfiants, narcotisants, et convulsivants. Qu'il s'agisse d'essences de labiées, de composées ou d'ombellifères, c'est tout au plus si l'on pourrait établir entre elles deux groupes : celui des essences stupéfiantes, et celui des essences convulsivaates.
Mais ce qui est particulièrement à retenir, c'est l'emploi industriel des essences en nature pour remplacer la distillation de l'alcool sur les plantes après macération. Il est incontestable que cette manière de préparer les diverses liqueurs doit leur conférer des propriétés toxiques encore plus considérable que lorsqu'on emploie les anciens procédés de préparation par macération et distillation consécutive.
Dans toutes ces conditions d'absorption de liqueurs plus ou moins toxiques, comme je vous l'ai déjà fait remarquer à propos des impuretés accompagnant l'alcool ou les essences que nous venons de passer en revue, l'âge, le sexe, le tempérament, la constitution, le modus Vivendi personnel et actuel, aussi bien que ces dispositions latentes dans lesquelles on doit reconnaître les effets de l'hérédité ou qui sont puisées dans l'innéité même au moment de la création et du début de la vie, tout cela diversifie chacun devant la santé comme devant l'aptitude à la maladie, mais plus encore, peut-être, devant ta modalité réactionnelle qui caractérise l'impression du système nerveux par une substance toxique nu médicamenteuse.
Dans toutes les circonstances où l'atteinte portée à l'oi^anisme est réalisée par les liqueurs à essences, on peut dire certainement que l'alcool est la dominante de l'intoxication, car toutes ces liqueurs, comme vous venez de le voir, sont extrêmement riches en alcool; mais les produits accessoires impriment incontestablement, — je pense l'avoir suffisamment prouvé, — une modalité particulière, plus ou moins accentuée, aux accidents qui peuvent se produire. Je ne saurais trop insister sur ce point : il est absolument illogique, non conforme aux résultats des expériences et même aux résultats cli-
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niques, d'admettre ou bien que les accidents soient produits exclusivement par l'alcool éthylique, ou bien, comme Font voulu d'autres observateurs, que ces accidents soient produits exclusivement par les impuretés qui accompagnent l'alcool éthylique. Je ne saurais trop le répéter, l'alcool éthylique est une substance infiniment toxique; mais, à côté de l'alcool éthylique, d'autres substances, encore plus toxiques que lui, interviennent en prédisposant l'organisme à subir désavantageusement les effets de cet alcool, et impriment à cet organisme, lorsqu'il s'agit des essences dont nous venons de parler, une modalité réactionnelle tellement particulière et accentuée qu'elle se traduit par une symptomatologie telle que l'on a cru devoir réunir sous le nom i'absinthisme les accidents particuliers produits par l'abus des liqueurs alcooliques chaînées d'essences comme celles dont nous venons de faire l'étude.
Absinthisme. — Les signes différentiels que l'on peut observer entre l'absinthisme et l'alcoolisme relèvent tous, plus ou moins, des déterminations que ces différentes substances peuvent produire sur le système nerveux. C'est ainsi que l'on a pu noter les résultats suivants : la perte de la mémoire, l'impressionnabilité extrême de l'individu, sont des signes beaucoup plus intenses, sous l'influence de l'alcoolisation chronique déterminée par les liqueurs à essences, qu'ils ne le sont sous l'influence de l'alcoolisation chronique déterminée par les liqueurs exclusivement alcooliques.
Les rêves, les cauchemars présentent, à peu près, la même intensité. Les hallucinations terrifiantes ainsi que les hallucinations de la vue et de Touïe sont assez fréquentes dans les deux cas; mais les troubles de la. vue, constitués surtout par une apparence de brouillard, de mouches volantes, de points noirs ou brillants, seraient, au contraire, beaucoup plus fréquents chez les individus intoxiqués par les boissons à essence.
Mais un fait qui emprunte à cette intoxication son caractère particulier est celui des convulsions hystérif ormes et épileptoïdes, qui se rencontreraient, exclusivement au dire de certains observateurs, presque exclusivement au dire de tous, chez les individus faisant usage des boissons à essences.
Quant aux fourmillements, aux picotements, aux tiraillements, surtout marqués aux membres inférieurs, existant quelquefois aux membres supérieurs, mais respectant toujours le tronc, ce sont des
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symptômes qui se rencontrent indifféremment dans toutes les intoxications alcooliques. Il en est autrement de Thyperesthésie excessive que l'on peut rencontrer surtout chez les individus intoxiqués par les essences. Chez eux, Thyperesthésie remplace Tanesthésie remarquable de Talcoolisme simple; cette hyperesthésie affecte surtout trois foyers, qui sont la région plantaire, les parois latérales de Tabdomen, et enfin la région rachidienne.
De plus, elle remonte des extrémités vers la racine des membres et vers le tronc; Tanesthésie due à Talcool seul occupe, au contraire, comme vous le savez, surtout les extrémités inférieures. D'ailleurs, ces hyperesthésies peuvent fort bien coïncider avec des zones d'anesthésie; elles se montrent aussi symétriquement comme l'anesthésie; elles sont révélées par l'attouchement, le chatouillement, un contact quelconque, qui rendent quelquefois si malheureux les individus en proie à ces phénomènes d'intoxication; très fréquemment, on a signalé comme caractère de l'absinthisme, des points névralgiques. Les crampes musculaires très douloureuses sont plus fréquentes que chez les alcooliques simples. Enfin, on observe également ,des soubresauts nocturnes, non accompagnés de douleurs ; et des sensations subjectives de froid et de chaleur.
Les troubles vaso-moteurs consistent principalement en plaques violacées, en froid aux mains et aux pieds, en sueurs plus ou moins localisées : ces troubles peuvent aller, parfois, jusqu'à la gangrène symétrique des extrémités. Les troubles trophiques consistant en épaississement et déviation des ongles, ichthyose, urticaire, etc., ne sont pas plus spéciaux à telle ou telle des formes d'intoxication déterminées par l'alcool ou par les liqueurs à essences. A ce point de vue, je crois devoir appeler votre attention sur le fait que j'ai déjà cité à propos des chloralides : ces troubles vaso-moteurs sont extrêmement fréquents dans l'intoxication chloralique ; et il existe un rapprochement intéressant à faire entre eux et les troubles du même genre que détermine l'intoxication par le seigle ergoté : j'ai appelé l'année dernière votre attention sur ce point*. Enfin, un phénomène très fréquent également chez les individus faisant usage des liqueurs à essences, c'est l'absence des désirs sexuels.
Quant aux paralysies, elles sont, en général, accompagnées de
i. Voir Leçons de pharmacodynamie, première série, p. 669.