IVROGNES ET ALCOOLIQUES
de par son essence même, la passion comporte un caractère pathologique ; — d'autre part, des troubles fonctionnels plus ou moins accentués de Tintelligence, Fépilepsie et l'hystérie, enfin des désordres matériels du côté du crâne et de Tencéphale, la microcéphalie, l'asymétrie faciale.
Mais, Messieurs, si les preuves expérimentales, que je viens déjà de vous fournir dans ces deux leçons, du rôle extrêmement important joué dans les différents stades de l'alcoolisme chronique par les alcools supérieurs, les éthers, les essences, etc., n'étaient pas suffisamment probantes, il me serait facile de trouver des preuves de ce fait dans les observations qui ont été relevées depuis un certain nombre d'années. Nous sommes malheureusement bien loin aujourd'hui de cette phrase qui figurait dans le rapport fait en 1852, lorsque, à l'Académie française, le beau travail de Magnus Huss dont je vous ai déjà entretenu, fut présenté, analysé, discuté, et récompensé comme il le méritait- Le rapporteur pouvait, en effet, à cette époque, en 1852, trois ans après le travail de Magnus Huss, écrire cette phrase :
«c La France compte beaucoup d'ivrognes; on n'y rencontre heureusement pas d'alcooliques. »
Cette phrase devrait presque être retournée actuellement ; et, s*il faut faire une grande part à la dégénérescence héréditaire, chez les descendants d'ivrognes, il n'en est pas moins vrai, d'après ce que j'ai démontré, — c'est du moins ma conviction, — qu'il faut faire aussi une part extrêmement importante à ces produits accessoires qui accompagnent l'alcool. Comme je l'ai dit, les cliniciens euxmêmes étaient arrivés à faire trois groupes symptomatologiques dans l'intoxication alcoolique : les individus intoxiqués par le vin, ceux intoxiqués par les alcools, ceux intoxiqués par les apéritifs divers, les absinthes, c'est-à-dire les liqueurs à essences.
Eh bien. Messieurs, depuis cette époque, 1852, la consommation croissante des apéritifs, des amers, des fameux toniques de toutes espèces, des quinquinas, des absinthes oxygénées, prouve la mise en circulation et l'usage habituel croissants de ces substances éminemment toxiques ; et elle a pu donner l'explication des méfaits de tout genre, très justement attribuables à l'abus de ces boissons. Actuellement, la consommation de l'absinthe tient, de beaucoup, le premier rang dans la consommation des liqueurs usuelles; autrefois, c'était