‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 352 sur 486 · MÉCANISME DE L'ACTION HYPNOTIQUE · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE L'ACTION HYPNOTIQUE

tiques et des hypno-anesthésiques *; mais je dois cependant vous rapporter certains faits qui ont été démontrés en ces dernières années par des expériences bien conduites, faites presque exclusivement avec la morphine. Ces expériences permettent d'interpréter, d'une façon très satisfaisante, Taction hypnotique de Topium en raison de Tinfluence exercée par la morphine et ses dérivés sur Tamoeboïsme des prolongements protoplasmatiques et cylindraxiles des neurones. Vulpian avait, en quelque sorte, le pressentiment de cette interprétation quand il admettait que les hypnotiques, et notamment Topium et la morphine, produisaient leurs effets par suite d'une action particulière exercée sur la cellule cérébrale dont ils modifiaient la vitalité.

Avec les solidistes, Bocrhaave pensait que Topium produisait le sommeil en ramenant simplement la laxité normale du tissu nerveux cérébral; pour Sydenham, Topium agissait sur les esprits animaux^ les calmait, et le sommeil était la conséquence de cet apaisement; plus tard, on a cherché dans un certain nombre de théories physiolo- ^ques l'explication des phénomènes que pouvait déterminer la morphine, et je vous rappelle simplement les différentes interprétations qui ont été données pour expliquer le sommeil naturel.

Les questions que se posèrent les expérimentateurs modernes étaient les suivantes : Le sommeil est-il une fonction positive ou négative du cerveau? Doit-il être considéré comme un état apathique des extrémités périphériques nerveuses dont la sensibilité est émoussée par la fatigue et qui n'envoient plus au sensorium commune les excitations dont il a besoin pour se tenir éveillé? Est-il le résultat d'une modification vasculaire de l'encéphale?

Je vous ai exposé comment chacune des théories, de Preyer {théorie des substances ponogènes), de Sommer {théorie de V oxydation insuffisante), de Pfliiger {théorie de la soustraction de f oxygène actif), de Léo Errera {théorie des leucomaînes), de Libermann {théorie des actions vaso-motrices), renfermait une part de vérité et permettait d'interpréter certains phénomènes, dans certaines conditions déterminées. On était arrivé ainsi, les uns à soutenir que l'action stimulante de l'opium épuise les cellules cérébrales et qu'il endort par excès de fatigue, les autres qu'il détermine une compression cérébrale lente et graduelle par accumulation du sang dans le cerveau et en abolissant par là même les fonctions cérébrales.

1. Voir Leçons de pharmacodynamie et de malièi^e médicale, première série, p. 113.

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Je vous ai montré comment la théorie hislologique du sommeil était venue heureusement relier et coordonner tous ces faits d'obsenation; or, c'est précisément à Taide de la morphine que des expériences très suivies et fort probantes ont été réalisées dans ces dernières années à rinstitut Solvay, de Bruxelles, par M. Demoor.

Cet expérimentateur a soumis trois séries de chiens aux conditions expérimentales que voici : un premier lot de chiens est tué au moyen d'injections de morphine, pratiquées de 5 en 5 minutes, jusqu'à ce que mort s'ensuive; pour le second lot d'animaux, auxquels avaient été pratiquées des injections de morphine dans les mêmes conditions, on n'attend pas que la mort se produise par le fait de l'intoxication, mais on la provoque par la section du bulbe. Le troisième lot a été traité de la façon suivante : on a pratiqué chez ces animaux, des deux côtés et au niveau du sillon crucial, une couronne de trépan et on les a laissés jusqu'au lendemain pour se remettre du traumatisme; on a alors enlevé, à l'aide d'une curette tranchante, une certaine partie de la substance nerveuse corticale <le l'hémisphère gauche que l'on fixa immédiatement par les réactifs histologiques ; puis, après avoir soumis les animaux à une morphinisation intense, on pratiqua de la même manière, avec la curette tranchante, l'ablation d'une partie delà couche corticale de substance nerveuse de Thémisphère droit, et on la fixa immédiatement, comme la précédente.

Des modifications cellulaires identiques se sont montrées dans les trois cas : vous savez que les ramifications protoplasmatiques des cellules pyramidales, chez les animaux normaux, se montrent hérissées de petites aspérités abondamment et régulièrement distribuées, déjà décrites par Ramon y Cajal sous le nom d'épines et que Demoor à comparées à une échelle suédoise y c'est-à-dire une de ces échelles àsupport central traversé par des échelons transversaux. Eh bien, sous l'influence de la morphine, presque tous les prolongements, surtout, d'une façon encore plus intense. Tes filaments du panache, se trouvaient rétractés d'une façon plus ou moins remarquable ; et, non seulement on voyait ces épines en quelque sorte rentrées dans la tijre qui les supporte normalement, mais encore, on observait une rétraction et un épaississement de cette tige, modifications qui se traduisaient par l'aspect moniliforme plus ou moins accentué du prolongement. Cet aspect était même si accentué sur les filaments du panache qu'ils semblaient, à première vue, formés par une série de petites

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cellules cylindriques juxtaposées, de dimensions variables et totaleleinent séparées; mais alors Temploi d'un grossissement plus considérable et Texamen de coupes suffisamment minces montraient que ces cellules étaient réunies entre elles par un filament plus ou moins ténu et que le prolongement cellulaire moniliforme se terminait par une granulation terminale, toujours relativement grosse.

Si, au lieu de morphiniser profondément les animaux, on ne les soumettait qu'à Tinfluence d'une dose relativement faible de morphine, les modifications précédentes s'observaient encore, mais à un degré moindre, et ce ne sont plus alors que les ramifications les plus délicates qui prennent l'aspect moniliforme.

Le chloroforme et l'hydrate de chloral ont déterminé des modifications structurales du même genre. Elles furent, cependant, moins accentuées avec le chloral et elles ne purent intéresser les arborisations dans toute leur étendue; c'est seulement au niveau des fines ramifications que l'étit perlé fut manifeste.

Enfin, une très intéressante expérience de contrôle fut la suivante. Un chien narcotisé par la morphine fut trépané des deux côtés, puis abandonné en liberté durant trente-six heures pour se remettre du choc opératoire. Au bout de ce temps, un fragment de substance nerveuse cle la couche corticale fut enlevé d'un côté, tandis que de l'autre côté on appliquait à la même région une excitation électrique intense après laquelle on enlevait aussitôt un fragment de tissu. Ces deux fragments, traités immédiatement et rigoureusement de la même façon, présentèrent les différences suivantes. Les cellules du premier, celui prélevé après la période de repos, se montrèrent normales, c'est-à-dire munies de leurs prolongements, de leurs pseudopodes épineux, et non moniliformes, ce qui prouve que la modification qu'avait dû leur imprimer la morphine injectée trente-six heures auparavant était seulement passagère et susceptible de disparaître après un certain temps de repos; le protoplasma des arborisations revient donc à sa forme normale lorsqu'il n'est plus sous l'influence de la morphine. Quant aux cellules du second fragment, celui prélevé après la faradisation de la substance nerveuse, elles présentèrent des caractères analogues à ceux que détermine la fatigue, le surmenage de ces éléments anatomiques, et que je vous ai décrits en détail l'an dernier : ces cellules étaient globuleuses; le prolongement du sommet était notablement plus gros que normalement et souvent

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