‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 466 sur 486 · ANCIENNETÉ DE L'EMPLOI DU CHANVRE · texte numérisé non relu

ANCIENNETÉ DE L'EMPLOI DU CHANVRE

mettre de pratiquer des opérations chirurgicales. Les Chinois avaient également observé qu'il existait deux espèces de chanvre, Tune produisant des graines et l'autre seulement des fleurs.

C'est en Asie-Mineure, en Perse, et surtout en Egypte ainsi qu'en Arabie que l'usage du chanvre indien se répandit, en raison de ses propriétés enivrantes et des satisfactions sensuelles, qu'il serait plus exact d'appeler illusions et hallucinations sensorielles, déterminées par son emploi. Malgré la sévérité des ordonnances rendues en Egypte, la consommation du chanvre indien ne fil que s'accroître et se répandre, tant est impérieux, chez l'homme qui n'a pas su se faire une Religion intellectuelle, ce besoin de se créer une vie cérébrale factice lui masquant pour un temps les tristes et pénibles réalités de l'existence : ne pouvant trouver le bonheur, il veut en saisir au moins l'ombre.

L'intensité des sensations de plaisir provoquées par cette drogue devait, au moins chez certains sujets, atteindre un degré extraordinaire, s'il faut s'en rapporter au récit du voyageur Marco Polo lorsqu'il raconte comment les princes du Liban s'en servaient pour fanatiser leurs séides.

« Le Vieux de la montagne faisait élever des jeunes gens choisis" parmi les habitants les plus robustes des lieux de sa domination, pour en faire les exécuteurs de ses barbares arrêts. Toute leur éducation avait pour objet de les convaincre qu'en obéissant aveuglément aux ordres de leur chef, ils s'assuraient après la mort la jouissance de tous les plaisirs qui peuvent flatter les sens. Pour parvenir à son but, ce prince avait fait aménager auprès de son palais des jardins délicieux. Là, dans des pavillons décorés de tout ce que le luxe asiatique peut imaginer de plus riche et de plus brillant, habitaient de jeunes beautés uniquement consacrées aux plaisirs de ceux auxquels étaient destinés ces lieux enchanteurs. C'était là que les princes Ismaéliens faisaient transporter les jeunes gens dont ils voulaient faire les ministres aveugles de leurs volontés. Après leur avoir fait avaler un breuvage qui les plongeait dans un profond sommeil et les privait pour quelque temps de l'usage de toutes leurs facultés, ils les faisaient introduire dans ces pavillons dignes des jardins d'Armide. A leur réveil, tout ce qui frappait leurs oreilles et leurs yeux les jetait dans un ravissement qui ne laissait à leur raison aucun empire sur leur àme. Avec l'espoir soigneusement entretenu de revoir ce

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