‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 383 sur 486 · OPIUM ET NOIX VOMIQUB · texte numérisé non relu

OPIUM ET NOIX VOMIQUB

de traitement qu'un traitement effectif, et qu'il ne peut avoir pour conséquence que d'endormir dans une trompeuse sécurité, en faisant croire qu'on a tout fait pour sauver la vie du malade quand on lui a donné ou injecté une quantité suffisante de belladone ou de sulfate d'atropine après une intoxication par l'opium.

Si la belladone a été surtout vantée comme substance antagoniste de l'opium, elle n'est pas la seule dont certaines actions physiologiques contrastent, d'une manière plus ou moins frappante, avec celles de ce médicament. En raison des détails dans lesquels je viens d'entrer, je serai bref pour ce qui regarde les autres antagonistes.

En sa qualité d'hypercinétique, la noix vomique a été opposée à l'opium, ou la strychnine à la morphine. Les expériences tentées sur les animaux n'ont pas confirmé cette action; et Cloquet ne put empêcher de mourir, en le traitant par l'opium, un individu intoxiqué par la noix vomique : on ne comprend pas bien, d'ailleurs, comment la morphine, à moins d'être employée à doses toxiques, pourrai entraver l'hyperexcitabilité réflexe de la substance grise. Il n'y a pas non plus de comparaison possible à établir entre ces deux alcaloïdes, au point de vue de la rapidité d'action et de la puissance dans les efiets. La seule chose qui reste démontrée, c'est que, seulement dans les Qas de strychnisme léger, par exemple, dans les cas d'accidents résultant de l'accumulation de plusieurs doses thérapeutiques, l'emploi de l'opium ou, mieux encore, les injections hypodermiques de morphine peuvent amener la sédation de spasmes douloureux, permettant ainsi de gagner du temps et de favoriser, par des moyens appropriés, l'élimination de la substance toxique.

Se basant sur l'antagonisme apparent de certains effets physiologiques, quelques auteurs ont voulu opposer la cocaïne à la morphine. Ce que je vous ai dit l'année dernière des propriétés physiologiques de la cocaïne n'est guère de nature à faire admettre un antagonisme utile. J'ai attiré votre attention sur le grand nombre de circonstances dans lesquelles les manifestations symptomatiques de la cocaïne et de la morphine étaient identiques; et, si l'on s'en tient aux doses faibles ou modérées, sans adopter, comme le font la plupart des auteurs, les manifestations des doses déjà toxiques comme caractérisant l'action médicamenteuse de l'opium, on s'aperçoit que g'il existe deux alcaloïdes entre lesquels l'antagonisme soit peu caractérisé et aussi mitigé que possible, ce sont la cocaïne et la morpTiine. Le genre

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d'excitation, son mécanisme, changent, cela est certain ; et vous verrez, quand nous étudierons la morphinomanie, combien la cocaïnomanie est fréquente chez les morphinomanes, qui trouvent dans la cocaïne une excitation, une restitution de Teuphorie que la morphine ne pouvait plus leur procurer. Mais c'est un phénomène passager ; et il serait beaucoup plus exact de faire de la morphine et de la cocaïne des synergiques que des antagonistes.

J'insiste sur ce point parce que Ton a cité, récemment, de prétendues preuves de cette action antagoniste. Un chirurgien de New-York ayant à pratiquer chez un malade une uréthrotomie interne, lui fit au préalable une injection uréthrale de 7 grammes 50 d'une solution de cocaïne à 10 p. 100 qui fut laissée seulement pendant trois minutes en contact avec la muqueuse : il observa tout à coup, au bout d'un quart d'heure après l'écoulement de la solution analgésiante, des symptômes d'intoxication cocaïnique grave, et le malade fut pris de dysphagîe avec tuméfaction et cyanose de la face, du cou, des membres, dilatation pupillaire, dyspnée, arythmie cardiaque, agitation ner\*euse extrêmement prononcées. L'opérateur crut devoir recourir à des injections hypodermiques de chlorhydrate de morphine. En l'espace de trois jours, on lui fît vingt-deux injections d'un centigramme de morphine et, ajoute M. Brennan, qui rapporte ce fait dans le Nev) York médical Journal (novembre 1898), « sous l'influence de cette médication énergique, le malade s'est complètement rétabli ». Il ne faut pas s'en laisser imposer par des faits de ce genre : ici comme à propos de l'atropine, on a pu obtenir d*heureux résultats, je dirai malgré l'intervention de la prétendue substance antidotique; mais on doit se garder de donner ces exemples comme une règle à suivre et de conclure d'un résultat heureux à des propriétés que l'étude raisonnée et attentive de l'action pharmacodynamique sont loin de justifier.

A ce point de vue, d'ailleurs, l'opium a été opposé à tous les empoisonnements comme à toutes les maladies; et l'on pourrait le mettre en parallèle successivement, et avec tout autant de preuves du genre de la précédente, avec tous les produits de la matière médicale. Je pense vous avoir suffisamment édifié sur ce que l'on doit accepter au sujet de l'antagonisme de l'opium et de l'antagonisme médicamenteux en général. Comme vous le voyez. Messieurs, ces données sont absolument importantes et me paraissent indispensables pour l'étude de l'action des substances médicamenteuses : c'est pourquoi j'ai fait

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