THÉRIAQUE
Toutes ces substances sont pulvérisées et passées au tamis fin (d* 100) de manière à constituer une poudre bien homogène désignée sous le nom de Poudre thériacale. On prend alors :
Poudre thériac^le 1 000 grammes.
Térébenthine de Chio 50 —
Miel blanc 3 500 r-
Vin de Grenache 250 " —
La térébenthine est liquéfiée à une douce chaleur et on lui ajoute assez de poudre thériacale pour la diviser exactement : ce premier mélange est délayé avec le miel fondu au bain-marie et on lui ajoute, peu à peu, le reste de la poudre et le vin en malaxant convenablement, de manière à obtenir une pâte molle que Ton conserve dans un vase fermé. Après quelques mois, le mélange, qui a pris une consistance ferme, est trituré de nouveau dans un mortier pour rendre la masse parfaitement homogène.
4 grammes de thériaque contiennent environ 5 centigrammes d*opium brut, représentant 25 milligrammes d'extrait thébaïque.
Ce médicament constituait autrefois un des arcanes de la pharmacologie et, dans ce que l'on est convenu d'appeler le bon vieux temps, la Faculté déléguait, le jour où Ton préparait la thériaque, plusieurs de ses membres pour assister officiellement et en grande pompe à cette préparation solennelle, qui se faisait avec tous les honneurs dus à un aussi précieux médicament. Dans la dernière édition du Codex, la thériaque figure encore ; c'est la dernière fois : dans la prochaine édition, elle aura complètement disparu, quoique cependant une thériaque bien préparée aurait, disaient les anciens, donné des résultats merveilleux, impossibles à obtenir avec les autres médicaments.
C'est précisément ce fait de la disparition de la thériaque du nombre des formules inscrites au Codex qui m'engage à vous fournir à son sujet quelques indications. L'histoire de la thériaque est intimement liée à celle dé l'opium, et ce médicament ne mérite peut-être pas le discrédit dans lequel il est tombé aujourd'hui.
Une très curieuse dissertation va nous éclairer sur l'histoire de la thériaque, c'est l'opuscule intitulé : Thériaque d'Andromachus, avec me deicription particulière des Plantes y des Animaux et des Minéraux employés à cette grande Composition^ et les Réformations et Observations nécessaires, tant sur leur Élection et Préparation, que ,sur leur dernier
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^:, mélange ; par Moyse Charas, Docteur en Médecine et Chymisle du Roy
de la Grande Bretagne, avec Approbation et Privilège du Roy, 1681. Ce traité, qui débute par une pièce de vers adressée par Charas candido lectori, se termine par la « Relation de ce qui s'est passé en une nouvelle préparation de .thiériaque que l'auteur de ce livre a fait en public, Autorisée par la présence de M-. de la Reynie, Lieutenant général de police de Paris, et par celle de M. le Procureur du Roy, Examinée et approuvée par MM. les Doyen, ex-Doyen et Docteurs Régents de la faculté de médecine et par MM. les Gardes de la Pharmacie, qui y ont assisté en qualité de Députez, par Tordre de mondit Sieur de la Reynie, le 22 may 1670 ».
fit Ceux qui ont expérimenté les beaux effets que peut produire la Thériaque, préparée mêmes selon l'ancienne institution, dit Moyse Charas qui était déjà un réformateur, ne s'étonnent pas beaucoup lorqu'ils apprennent que les anciens Empereurs Romains ont été presque autant curieux de la faire bien préparer, que du gouvernement de leur Empire, et qu'ils ont très volontiers fourni â toute sorte de dépenses, pour faire venir des endroits du monde les plus éloignez, tout autant de drogues exquises que leurs Médecins en pouvaient désirer* pour la perfection de cet excellent Remède. Ils ne s'étonneront pas non plus de ce que la plupart des Rois et desPrioces qui les ont suivis, les ont imités en cela, et de ce que cet Antidote conserve sa réputation depuis tant de siècles, nonobstant mille contradictions, arrivées de temps en temps, et qui se renouvellent encore tous les jours. Mais ceux qui ne sont jamais venus à l'expérience, sont d'abord effarouchez d'une si longue liste de drogues, différentes pour la plupart en qualitez, et en vertus, et ne peuvent comprendre, comment pour une seule composition, on a pris non seulement des Animaux et des Minéraux, mais même presque de toute les parties des Plantes, pour faire du tout un mélange qui leur semble plûtost un véritable chaos, qu'un corps bien ordonné. »
C'est principalement à des compositions douées de vertus contre les venins que les Anciens attribuaient la dénomination de thériaque; et Charas adopte cette opinion qu'Andromachus a changé le nom de Mithridate en celui de Thériaque: à cause des vipères qu'il a ajoutées à la composition de cet antidote. Les historiens rapportent en effet que. Sous le règne de Néron, pendant la guerre entre les Romains et les Carthaginois, Annibal fut vainqueur dans un combat naval grâce
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à un grand nombre de vipères qu'il avait fait enfermer vivantes dans des pots en terre que Ton projeta dans les vaisseaux au moment de raI)ordage. Néron en apprenant ce fait ordonna à son médecin d'imaginer un Antidote qui fût capable de lutter contre la morsure des vipères ; et Andromachus, profitant de la composition du Mithridate, alors fort en honneur chez les Romains, en choisit les drogues qu il estima les plus propres à remplir le but proposé, en ajouta un petit nombre d'autres, et se servit de la chair de vipères comme base de cette nouvelle composition.
La thériaque, comme nous l'apprend Moyse Charas, devait être préparée dans des conditions particulières bien définies et subir une fermentation avant d'avoir acquis toutes ses qualités. « Il est fort nécessaire que tout Apoticaire sçache en premier lieu, qu'il ne doit point employer la thériaque qu'elle n'ait été suffisamment fermentée, et que le moindre temps requis pour cela, est celuy de six mois; encore faut-il qu'elle ait été exposée au soleil pendant plusieurs jours, et qu'elle ait été agitée de temps en temps dans son vase pour réduire en acte la puissance des Drogues qui contiennent la semence des esprits fermentatifs , sans lesquelles circonstances^ on serait obligé d'attendre bien plus ]ongtemps avant que de s'en servir. Ce n'est pas que nous ne trouvions que Galien même s'est servi de la Thériaque deux ou trois mois après l'avoir faite, et que les médecins d'aujourd'hui n'en puissent bien encore faire tout autant, voire davantage, si bon leur semble; mais nous devons considérer cela comme des licences permises aifx grands Poètes, et ce n'est pas aux Apoticaires de l'entreprendre sans un bon conseil. Tous les auteurs conviennent qu'avant la fermentation les ingrédients de la thériaque rendent pesle-mesle et assez confusément leur vertu, et que surtout dans le commencement, l'opium démontre la sienne par dessus toutes les autres, mais que par la fermentation, qui est une espèce de cuite, la confusion des vertus de cette grande quantité d'ingrédients, se change en une union si intime et si parfaite, qu'il en résulte une vertu particulière, toute nouvelle, au delà même de la portée de tous les ingrédients, et qu'encore que l'Opium fasse connaître en tout temps sa vertu parmi tous les autres, néanmoins son action est beaucoup plus puissante et beaucoup plus manifeste tandis que la thériaque est récente. »
Quant aux applications de la thériaque, après une longue énu-