‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 386 sur 486 · VARIABILITÉ D'ACTION DE LA MORPHINE 65S · texte numérisé non relu

VARIABILITÉ D'ACTION DE LA MORPHINE 65S

est de beaucoup supérieure à celle de l'opium, — cette variation de la sensibilité individuelle est telle, qu'on est absolument inexcusable d'employer d'emblée, pour la première fois, chez un individu dont on ne connaît pas la réactivité vis-à-vis de la morphine, des doses égales, — je ne dis pas supérieures, je dis simplement égales, — à 1 centigramme de morphine.

Lorsque nous allons aborder la toxicologie de la morphine, j'aurai à vous citer, en effet, des exemples d'accidents d'intoxication grave qui ont été déterminés chez quelques individus par l'emploi d'injections hypodermiques de morphine d'un seul centigramme, alors qu'on n'avait aucune donnée préalable sur la façon dont l'individu auquel cette injection était faite réagissait vis-à-vis de la morphine.

J'appelle encore votre attention sur ce point, sur lequel j'ai déjà insisté, je crois, à propos de l'opium, c'est que l'état de l'individu rend sa réactivité absolument différente, suivant les circonstances : un individu normal, dont les cellules sont aussi normales, aussi saines, aussi intactes qu'il est possible de l'imaginer, réagira vis-à-vis de la morphine d'une façon beaucoup plus énergique, qu'un individu dont les cellules seront déjà impressionnées soit par une substance médicamenteuse, soit même par une cause pathologique quelconque. J'ai eu déjà, pour plusieurs substances médicamenteuses, l'occasion de faire ressortir des preuves de ce fait; et, à mon avis, c'est la raison pour laquelle les individus atteints d'affections nerveuses réagissent quelquefois si difficilement en présence des alcaloïdes tels que la morphine, l'atropine, et beaucoup d'autres du même genre dont l'action élective s'exerce presque exclusivement, ou pour la majeure partie tout au moins, sur les cellules nerveuses.

Donc, il existe des variations considérables quant à la nature des manifestations toxiques et des manifestation physiologiques, non seulement d'une espèce animale à une autre, mais d'un individu à un autre. Jusqu'au moment où les expériences de Claude Bernard furent publiées, on croyait que l'action toxique était très sensiblement uniforme, que la morphine se comportait chez toutes les espèces animales comme une substance capable de déterminer l'hypnose, à la seule condition d'en administrer une dose variable avec chaque espèce animale; et que, dans certaines circonstances, pour certaines espèces, cette action hypnotique n'était obtenue, comme je vous le citais tout à l'heure pour la grenouille, qu'à la suite d'acci-

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