ACTION APHRODISIAQUE DE L'OPIUM
tats observés peuvent être diamétralement opposés. Une analyse attentive permet précisément de se rendre compte des circonstances dans lesquelles ils se produisent, et montre que, par une étude très fouillée et très soigneuse des phénomènes physiologiques déterminés par Topium, on peut arriver à concevoir le mécanisme physiologique de ces deux actions, en apparence absolument contradictoires. La réputation de Topium comme aphrodisiaque a existé de tout temps, et la stimulation génésique, au début tout au moins, est absolument indiscutable. On a cherché à expliquer cette action aphrodisiaque en se basant sur ce fait qu'une excitation médullaire succédait, au bout d'un temps plus ou moins long, à l'excitation cérébrale et que la stimulation génésique dériverait de cette excitation médullaire : c'est là un fait qui, certainement, doit intervenir pour sa part; mais vous allez voir qu'il n'est pas nécessaire d'arriver à cette interprétation pour comprendre les conditions dans lesquelles l'action aphrodisiaque ou anaphrodisiaque de l'opium peut se réaliser.
En effet, l'individu qui ne recherche absolument dans l'accomplissement de l'acte sexuel que le côté matériel, et pour qui cet acte constitue exclusivement, suivant la définition de Chamfort, le contact de deux épidermes, celui-là ne tarde pas à éprouver l'effet déprimant qui prédomine dans l'action exercée par l'opium sur la sensibilité. Au bout d'un temps en général assez court, les ])erceptions sensitives, quelles qu'elles soient, sont plus ou moins déprimées, et par conséquent la jouissance particulière pour la recherche de laquelle il employait l'opiunii est plus ou moins atténuée; elle arrive même à être complètement anéantie : nous verrons, en effet, q«'il y a peu de substances capables, comme l'opium, de déterminer plus sûrement l'anaphrodisie complète par un usage prolongé. Mais à côté de ceux dont je viens de parler, il y a ceux qu'on pourrait appeler les psychiques, les poètes, qui cherchent dans l'acte sexuel la satisfaction d'un désir moral, et qui alors trouvent, de par les hallucinations que l'opium peut déterminer chez eux, un état d'exaltation psychique, des transports immatériels d'ordre absolument moral, bien supérieurs à la satisfaction des seuls appétits organiques : chez ceux-là, évidemment, l'opium aura, pendant un temps plus ou moins long, plus ou moins court, suivant les circonstances, une action aphrodisiaque très nette, pour la recherche de laquelle beaucoup de gens s'adonnent soit à l'opiomanie, soit à la morphinomanie; mais vous voyez que