XX^ LEÇON
VARIÉTÉS DE PAVOTS UTILISÉS €N MÉDECINE. — COMPO- SITION DU SUC DE PAVOTS. — OPIUM: — MATIÈRE MÉDICAÎ-E. — ANALYSE IMMÉDIATE DES DIVERSES SORTES D'OPIUM.
L'opium, dont nous allons commencer aujourd'hui Tétude, est constitué par le suc épaissi de certaines espèces de pavots. Le pavot est une plante annuelle, indigène dans le midi de l'Europe, en Orient, et que l'on cultive dans nos provinces pour ses fruits.
Les variétés qui fournissent rôpium sont assez différentes; et la richesse en principes actifs des opiums ainsi obtenus varie précisément avec ces diverses sortes de pavots; aussi est-il nécessaire de jeter un coup-d'œil, au point de vue de la matière médicale, sur celles qui sont le plus employées.
Boissier, dans sa Flora orientaliSy rapporte à trois variétés principales les pavots qui sont cultivés pour la préparation de l'opium; ces trois variétés ont été désignées sous les noms de Papaver somniferum : P. s, setifferum ou cl; P. s, glabrum ou P; P. s. album ou y. La première variété, Setiget'um, croît au Péloponèse, dans l'île de Chypre, les Iles d'Hyères, en Corse. Sa véritable forme sauvage possède des feuilles découpées en dents aiguës, avec des lobes pointus et terminés chacun par une soie : les feuilles, les pédoncules et les sépales sont couverts de poils soyeux, épais ; elle se caractérise par une capsule à stigmate plus ou moins conique et possédant 7 ou 8 lobes stigmatiques.
La variété Glabrum fournit une capsule à peu près globuleuse qui possède 10-12 lobes stigmatiques ; elle est cultivée surtout en Asie- Mineure et en Egypte. La variété Album, qui représente le Papaver officinale de Gmelin, fournit une capsule plus ou moins ovoïde et qui
est dépoun-ue de pores ; elle possède une formé a) Is cultive surtout en Perse. Cette dernière vari échapper ses graines quand on la secoue, puisqu'c de pores; tandis que lorsqu'on secoue les capsules des autres pavots, on en foït tomber une certaine quantité de graines.
Ces variétés de pavots à opium se distinguent de notre coquelicot vulgaire, Papavei' rhœas, par la hauteur de leur tige lisse, droite, ramifiée à la partie supérieure, et par leur aspect glabre auquel les amène peu à peu la culture sous l'inQuence de laquelle on voit même le Papaver somniferum setigerum arriver à perdre complètement ses poils. Les feuilles, oblonguesovates, amplexicaules, cordées, très ondulées, divisées en lobes dentés, crénelés ou sinués, soDt également très distinctes des feuilles pinoaliGdes, à lobes élargis, lancéolés, dentés sur les bords, du coquelicot, hek Qeurs se font remarquer par une corolle large, de couleur blaache, rouge ou violette, qui porte, en général, une tache pourpre-sombre à la base : les filets staminaux sont épaissis à leur extrémité supérieure.
On peut obtenir par la culture, en Europe, et notamment dans les pays du nord, des variélés de pavots à capsules déprimées atteignant on volume relativement considérable et dont le diamètre va parfois jusqu'à 10 centimètres, la hauteur ne dépassant pas 5 à 6 centimètres (% 8). Ce sont ces grosses capsules qui sont utilisées pour faire des préparations extemporanées à l'aide des pavots : ces capsules se distinj mate très déprimé au centre ; leurs parois sont é latex.
Le plus riche en latex est le pavot de Perse allongée, mais il devient malheureusement de | On a remarqué que la culture de ce pavot, tentét
Clermont-Ferrandfluî fait reprendre peu à peu la forme déprimée qui caractérise les capsules des pavots de nos régions, et cela, sans que la composition chimique de l'opium que l'on peut en extraire change seasiblement : cet opium est particulièrement riche en narcotine et en morphine.
A côté de ces variétés, certaines régions de l'Europe, et notre pays particulièrement, se distinguent, au point de vue de la culture du pavot, par la variété appelée Papaver somniferum nigrum qui est
Fig. 8. — Papave
constituée, comme vous le voyez, par une petite capsule subovoïde, à peu près globuleuse, possédant des graines dont la couleur varie do gris-bleu clair au gris et au brun-noirfttre.
Le Papaver somniferum nigrum fournit une tige ne dépassant guère un mètre de hauteur : les pétales sont blancs ou plus ou mobs rouges ou violets, avec tache violet-foncé à la base. Dans la plupart des variétés, les capsules s'ouvrent au-dessous du stigmate par de petites valves situées dans l'intervalle des placentas et produisant, lorsqu'elles s'abaissent, des pores par lesquels sortent les graines : A existe cependant une sous-variété à -capsules indéhiscentes, asseï recherchée pour la préparation de l'huile d'oeillette, en raison de ce qu'elle ue perd pas ses graines au moment de la récolte.
Ce pavot porte le nom vulgaire de pavot à œillette; c'est lui dont les graines fournissent l'huile connue sous la dénomination d'huile
d'œiUette : cette huile manifeste une saveur particulière qu'elle perd k peu près complètement quanti elle est sufiisamment épurée : on la substitue. à l'huile d'olives ; elle ne possède aucune propriété médicioale ou toxique. Les savons et les emplâtres pcéparés avec l'huile d'œillelte restent mous et rancisseat très rapidement. Les graines du pavot à œillette sont très Fréquemment utilisées pour recouvrir ^a surface des gâteaux ou saupoudrer les iostrumeuts de boulangerie et empêcher le pain d'y adhérer.
Dans certaines contrées même, ces graines sont utilisées pour l'alimentation de l'homme; on en prépare des glteaux et d'autres pâtisseries. .
Les Anciens avaient fort bien distingué ces propriétés différentes de la capsule et des graines du pavot, ainsi Vii^le dit, en pariant des capsules, papavera soporifera, lethœa; et, en parlant des graines, ^paver céréale, vescum. Les capsules de ce pavot peuvent fournir un opium plus ou moins riche en principes actifs; et il ne faut pas oublier que les principes actifs de toutes ces variétés résident, principalement, dans le tissu formant Pig. s. - Papar^r .omm/^rum mgr«m, ' ' Pavot à œillette cultivé dans le nord
la paroi de la capsule du pavot, de la France.
pf mm Ipb rrrninoa un ronfciMnonl ^- »™riflc»W" ^B Beinard d'Amiens.
ei que les graines ne renterment b, «[..uio incisée (gr»nd8urnataroiioi. jamais aucune substance toxique.
Les feuilles renferment des substances toxiques, mais seulement en assez faible quantité, ainsi que le démontre le fait suivant. Un éleveur essaya de faire servir les feuilles du pavot à la nourriture des moutons : ces animaux les mangèrent avec plaisir après leur dessication, mais ils ne tardèrent pas à éprouver des vertiges et des tranchées qui oWigèrent d'en suspendre l'usage. Cependant, au dire de Tournefort et de Kaempfer, le pavot très jeune est utilisé comme
aliment dans quelques contrées : à Treote et dans le Tyrot, on nwngerait la plante avant l'époque où elle donne un suc blanc ; et l'tHi peut faire manger des pavots jeunes à des l^îns sans qu'ils présentent d'accidents.
Pline nous apprend que Ton préparait avec les graines de pavot grillées et le miel un gâteau fort estimé et qu'on saupoudrait certaines sortes de pain avec ces mêmes graines. Galien les considérait aussi comme un excellent aliment. Dans son Histoire des plcnles, Bauhin rapporte qu'aux environs de Trente et en Autriche on a coq-
- Papavtr gomniferum nigrum, nie eupArieuro de la capsalo.
serve l'usage de mélanger au pain les graines de pavot; mais c'esl surtout en Italie et en Sardaigne que les conliseurs les transformaieot encore récemment en espèces de dragées très recherchées. Ces graines pourraient constituer, au besoin, une ressource alimentaire des plus sérieuses.
A côté de ces variétés de pavots, je vous dirai un mot du coquelicot {Papaver rkœas) qui est si commun dans nos régions. La capsule de ce papaver rhœas, lorqu'elle est incisée avant sa complète maturité, peut donner issue à un suc laiteux d'odeur narcotique et dont l'action, à haute dose, est stupéfiante et se rapproche, dans uae certaine mesure, de celle de l'opium ; on en a isolé une base qui a reçu le nom de rkœadine, qui est assez peu toxique, que l'on a retrouvée également dans les capsules de pavots et dont la composition se rapproche de celle de certains alcaloïdes dont on a reconnu l'existence dans l'opium.
Parmi les plantes de la famille des Papavéracés qui renferment une substance active analogue ou identique à celle dont nous allons nous occuper, je vous signalerai encore la Sanguinaire du Canada, San-