‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 359 sur 486 · ACTION APHRODISIAQUE DE L'OPIUM · texte numérisé non relu

ACTION APHRODISIAQUE DE L'OPIUM

c'est en quelque sorte une action trompeuse, c'est plutôt une satisfaction psychique que matérielle.

Les sujets qui emploient surtout Topium dans le but d'en obtenir des stimulations d'ordre principalement psychique arrivent à prolonger assez longtemps l'action aphrodisiaque que ce médicament provoque chez eux. D'une part, leur recherche d'exaltation psychique se réalise avec des doses plutôt faibles; d'autre part, la satisfaction de leurs appétits de jouissances idéales les plonge dans un état de lassitude béate pendant lequel l'âme se trouve comme dégagée de ses liens terrestres, la matière est en quelque sorte annulée, et l'esprit plane seul dans l'infini, tandis «{ue le sujet, se laissant aller à cette abstraction, prolonge ce rêve autant qu'il lui est possible. Celui-là se contente en quelque sorte de l'illusion du bonheur et de la jouissance; il n'use pas, on use peu, ses forces matérielles.

Celui, au contraire, qui demande à la stimulation de l'opium de lui faciliter la satisfaction de ses instincts, de ses appétits, de ses vices, celui-là éprouvera bientôt la nécessité d'élever les doses pour obtenir l'excitation; les jouissances qu'il recherche ont un côté matériel, borné par les forces dont il dispose, et pour l'exaltation desquelles il va arriver, inévitablement et rapidement, à la saturation. Celle-ci entraînera fatalement l'impuissance génitale plus ou moins absolue, comme nous le verrons plus tard, et le malheureux morphinomane réalisera une nouvelle forme du supplice de Tantale, par le contraste entre cette impuissance effective et les images que ses désirs, impossibles à assouvir, lui représentent sans cesse. Car c'est à un pareil résultat qu'amène fatalement, au bout d'un temps variable, l'emploi de l'opium à titre d'aphrodisiaque.

L'impuissance génitale est, en eCFet, plus ou moins absolue lorsqu'il est fait un usage suffisamment prolongé soit de l'opium, soit de la morphine; et, en définitive, c'est à une action anaphrodisiaque qu'on aboutit, bien qu'au début l'action aphrodisiaque de l'opium ou de la morphine ait été plus ou moins nettement démontrée. J'ajouterai encore qu'à cette action aphrodisiaque on a l'habitude de rattacher l'excitation du flux menstruel déterminée par l'ingestion d'une petite quantité d'opium : c'est un fait à rapprocher de l'excitation des organes génitaux, excitation qui peut évidemment s'accompagner d'un certain degré d'aphrodisie.

Aclion noosthênique et exhilarante. — Sous la dénomination

GROUPE DES NOOSTHÉNIQUES ET EXHILARANTS 597

de noosthéniques, Fonssagrives rangeait tous les stimulants de Tintelligence, que cette stimulation portât soit sur les phénomènes intellectuels en général, soit, d'une façon élective, sur quelques facultés psychiques en particulier. Il faisait de ces corps une classe particulière dans laquelle il rangeait l'alcool et l'acide carbonique : nous avons déjà étudié en détail Talcool, et, chemin faisant, je vous ai signalé dans quelle mesure l'acide carbonique pouvait intervenir au point de vue noosthénique, au point de vue de l'excitation intellectuelle. Fonssagrives rangeait également dans cette classe la plupart des essences qui, comme l'alcool, sont douées du pouvoir de stimuler les facultés intellectuelles; il y ajoutait l'opium, le chanvre indien et le kawa, et terminait ce groupement par la série des caféiques.

Eh bien, je crois qu'il faut distraire le groupe des caféiques de celui des noosthéniques, parce qu'il existe entre l'action stimulante exercée par les caféiques et celle qu'exercent l'alcool, l'opium et le chanvre indien, une différence qui me paraît essentielle : cette différence, j'en veux trouver l'explication, ainsi que je vous l'ai déjà indiqué, à propos des généralités concernant les modificateurs intellectuels, dans ce fait que l'action noosthénique exercée par les caféiques est surtout une action secondaire qui me paraît une conséquence de l'augmentation de la pression sanguine déterminée par les caféiques, augmentation de pression qui se fait sentir dans le névraxe aussi bien que dans les autres régions de l'organisme; et que, dans ce cas, l'action noosthénique est surtout tributaire de cette augmentation de pression, d'une part, et, d'autre part, de l'action particulière exercée par les principes actifs des caféiques sur le système nerveux exclusivement moteur, ainsi que sur le système musculaire. Au contraire, dans l'action exercée par l'alcool, par les essences, par l'opium, par le chanvre indien, l'observation et Texpérience montrent qu'il y a une action particulière et primitive sur la cellule nerveuse, que cette cellule réagit par elle-même primitivement y en raison de l'action particulière exercée par les substances actives de ces différentes drogues sur l'élément nerveux lui-même. Je crois, en conséquence, qu'il est beaucoup plus logique de rejeter l'étude des caféiques à côté de celle des modificateurs du système musculaire ainsi que de la circulation et de la pression sanguine, c'est-à-dire à côté de la digitale et des digitaliques : leur place est beaucoup mieux là que parmi les substances stimulantes des fonctions intellectuelles.

198 ACTION NOOSTHÉNIQUE ET EXHiLARAMTE DE L OPIUM

Cette action noosthénique Je l'opium se traduit par un état de bicD- "■"» de bonne humeur, de force physique et intellectuelle. Sous son ence, les idées sont nettes, précises; la mémoire est flilèle; la eptton est plus rapide et plus ferme; l'expression, la traduction idées sont tout à fait faciles, abondantes et sans effort; ei, de u de tous ceux qui ont essayé les différents stimulants ou qui >nt étudiés de très près, nulle autre stimulation ne peut, ferlaient, être comparée à celle que détermine l'opium. lUS l'influence des petites doses, ainsi que je l'ai déjà décrit à os de l'action hypnotique, l'état de stimulation et de veille est ou moins prolongé; puis, à cet état de stimulation, qui n'est sans causer une certaine fatigue, succède nécessairement un de dépression plus ou moins intense, état qui se traduit assez ent par la phase hypnotique, puis, le lendemain, c'est de l'affais- ;nt, de ta migraine, de l'embarras gastrique, un état absolument )lable à celui qui succède à l'ingestion d'une quantité trop consible de boissons alcooliques. Cet état gastrique, cet élat mi^rai- : qui suit l'ingestion de l'opium, est peut-être, est même très inement un des correctifs du péril dans lequel on peut tomber-l'emploi des préparations opiacées; maïs, malheureusement, on rait dire à propos de l'opium, comme à propos de l'alcool, que nconvénients sont encore insuffisants pour empêcher ceux qui ;rchent la satisfaction de jouissances particulières, de faire e, et même abus, soit de l'alcool, soit de l'opium, lant aux effets stimulants de la morphine, que nous étudierons tard, ils sont loin d'être aussi éminemment psychiques el mds que ceux de l'opium : les effets de l'opium paraissent, ffet, électivement intellectuels et plus durables que les eiïels liants de la morphine; i) semble que la stimulation due k la morî évolue d'une façon plus rapide, maïs en même temps plus lie.

.vertu dormi tioe de l'opium, comme vous le voyez, est, en somme. >ntraste assez flagrant avec ces faits : l'état d'hébétude qui peut ider à cette excitation primitive est un résultat absolument secon- 1 et la conséquence de la production d'une excitation factice, me cela se produit avec toutes les substances capables d'exalter jouissance, le plaisir de l'heure présente fait oublier la peine du ;main; eton peut dire, en définitive, pour l'opium, ce qu'on peut

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