‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 326 sur 486 · APPRÉCIATION DE BORDEU · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION DE BORDEU

ion des circonstances, fort diverses, dans lesquelles on doit oyer principalement, < contre toute sorte de poisons, prise

bouche ; contre toute morsure et contre toute piqueure de venimeuses, intérieurement et extérieurement; contre la morles chevaux et même des chiens earagés ». Hoyse Charas

: ( Je souscriray aussi très volontiers en tout temps à ceux iconnaitront la Thériaque fidèlement et artistement préparée, le meilleur e( le plus universel Remède que la médecine Galéait jamais inventé. >

« période fut l'apogée de la thériaque. Moins d'un siècle après, BO, Bordeu, dans ses Beckerehes sur l'histoire de la médecine,

pariant d'Andromachus : « Il fit un composé monstrueux qui încore, et qui durera toujours; qui toujours sera l'écueil de es raisonnements, de tous les systèmes, et qu'on ne bannira I : elle est, pour ainsi dire, suivant le cœur, suivant l'instinct, vant le goût de tous les hommes.

me semble que la thériaque, qui tient essentiellement des rs spititueuses, et qui ne peut-être suppléée en partie que par

et ses préparations, contient éminemment toutes les verlus aires dans les incommodités et dans beaucoup d'accidents des ies : elle console la nature, elle la remet dans tous les cas de ïur, de faiblesse, de tristesse; elle réveille les fonctions de nac, toujours en faute dans les maladies ; elle excite dans les un tumulte d'ivresse nécessaire pour vaincre les dérangements viscère important, qui est, 2 tant d'égards, un des centres de , de la santé, et de l'exercice de toutes les fonctions. Elle t dans mille cas qui semblent opposés, parce qu'elle a mille 'avorabtes à la santé ; elle réunit, pour ainsi dire, tous les goûts les de tous les estomacs.

en suis fâché pour la théorie et pour tes médecins de toute secte que celle des empiriques. Ils l'attaqueront tant qu'ils jnt; ils prouveront que cette composition n'a pas le sens comsuivant les règles de la bonne pharmacie; mais le langage de ?s siècles est plus fort que les plus belles dissertations. Andro- ! fit un chef-d'œuvre nécessaire à l'espèce humaine et non

utile aux animaux, lorsqu'il imagina ou qu'il ramassa les iaux de la thériaque ».

tenu à citer itj-extenso ce passage des œuvres de Bordeu parce

THÉRIàQUE actuelle 533

qu*il me semble juger le médicament en question avec une remarquable impartialité et une grande largeur de vues. Après avoir été en butte à des attaques violentes et avoir résisté environ deux cents ans à tous les dénigrements, la thériaque, contrairement à Topinion de Bordeuy finit par être bannie du Codex. Ce ne sera plus désormais qu'un souvenir, étroitement lié aux discussions et aux querelles des sectes médicales ; et le résumé que j*ai tenu à faire de son histoire est un adieu à cet Ancêtre des médicaments galéniques.

D'ailleurs, avec le temps, la formule de la thériaque avait notablement changé; et si Moyse Gharas était déjà, en 1670, un réformateur au sujet de sa composition et de son mode de préparation ; cette composition est encore plus différente dans la formule qui figure dans la dernière édition du Codex et que je reproduis ici, comparativement avec celle de Moyse Charas. Il y a entre les deux formules cette différence essentielle que celle de 1670 s'appliquait surtout à un Antidote y comme en témoignent les longs et circonstanciés détails fournis par le traité de Charas au chapitre concernant les vipères ; tandis que la formule du Codex s'applique à un médicament y ce qui en a fait disparaître, en même temps que la chair de vipère, plusieurs autres ingrédients.

THÉKIAQUE DE MOÏSE CSARAS

Thériaiiue d'après la formule de Hoyse Charas (1670).

im Scilliticorum. j xxxvj.

imViperinorum. '\

î Hedychroï , . f , .

I rubrarum .

ycyrrhiza Bunitidis

■ Xaâïiii

ilbi

is Arabicœ, . .

ihes montaaa; .

ni Macedoaici .

.hinaj Chiae. , .

rlli.

Aristolochiee tenuis.

Dauci Cretici. , . , BituiniDis Judaîci. .

Opopanacis ....

Gaibani

Centaurci minoris .

Castoreî

PoUi monlaQi . . .

Chainspityos . . .

Styracis calamila; ,

Meii

Amomi

Acori veri

Nsrdi Cellicffl . . .

Terrœ lemDJee , . .

Valerianffi majoris .

Chamtedryos. . , ,

Malabathri

Chalcilidis. ....

GentiaDED )aaî''J-

Fœniculi. . . .

Hypocistidis . .

Carpobalsami .

Gummi arabici.

Card amomi Seseleos, .

Acaciee . , Tbiaspeos.

Hyperici . .

Arameos. , Sagapeni .

MellisprœslanlJssiini,omntu tripl.pond.

VÏDi generosi. Quantum satis.

icaments à base d'extrait thébaTque. — Je vous ai cilé ncipaux médicaments qui ont pour base l'opium en uature; ; maintenant aux médicaments qui ont pour base Vextraii ue. L'extrait thébaïque diffère assez notablement de l'opiuin ture, principalement par l'élimination de la narcotine. il tare en faisant macérer pendant 12 heures l'opium découpé iches minces dans 6 fois son poids d'eau distillée froide: A de ce temps, on malaxe avec les mains pour assurer

EXTRAIT THJSBAÏQUE 535

une désagrégation aussi parfaite que possible, on laisse* encore ea macération douze heures, puis on passe sur une toile, on exprime fortement le marc et Ton mélange de nouveau le résidu de cette expression avec 6 parties d'eau froide ; on laisse macérer, on malaxe, on e^^prime, on filtre, puis on réunit les liqueurs aqueuses, et Ton évapore jusqu'à consistance d'extrait mou. Le résidu est repris par 16 fois son poids d'eau distillée froide; on filtre à la chausse, et l'on évapore à consistance pilulaire. Grâce à cette préparation à l'aide de l'eau froide, 75 p. 100 au moins de la narcotine contenue dans l'opium reste à l'état complètement insoluble, de sorte qu'il y a, au point de vue de la narcotine tout au moins, entre l'opium en nature et l'extrait d'opium, une différence considérable, qui est telle que l'action médicamenteuse de l'extrait d'opium sera, évidemment, beaucoup moins con- Tulsivante que ne l'est l'action de l'opium en nature. Les principes goromeux et colorants se dissolvent, ainsi qu'une certaine proportion des substances résineuses et oléagineuses dont la majeure partie se sépare, mélangée encore à de la narcotine, et sous forme d'une masse d'apparence goudronneuse, pendant la concentration et Tévaporation. La quantité d'eau distillée froide, c'est-à-dire à la température moyenne de lo**, dans laquelle on dissout l'opium, et surtout l'extrait d'opium résidu de la première concentration, exerce une influence directe et certaine sur 1^ séparation des principes résinoïdes et leur élimination partielle. Ainsi, l'addition d'un excès d'eau à une solution aqueuse d'opium ou d'extrait d'opium détermine la formation d'un précipité qui se redissout très facilement dans une solution concentrée du même opium ou extrait d'opium. 11 importe donc de suivre rigoureusement les prescriptions du Codex pour obtenir un extrait d'opium aussi constamment que possible identique h luimême : il me parait superflu de faire ressortir cette importance pour un médicament, aussi fréquemment et aussi universellement employé que l'extrait thébaîque.

Vous voyez que l'extrait thébaîque est une substance extrêmement riche en principes actifs : l'extrait thébaîque renferme en effet plus du quart de son poids, environ 26 p. 100, d'alcaloïdes, dans lesquels la morphine est représentée par plus des deux tiers. Pour l'opium, la richesse en alcaloïdes est moindre que le cinquième du poids total, et la morphine en représente plus de la moitié. La proportion des principes résinoïdes, gommeux, extractifs, etc., est, au

53« -EXTRAIT THÉBAÏQUE

contraire, beaucoup plus considérable; et, parmi ces produits, il peut y en avoir, sinon d'actifs, par eux-mêmes, au moins capables de favoriser l'action des alcaloïdes. Il y a donc lieu de tenir compte d'une différence assez considérable entre les préparations à base d'opium en nature et celles qui ont pour base l'extrait thébaîque : ces différences avaient été remarquées depuis longtemps, et l'on s'était évertué en quelque sorte aies accentuer encore en traitant par des moyens particuliers soit l'opium, soit l'extrait thébaîque; ou bien en soumettant l'opium à un certain nombre de procédés physiques ou mécaniques à l'aide desquels on espérait obtenir, en totalité, les principes actifs qu'il renfermait, en éliminant les nocifs et conservant les utiles.

C'est ainsi qu'un de mes prédécesseurs dans cette chaire, Deyeux, avait proposé de faire un extrait thébaîque par fermentation : c'était une préparation ressemblant, dans une certaine mesure, à celle du laudanum de Rousseau, et qui ne paraît pas présenter de propriétés différentes de celles du produit obtenu par le procédé ordinaire. Deyeux avait remarqué que l'opium perdait son odeur vireuse quand on l'additionnait de levure en suspension dans l'eau : il pensait éliminer ainsi les principes vireux de l'opium, auxquels on attribuait autrefois une action exlusivement nocive, et conserver seulement les principes utilement médicamenteux.

On avait encore proposé de préparer un extrait d'opium par digestion, en soumettant à une ébullition continuelle, pendant six mois, de l'eau dans laquelle se trouvait en suspension de l'opium. On pensait ainsi priver l'opium de ses qualités vireuses, parce que, à la suite de cette ébullition prolongée, l'odeur vireuse avait presque entièrement disparu, et l'on s'imaginait, notamment, empêcher ainsi l'action de l'opium sur les hémisphères cérébraux, ainsi que son action excitante générale. C'était là une erreur, bien entendu, et l'on n'a pas tardé à reconnaître que, toutes proportions de doses gardées, ce mode de préparation n'avait d'autre résultat que de diminuer dans une notable mesure les vertus hypnotiques et calmantes de l'opium, tout en laissant cependant subsister ses propriétés excitantes; vous devez, en effet, penser que cette ébullition prolongée n'était pas sans altérer d'une manière assez profonde la composition de l'opium.

Enfin, on avait essayé de torréfier l'opium avant d'en faire un

EXTRAIT THÉBAÏQUE 537

extrait : c'était encore un plus mauvais procédé. On avait également tenté de préparer un extrait d*opium en se servant de vin au lieu d eau pour Tépuisement : on ajoutait dans ce cas des semences de jusquiame à Fopium et on faisait macérer dans le vin. Je ne vous signale ces différents procédés que pour mémoire.

Je crois devoir insister cependant sur un point sur lequel, d'ailleurs, j ai déjà appelé votre attention tout à l'heure, relativement à la composition différente du laudanum de Rousseau et du laudanum de Sydenham. En ce qui concerne le laudanum de Sydenham, je vous ai indiqué ce fait qu'au début il était assez riche en narcotine, et qu'il convient par conséquent de le laisser vieillir pour séparer le plus possible la narcotine. L'extrait aqueux d'opium et la teinture préparée à l'aide de cet extrait, sont au contraire, presque complètement exempts de narcotine. Dans toutes ces préparations, il faut se rappeler ceci : c'est que l'effet sédatif est toujours égal à la différence des actions narcotique et convulsivante, tandis que l'effet toxique est toujours égal à leur somme. J'aurai plus tard à rappeler votre attention sur ce point.

Or toutes les préparations pour lesquelles on utilise un dissolvant autre que Veau froide renferment, en presque totalité, les principes convulsivants de l'opium. La dissolution de ces principes est non seulement facilitée quand le véhicule servant à l'épuisement est constitué par une liqueur acide telle que du vinaigre, du vin, etc.; mais, il faut songer encore que dans les préparations obtenues eij utilisant la fermentation , telles que l'extrait préparé par la méthode de Deyeux ou les gouttes de l'abbé Rousseau (laudanum de Rousseau), outre la dissolution de tous les alcaloïdes dans un milieu acide, les phénomènes physico-chimiques corrélatifs de la fermentation peuvent déterminer, sous l'influence des zymases, soit des dédoublements, soit des synthèses capables de modifier d'une façon très effîcace l'action physiologique, et par suite médicamenteuse, de la préparation. J'ai suffisamment insisté, précédemment, sur les relations que présentent entre eux les alcaloïdes de l'opium, ainsi que sur leur genèse aux dépens des matériaux contenus dans le suc primitif du pavot, pour vous faire apprécier la valeur de de ces considérations.

Un bon opium doit donner, en moyenne,. 50 p. 100 d'extrait, et celui-ci correspondant au double de son poids d'opium est deux fois plus riche en morphine, c'est-à-dire renferme 20 p. 100 de mor-

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