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XXIX! LEÇON

ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DES ALCALOÏDES DE L'OPIUM. - MORPHINE. — ACTION CHEZ L'HO MME ET LES DIFFÉ- RENTES ESPÈCES ANIMALES. — SYMPTOMATOLOQIE CHEZ LES ANIMAUX NARCOTISÉS ET CHEZ LES ANI- MAUX EXCITÉS. — SYMPTOMATOLOQIE ET DOSE MOR- TELLE CHEZ L'HOMME. - ACTION SUR LA RESPIRATION.

Nous avons cherché à approfondir l'action de l'opium en nature considéré comme une substance unique; il nous reste, pour terminer l'étude de cette drogue, à voir si la connaissance de l'action physio- Ic^ique, non pas de tous les éléments qui la composent, mais des principaux de ces éléments, pourra nous servir à éclairer l'étude que nous avons déjà faite. Les alcaloïdes qui sont contenus dans ropium sont en très grand nombre, comme vous le savez déjà, mais quelques-uns seulement, parmi eux, permettent qu'on approfondisse un peu leur action physiologique. Ainsi que je vous l'ai déjà fait entrevoir, un certain nombre de ces produits sont, très probablement, des produits de transformation de certaines substances qui préexistent dans l'opium ; et l'action médicamenteuse de quelques-uns seulement de ces alcaloïdes peut nous servir à élucider l'action physiologique de l'opium. Parmi ces nombreux alcaloïdes, celui qui, non seulement par sa quantité, mais par son action physiologique, mérite certainement le premier rang, exerce la prééminence au point de vue de l'action médicamenteuse, c'est incontestablement la morphine; c'est d'ailleurs le plus expérimenté de tous les alcaloïdes de l'opium, et c'est celui par lequel nous commencerons leur étude.

La morphine a été isolée depuis «bien près d'une centaine d'années déjà; et, depuis son isolement, elle a été l'objet d'un très grand nombre de travaux. Les recherches de Claude Bernard, qui ont

été les premières à jeter quelque lumière sur ractîon physiologique de Topium, et surtout sur celle de ses principaux alcaloïdes, avaient déjà montré que l'action physiologique de chacun de ces alcaloïdes était loin d'être identique, et Claude Bernard avait conclu de ces premiers travaux que les principaux alcaloïdes qu'il avait étudiés, pouvaient exercer une influence fort difl'érente, suivant qu'on envisageait leur action convulsi vante, leur action toxique, leur action soporifique, sur l'homme ou sur les différents animaux. En conséquence de ses recherches, il avait été amené à dresser le tableau que je vous ai fait reproduire ici, et dans lequel les alcaloïdes dont il a fait l'étude sont rangés suivant l'ordre convulsivant, suivant l'ordre toxique et suivant l'ordre soporifique; mais ses essais ne se bornèrent pas à ces seules constatations.

Dans l'étude de ces eOfets variables sur les différents animaux, Claude Bernard avait remarqué que certains animaux étaient beaucoup plus impressionnables que d'autres à l'influence de la morphine; que le chien, par exemple, était bien plus facilement impressionnable que ne l'est le lapin; que, chez la grenouille, c'étaient surtout les effets convulsivants qui prédominaient, que, pour arriver chez ces derniers animaux à obtenir une action soporifique, une action sédative, une action hypnotique, il fallait passer d'abord par une période de phénomènes tétaniques plus ou moins intenses, et que c'était seulement sous l'influence de doses relativement considérables que l'action soporifique s'établissait. Les recherches qu'avaient suscitées les observations de Claude Bernard, aussi bien que l'observation sur l'homme, n'avaient pas tardé à montrer que l'action de la morphine était variable non seulement d'animal à animal, mais encore de l'animal à l'homme, et même de l'homme à l'homme, et non seulement d'un homme à un individu différent, mais aussi chez le même individu suivant les circonstances dans lesquelles il se trouvait.

C'est là un point de vue sur lequel il est absolument nécessaire d'insister, je crois, parce que, dans la plupart des formulaires et des traités de thérapeutique, il n'est en aucune façon question de cette sensibilité, de cette susceptibilité individuelle de l'homme vis à-rê des différents alcaloïdes de l'opium, et môme vis-à-vis de la morphine : cette susceptibilité est telle que, ainsi que je crois vous l'avoir déjà fait remarquer à propos de l'opium, — j'y insiste encore plus à propos de la morphine, parce que Taction toxique de cette substance

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