ANCIENNETÉ DE L'EMPLOI DU CHANVRE
paradis terrestre, le chef obtenait d'eux un dévouement qui ne reculait devant aucun obstacle et, sur un signe, les haschischins se précipitaient du haut d'une tour, se jetaient dans les flammes ou allaient à travers tous les périls frapper les chefs ennemis au milieu de leurs palais et de leurs serviteurs. »
C'est, du reste, de leur dénomination de haschischins qu'est dérivé le mot assassin. Il est fort probable que le sommeil du début n'était pas provoqué à l'aide du haschich, mais bien d'un autre narcotique, et que c'était seulement lors de leur réveil dans ce harem enchanteur que les haschischins absorbaient des préparations à base de chanvre indien; car nous verrons tout à l'heure que le sommeil déterminé par le haschich suit la période d'excitation pendant laquelle se produisent les illusions et les hallucinations, au lieu de la précéder.
Les premières observations à caractère vraiment scientifique, relatives au chanvre indien, ne remontent qu'à la fin du xvi' siècle, au voyage que Prosper Alpino fit en Egypte et dont il a laissé la relation dans son livre De medicinà /Egyplorum, [Venise, 1591.] Un siècle plus tard, en 1690, un savant marchand de Hanau, Rumph, étudia le chanvre indien à Amboyne, où l'avaient attiré les intérêts de son commerce et où son savoir en tout genre le fit parvenir à la chaire de conseiller de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Dans son Herbier dC Amboyne, il consigne que dans l'Inde entière les feuilles et les graines de chanvre sont fort employées pour chasser l'inquiétude et provoquer les rêves agréables; que parfois même il en résulte une sorte de folie; que fumer cette plante avec du tabac rend certaines personnes furieuses, tandis que cela 'produit chez d'autres soit du rire sardonique accompagné de grimaces, soit des pleurs et des lamentations : il ajoute que, d'ailleurs, ces effets varient beaucoup avec les tempéraments.
Dans sa Nosologia methodica, Sauvages, en 1768, s'étend sur les effets d'un électuaire dans lequel entrait le haschich et dont Kaempfer, au cours de ses voyages en qualité de médecin en chef de la flotte appartenant à la Compagnie hollandaise des Indes orientales, avait, ainsi que quelques-uns de ses amis, pris une certaine quantité, lors de ses excursions dans le golfe Persique, de 1688 à 1693. Ils éprouvèrent, dit Kaempfer, une joie incroyable manifestée par des éclats de rire et par des embrassements mutuels. Dans le Malabar, d^ par la vertu de ce philtre, des vierges, tirées du temple des brahmanes»