‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 206 sur 486 · VALEUR ALIMENTAIRE DE L'ALCOOL · texte numérisé non relu

VALEUR ALIMENTAIRE DE L'ALCOOL

assez à sa place — d'individus qui ont entretenu leur existence pendant un temps très long en ne prenant guère d'autre substance alimentaire que de l'alcool. C'est ainsi que Swédiaur rapporte le fait d'individus ayant subsisté pendant une très longue période, rien qu'en absorbant du vin et quelques liqueurs alcooliques. Anstie est plus explicite encore; il cite le fait d'un homme de quatre-vingt-trois ans, qui, pendant vingt années consécutives, entretint son existence avec une bouteille de gin et un morceau de pain gros comme le doigt chaque jour : c'était là, comme vous le voyez, une ration alimentaire laissant fort à désirer, et il est fort probable que l'individu d'Anstie ne devait pas se livrer à un travail très considérable.

Un autre fait qui avait frappé depuis longtemps, c'était celui de l'obésité des buveurs; et, en raison de ce fait, on avait pensé que l'alcool devait être un excellent aliment puisqu'il était capable de faire engraisser. D'autre part, envisageant la nature de l'alcool, sa combustion facile, la production considérable de chaleur due à sa combustion, la consommation relativement considérable que l'on en faisait dans les pays froids et humides, on était tout naturellement porté à conclure que c'était un agent d'alimentation extrêmement important, et grâce auquel l'organisme pouvait résister à l'abaissement de la température et à l'humidité dans certains climats.

Mais les partisans de l'élimination de l'alcool en nature arrivaient avec une argumentation précisément opposée et ayant presque la valeur de la première. Ils déniaient à l'alcool la possibilité de servir de substance alimentaire, en se basant sur les points suivants. D'abord, l'alcool séjourne inaltéré dans le sang : nous savons que c'est là un fait absolument inexact et qui n'est vrai que lorsque la quantité d'alcool ingéré est suffisante pour que le surplus qui n'a pas pu être détruit se retrouve dans le sang. D'autre part, en utilisant l'alcool comme substance alimentaire, on ne trouvait pas trace de sa transformation et de son élimination, soit dans les produits de l'exhalation pulmonaire, soit dans l'organisme, soit dans l'état de la calorification même. Enfin, l'alcool est éliminé en nature par toutes les voies d'excrétion; et les modifications qu'il peut déterminer, à dose forte ou faible, sont des modifications des fonctions nerveuses, comme le montrent à la fois l'accumulation dans le tissu nerveux, l'action toxique et l'action pathogénique de l'alcool.

Eh bien, messieurs, comme presque toujours, la vérité est entre

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