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SOMMEIL PROVOQUÉ PAR LE TRIONAL

talions, même violentes, qu'on peut exercer sur lui : le sommeil est presque comateux; il dure pendant quatre heures environ, puis, peu à peu, l'animal revient à son état normal.

Chez rhomme, des observations dues à Horvath, d'une part, et à Stieglitz, d'autre part, ont fixé nos idées sur les résultats que pouvait donner l'administration, en une seule fois, de doses assez considérables de trional. Horvath prit lui-même un gramme de trional en une seule fois et observa au bout de dix minutes qu'il avait une très grande tendance au sommeil, un sentiment particulier d'abattement auquel il dut bientôt céder, et le sommeil suivit l'administration de cette dose. Stieglitz s'administra deux grammes de trional trois heures après le repas, il resta éveillé pendant une heure, mais au bout de ce temps il fut pris d'un sommeil brusque, instantané, profond, qui dura pendant huit heures. Telle est au moins en effet, la durée minima du sommeil profond qui suit l'administration en une seule fois d'une dose de deux grammes de trional. Mais je me hâte de dire, Messieurs, que cette administration, en une seule fois, de deux grammes de trional est absolument imprudente; je vais vous fournir tout à l'heure des faits à l'appui de^ce que j'avance en ce moment.

Sous l'influence du trional, mieux encore que sous l'influence du sulfonal, on peut observer un abaissement de la tension sanguine analogue à celui qui se produit sous l'influence du sommeil naturel ; cet abaissement de la tension sanguine est même, proportionnellement, d'autant plus accentué qu'on fait réagir le trional sur un organisme chez lequel cette tension était auparavant à un degré plus élevé sous une influence quelconque, par exemple, sous l'influence de l'alcool, mieux encore, sous l'influence d'une émotion, telle que la colère. Cette diminution de la tension est due, comme nous l'avons vu pour le sulfonal , à l'abaissement de l'excitabilité du système nerveux central ; les centres vaso-moteurs sont également déprimés, et les sensations, tant intérieures qu'extérieures, deviennent absolument incapables de provoquer leur action excitante habituelle.

C'est donc pour deux raisons, d'une part, à cause de la dépression de l'excitabilité nerveuse, et, d'autre part, par suite de l'élimination des facteurs psychiques qui contribuent à maintenir l'état de veille, qu'on peut interpréter l'action du trional, et aussi celle du sulfonal. Ce qui tend à prouver le bien fondé de cette interprétation, c'est que cet abaissement de tension que je signalais tout à l'heure est beau-

coup plus marqué chez les sujets qu'on met au repos absolu, qu'on soustrait à toute cause d'excitation, au bruit, à la lumière, etc., qu'il ne l'est chez ceux qu'on laisse vaquer à leurs occupations habituelles et qu'on empêche de s'endormir, dans la mesure du possible, après leur avoir administré une certaine dose de trional.

L'énergie du myocarde, les ganglions intrinsèques du cœur ne sont pas intéressés non plus aux doses thérapeutiques de trional : on n observe pas davantage d'action marquée soit sur la respiration, soit sur le tube digestif, soit sur les sécrétions, avec les doses faibles ou modérées, c'est-à-dire avec les doses thérapeutiques, celles qui commencent à un gramme et qui, comme nous le verrons tout à l'heure ne doivent jamais dépasser deux grammes, sauf dans certaines circonstances rares. La température subit des variations tout à fait analogues à celles que je vous ai citées à propos du sulfonal; tandis que les échanges nutritifs ne subissent pas non plus de variations appréciables, à moins qu'il ne s'agisse de l'introduction brusque d'une quantité telle qu'il se développe des accidents toxiques.

Résultats cliniques. — Quels sont les résultats que l'administration du sulfonal a permis d'obtenir dans les différents cas où cette substance médicamenteuse a été administrée? Eh bien, les observations qui ont été faites ont démontré d'une façon unanime que le trional, aussi bien que le sulfonal, est absolument sans action sur l'insomnie d'origine douloureuse : ce sont des hypnotiques à rejeter absolument dans ces circonstances, ou bien alors on est obligé de les associer soit à la morphine, soit à la phénacétine, ou à l'antipyrine ; mais on a vraiment alors, soit dans la morphine seule, soit dans l'emploi d'autres substances hypnotiques, des agents médicamenteux infiniment supérieurs au trional et au sulfonal.

C'est surtout chez les nerveux et dans les asiles d'aliénés, qu'on a fait des observations très nombreuses relativement aux succès qu'on pouvait obtenir par l'administration de cette drogue : on a observé que le trional était peu efficace dans les insomnies des alcooliques, absolument inefficace dans les cas de délirium tremens. D'autre part, tous les cliniciens qui l'ont employé sont unanimes à reconnaître qu'il exerce une action calmante bien plus certaine sur l'excitation des individus en état de démence; on a même été jusqu'à chercher quelles pouvaient être, au point de vue psychique, les modifications déterminées sous l'influence du trional, et on a dit que cette substance

médicamenteuse influait surtout sur la faculté de perception qui serait modifiée dans le sens de Tillusion. Cette constatation expliquerait certains phénomènes de sédation sous Tinfluence de doses relativement minimes de trional.

En même temps, on a signalé un fait qui peut avoir une certaine importance, c'est que, sous Tinfluence de Tingestion du trional prolongée pendant quelques jours, on observe d'abord une hypoleucocytose, qui est bientôt suivie d*une hyperleucocytose très accentuée.

Un clinicien très apprécié, Weir-Mitchell, a préconisé l'association du trional aux bromures alcalins, et notamment au bromure de potassium, dans le traitement de Tépilepsie; il dit avoir obtenu de très bons résultats, aux points de vue de la sédation et du sommeil, en donnant le bromure dans la journée et le trional le soir. Enfin, chez les morphinomanes, on aurait obtenu également de bons résultats de l'emploi du trional. Mais l'emploi le plus recommandable de ce médicament est celui que l'on en peut faire chez les neurasthéniques et chez ces individus qu'on englobe sous cette épithète générique de nerveux. C'est chez eux qu'on obtient les meilleurs résultats dans son administration.

On a beaucoup parlé, dans ces dernières années, des bons etTets de l'administration du trional chez les enfants ; et on a cité des cas dans lesquels la méningite avait cédé, s'était amendée tout au moins, sous l'influence de doses de 25 à 30 centigrammes de trional. On a également appelé l'attention sur les bons résultats qu'on pouvait obtenir par l'administration de faibles doses dans les cas de chorée, mais surtout dans les cas de terreurs nocturnes déterminant l'insomnie chez les enfants. A ce sujet, Messieurs, il y a une posologie tout à fait spéciale, et pour laquelle le tableau de Gaubius même serait insuffisant : cette posologie, je vais vous la donner, telle qu'elle a été établie par un ensemble d'expérimentations. Les doses doivent varier ainsi : de un mois à un an, 10 à 25 centigrammes, administrés non pas en une fois, mais à doses réfractées; de un an à deux ans, les doses peuvent être portées à 20 et 50 centigrammes; de deux ans à six ans, les doses varient de 40 à 80 centigrammes; et enfin, de six à douze ans, elles atteignent de 80 à 120 centigrammes. Comme je vous le disais à l'instant, les doses de 25 centigrammes, administrées en une seule fois le soir au moment du coucher, ont été employées avec beaucoup de succès chez les enfents qui étaient

affectés de terreurs nocturnes, ainsi que pour combattre Tinsomnie résultant d'une excitation cérébrale.

Messieurs, on a observé également sous l'influence du trional des. effets paradoxaux, comme on en pourrait rapporter, d'ailleurs, pour toutes les substances médicamenteuses. II ne faudrait pas s'étonner, par exemple, de lire dans certaines observations que, tandis que dans la majorité des cas, le trional administré dans de bonnes conditions, — que nous allons définir tout à l'heure, — donne souvent — on pourrait presque dire toujours — d'excellents résultats, il a pu déterminer chez certains individus de la surexcitation, chez des déments des accès de manie aiguë, des manifestations violentes de la démence, alors qu'au contraire on est habitué à lui voir produire des effets sédatifs. Ce sont là des phénomènes que l'on a pu observer à propos de toutes les substances médicamenteuses; et, dans la plupart de ces cas, on a reconnu que lorsque, au lieu d'augmenter les doses comme on serait tenté de le faire au premier abord, on les diminuait, on voyait presque toujours se produire le calme succédant habituellemen aux doses ordinaires, alors qu'au contraire l'excitation ne faisait que s'accroître si l'on augmentait ces doses, qui ne paraissaient pas susceptibles de calmer le malade.

Un fait qu'il faut absolument retenir, parce qu'il a une importance considérable, au point de vue pratique, c'est que l'usage prolongé, quotidien, du trional est absolument dangereux; peut-être plus dangereux encore que celui du sulfonal. Il est absolument nécessaire, lorsque cette substance médicamenteuse devra être administrée pendant un temps assez considérable, de faire suivre une période d'administration continue de six ou sept jours, d'une période de repos de quatre ou cinq jours, au moins, pour reprendre ensuite Fadministration du trional pendant une semaine, et ainsi de suite.

On n'observe pas d'accoutumance sous l'influence du trional; et les phénomènes de sédation, l'action hypnotique ont pu persévérer, se montrer avec une égale intensité pendant une durée de deux ou trois semaines, sans perdre leur activité, sans que l'on fût obligé d'élever les doses. Souvent, au contraire, la diminution des doses a été accompagnée des mêmes effets de calme et d'action hypnotique : il semble donc encore qu'il ne puisse pas être question d'accumulation, comme pour le sulfonal, puisque le trional se détruit entièrement dans l'organisme, — il ne peut être retrouvé dans les urines. —

6ri MODE D'administration du trional

Il faut donc qu'il y ait, de la part du trional, une modification de Tétat général de Tindividu, en vertu duquel cette action médicamenteuse se prolonge, comme elle le fait pour le sulfonal par accumulation du médicament dans Téconomie.

Une excellente manière d'agir, lorsqu'on a besoin d'utiliser pendant un temps assez long la médication hypnotique, consiste à changer assez fréquemment la substance médicamenteuse et à employer, alternativement, comme le recommande von Mering, entre autres, le trional, l'hydrate d'amylène, le chloral, les divers médicaments que nous avons étudiés l'an dernier sous le nom de chloralides, chloralamide, chloralose, etc. *.

J'en reviens maintenant aux conditions dans lesquelles il convient d'administrer le trional, conditions qui, dans la plupart des auteurs, sont assez mal définies. Le procédé à l'aide duquel vous obtiendrez, infailliblement ou à peu près, — car les cas dans lesquels il ne réussit pas sont extrêmement rares, — l'effet hypnotique que vous demandez au trional, est le suivant : administrer en une fois un gramme de trional, non pas en cachet, mais en dissolution dans une quantité de 250 à 300 grammes de liquide chaud, tel qu'une tisane inerte, ou bien du lait. Si, ce qui est extrêmement rare, l'action hypnotique ne se produit pas après une heure ou une heure et demie avec cette seule administration d'un gramme, les exemples qu'on possède actuellement montrent qu'alors il est sage d'augmenter la quantité de trional par doses réfractées de !23 centigrammes , et non pas de 50 centigrammes comme cela se voit dans beaucoup de formulaires. Je vous citerai des faits dans lesquels cette augmentation de 50 centigrammes a déterminé des accidents; par conséquent, il faut y renoncer et augmenter seulement par fraction de 25 centigrammes, cette quantité étant mise en dissolution dans une centaine de grammes de liquide. Le trional administré dans ces conditions est entièrement en dissolution dans le liquide chaud, il agit au maximum, très rapidement, abaisse le tonus des nerfs, combat la surexcitation du système nerveux surmené, et produit ainsi un sommeil se rapprochant, autant que possible, du sommeil naturel. De plus, il est indispensable de l'administrer le soir, peu de temps avant le moment où doit survenir le sommeil, et en observant les conditions d'ambiance favorables que

1. Voir Leçons de Pharmacodynamie et de matière médicale, première série, p. 674.

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