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LAITUES

extrait appelé ihridace^ du nom grec OpiSaÇ, qui désignait la principale espèce du genre Lactuca, extrait qu*il ne faut pas confondre avec le lactucarium.

Les laitues se distinguent par des propriétés différentes suivant répoque à laquelle on les récolte. Lorsque la laitue est jeune, sa feuille épaisse, charnue et tendre, est remplie d'un suc doux, d'une saveur légèrement amarescente et agréable ; elle constitue un aliment léger et de facile digestion, doué même, a-t-on dit, de propriétés sédatives auxquelles, grâce à une consommation assez considérable de celte plante, les solitaires de la Thébaïde prétendaient devoir la possibilité de conserver leur chasteté. Les Pythagoriciens appelaient la laitue fiante des eunuques et la fable représente Adonis enseveli sous des laitues. Les graines font partie des semences froides mineures, anaphrodisiaques. Chez les anciens, la laitue passait, en effet, pour posséder d'énergiques vertus calmantes et anaphrodisiaques, et même EttmûUer la recommande encore, en 1680, comme convenant dans les cas de songes libidineux et de pollutions nocturnes répétées.

Lorsque la laitue atteint Tâge adulte, sa tige devient rameuse, et elle laisse exsuder un suc très amer et un peu acre, possédant des propriétés médicamenteuses que nous allons déterminer; Taliment doux et émoUient de tout à l'heure est remplacé par une substance à propriétés assez énergiquement médicamenteuses. C*est principalement dans la variété portant le nom de laitue vireuse {lactuca virosa)^ que ces propriétés médicamenteuses sont portées au plus haut degré ; et certains pharmacologues pensent même que c'est à elle, exclusivement, qu'il faut les attribuer. Son appellation de laitue papavéracée montre bien que ces vertus thérapeutiques étaient fort appréciées et assez bien définies; et Galien compare son suc au suc de pavot, toutes réserves faites pour la différence d'activité.

Les divergences que l'on peut relever dans les assertions des auteurs qui se sont occupés des propriétés médicamenteuses des laitues tiennent évidemment à ce que les observations n'ont pas été effectuées à l'aide de plantes de la même variété, ni de plantes de même âge. L'appellation même de Thridace désigne tantôt du suc épaissi, le plus souvent un extrait obtenu en contusant les laitues, encore relativement jeunes, exprimant le suc, et l'évaporant à consistance d'extrait. Il faut, par conséquent, établir une distinction entre la thridace qui est l'extrait de laitue, et le lactucarium, qui est le suc

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de la laitue adulte, et doit même être celui de la lactuca ^irosa, nu au moyen d'incisions faites sur ta tige de la plante, incisions ogues à celles que l'on pratique sur la tige des pavots pour en ■er l'opium; le lactucarium paiatt seul doué de propriétés théraliques assez intéressantes.

e suc de la laitue vireuse possède une réaction acide; il a une position assez complexe : outre une matière colorante, des pros résineux, du caoutchouc, des albuminoïdes, de la gomme; des es oxalique, malique, citrique, succinique; du sucre, de l'aspane; des ptiosphate et nitrate de potasse, ce dernier en assez 3 proportion ; des sels de calcium et de magnésium, du soufre, du re, une huile volatile odorante, on y a signalé comme principes 's particuliers des composés hydrocarhonés cristallisés, la lacttieé- , la lacliicine, Vacide lacUicique. On n'a pu en isoler aucune itance de nature alcaloîdique. Des tentatives d'expérimentation biologique effectuées à l'aide de ces derniers composés, il parait Iter que, pour le lactucarium, de même que pour l'opium, lorsnveut obtenir certains elTets, et en particulier les effets calmants, il préférable de s'adresseï- à la drogue elle-même plutôt ([u'à tel et de SCS principes actifs. Parmi ces principes actifs, l'un d'entre . la lactucine, se rapproche de la méconine par sa compostion. e lactucarium, ou suc desséché de ta laitue vireuse, se présente i forme de masses cireuses de coloration foncée, brun-rougeàlre, lO odeur forte et vireuse rappelant celle de l'opium, d'une saveur et très amère.

"après Barbier, d'Amiens, la thridace exercerait une action partiire sur l'appareil digestif, en excitant sa tunique musculaire, et l'appareil urinaire, en augmentant la sécrétion de l'urine: il la rdaitméme comme un irritant de la muqueuse gastro-intestinale. ï doute, le produit avec lequel il a fait ses essais devait renfermer composés étrangers à la laitue, ou il s'est agi d'une simple cidence ; car, de l'avis de tous les cliniciens, la thridace est à peu complètement dépourvue de propriétés médicamenteuses. Il en autrement du lactucarium, surtout lorsqu'il provient du suc Ité dans de bonnes conditions et sur une plante de laitue vireuse te. Son activité médicamenteuse est alors absolument indiscu- B : elle est certainement moins énergique que celle de l'opiuiu, s elle a son action propre, et le lactucarium mérite d'occuper,

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dans le groupe des hypnotiques, une place à part, bien justifiée par l'influence sédative qu'il exerce sur Téréthisme nerveux.

C'est à Aubergier, dont je vous ai parlé au sujet de la culture des pavots à opium en France, qu'est due la vulgarisation du lactucarium; il a réalisé en grand dans les plaines de la Limagne la culture de la Lactuca virosa alHssima (Thuillier), qui donne le plus de suc lorqu elle a atteint l'état adulte ; il a réussi à obtenir une race fixée et fournissant un produit constant. Les expériences faites par un assez grand nombre de cliniciens ont montré que les propriétés calmantes et sédatives du lactucarium étaient réelles^ et que ces propriétés se manifestaient sans présenter aucun des inconvénients qu'on peut avoir avec l'opium, c'est-à-dire la constipation, la congestion cérébrale, l'inappétence, qui signalent l'emploi, au moins prolongé, des préparatioQs opiacées.

Sous son influence, on observe une diminution de l'excitabilité réflexe, des mouvements volontaires et de la sensibilité, sans phase préalable d'excitation, sans que la circulation soit accélérée ni, par conséquent, qu'il se produise d'engorgement capillaire, sans action fâcheuse sur le tube digestif.

On l'a employée avec succès contre les spermatorrhées rebelles et son influence énergiquement sédative permet d'interpréter cette action dans toutes les circonstances qù l'éréthisme nerveux est la cause principale de l'affection.

Je vous signalerai encore son efficacité coï^tre le priapisme symptomatique de la blennorrhagie, efficacité d'autant plus remarquable que l'opium, auquel on a eu quelquefois recours dans le but de calmer les douleurs violentes et d'obtenir ainsi )e sommeil, possède une action aphrodisiaque, variable il est vrai, suivant les individus, mais en tous cas incontestable.

Au point de vue de la médication infantile, le lactucarium présente donc de grands avantages, et surtout l'avantage capital résultant de ce que si, certainement, le lactucarium semble agir par lui-même comme calmant, il présente la propriété, plus remarquable encore peut-être, de faciliter chez les enfants la tolérance de petites doses d'opium : c'est ainsi que le sirop de lactucarium opiacé est un médicament très précieux dans la thérapeutique infantile, et il est incontestablement beaucoup mieux supporté que ne l'est le sirop diacode à dose égale d'extrait d'opium.

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