PRÉPARATIONS MÉDICAMENTEUSES
bientôt dix-sept siècles. Au xvui*' siècle, Murray l'a conseillé comme narcotique et analgésique dans la gonorrhée récente et Tictère spasmodique. Mais c'est surtout aux observations des médecins anglais exerçant dans Tlnde que Ton doit les connaissances relatives aux diverses applications dont ce médicament est susceptible.
Au point de vue médicamenteux, on emploie surtout l'extrait gras, obtenu en faisant digérer le chanvre indien dans du beurre, l'extrait alcoolique et la teinture de chanvre indien.
L'extrait alcoolique et la teinture sont les seules préparations figurant au Codex français. De plus, cet extrait doit être préparé avec le chanvre de nos régions, puisque, dans le chapitre consacré à Ténumération des substances tirées des végétaux ou des animaux, c'est le Cannabis saliva qui est seul indiqué.
Ce fait permet de se rendre compte de la différence d'activité, parfois considérable, existant entre les préparations effectuées suivant les indications de notre pharmacopée et les préparations effectuées à l'aide du chanvre indien véritable et par des moyens différents, telles que ces préparations dont je vais avoir à vous entretenir tout à l'heure pour vous parler des accidents auxquels elles ont donné lieu. Il est évident que cette observation s'applique aussi bien à la teinture qui doit être beaucoup plus active quand elle est préparée avec le vrai chanvre indien que lorsqu'elle est obtenue avec le chanvre de nos régions, de même que lorsqu'elle est préparée directement avec les sommités de la plante au lieu de l'extrait.
L'extrait gras, à la dose de S à 6 centigrammes en trois prises, a été particulièrement vanté pour remédier aux douleurs provoquées par certaines formes d'affections non organiques de l'estomac : ainsi par exemple dans les altérations chimiques du suc gastrique et les névroses gastro-intestinales : on tirerait encore dans ces cas un grand avantage de l'emploi du chanvre indien, soit sous forme de teinture, en l'administrant à la dose de un demi à 4 grammes par jour et en ayant bien soin de tàter au préalable la susceptibilité de l'individu ; soit encore sous forme d'extrait alcoolique à la dose de 20 à 80 centigrammes en vingt-quatre heures. Sous l'influence de cette médication, on verrait cesser les douleurs et se rétablir Tappétit; on verrait se résoudre les spasmes, s'arrêter les vomissements; enfin, les symptômes dus à l'excitation motrice et nerveuse de l'estomac seraient très heureusement influencés : le chanvre indien favoriserait
la digestion stomacale et faciliterait rélimination des gaz, en même temps qu'il déterminerait la sédation de phénomènes éloignés tels que vertiges, migraines, insomnies, palpitations, dyspnée. On Ta considéré comme un véritable sédatif de Testomac.
En revanche, on n'en aurait obtenu aucun effet sur les affections de Testomac caractérisées par l'atonie ou la dilatation, non plus que sur les manifestations nerveuses qui se traduiraient par de l'hypochondrie ou l'hystérie.
Dans le traitement du delirium tremens le haschich aurait fourni d'excellents résultats à Corrigan, Fronmûller, West, Beddoe, etc. On n'observerait pas, à la suite des accès de delirium tremens traités par ce médicament, l'état de prostration, de stupeur succédant aux accès traités par l'opium, le chloral et les autres hypnotiques, ou les hypno-anesthétiques. Seulement, il faut alors administrer le haschich à dose élevée d'emblée, de façon à éviter la période d'excitation psychique et sensorielle qui suit l'administration des doses faibles. On prescrira XX gouttes de teinture, répétées toutes les quatre heures, soit de 2 à 3 grammes de teinture par vingt-quatre heures; ou bien l'extrait, à la dose de 50 centigrammes, répétés au besoin jusqu'à ce que l'effet hypnotique soit obtenu. Les doses sont dans ce cas, extrêmement variables, suivant l'impressionnabilité du sujet, son état actuel, le mode d'administration et la nature de la préparation employée. On doit, en surveillant très étroitement l'action du médicament, s'attacher à provoquer rapidement et sûrement le sommeil.
Les feuilles ont été recommandées, fumées seules ou en même temps que le tabac, pour le traitement du tétanos. L'emploi du chanvre indien consisterait, dans ce cas, à fumer dès le début apparent des convulsions tétaniques jusqu'à ce que se produise la cessation de ces phénomènes, ou le sommeil. Si les convulsions venaient à se réveiller, on reprendrait la médication. La dose est de 40 à SO centigrammes de feuilles à la fois pour une cigarette ou une pipe. Sous l'influence de cette médication, on aurait vu la durée des convulsions abrégée; les convulsions ne reviendraient qu'à des intervalles de plus en plus éloignés, elles diminueraient en même temps de fréquence et d'intensité. Je crois que nous avons dans l'emploi du chloral et des autres médicaments du même genre des moyens certainement plus actifs de lutter contre ces accidents; cependant la
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fumée de chanvre indien peut, dans certaines circonstances, rendre d'énormes services.
Dans un grand nombre d'affections nerveuses, hystérie, épilepsie, chorée, aliénation mentale, surtout chez les maniaques excités, le delirium tremens, la morphinomanie, un certain nombre de névralgies, l'emploi du chanvre indien a donné d'excellents résultats, autant en raison de ses propriétés noosthéniques et exhilarantes que de sa valeur comme hypnagogue. Je ne puis que vous citer ces applications, sans y insister davantage.
Mais le haschich n'est pas sans avoir déterminé quelques accidents d'intoxication : ceux-ci se sont produits surtout chez des individus en quelque sorte prédisposés, des nerveux comme ceux que je vous signalais tout à l'heure, et ils se sont montrés, principalement, avec la préparation allemande qui est connue sous le nom de Baume de haschich : cette préparation paraît posséder une activité tout à fait remarquable, supérieure certainement à celle de l'extrait gras et, à plus forte raison, à l'activité de l'extrait alcoolique ainsi qu'à celle de la teinture.
Les manifestations toxiques ont consisté, principalement, en phénomènes analogues à ceux que je vous signalais tout à l'heure, c'està dire en phénomènes surtout d'origine céphalique, je veux dire en modifications principalement intellectuelles et relevant, plus particulièrement, des fonctions du cerveau et du cervelet. Voici quelques exemples.
Une femme nerveuse et impressionnable absorbe en une seule fois 10 centigrammes de baume de haschich. Elle est en butte au bout de peu de temps à des accidents fort pénibles consistant surtout en cauchemars effrayants lui montrant des dangers terribles auxquels elle ne peut échapper et contre lesquels rien ne peut la secourir. Elle éprouve, entre autres phénomènes, une angoisse indicible en songeant qu'on peut la croire morte et qu'elle va être enterrée vivante : cette hallucination la poursuit avec une telle persistance qu'elle assiste à toutes les phases de sa propre mort. Son agitation est extrême, ses mains et ses doigts, sans cesse en mouvement, sont occupés à chercher quelque chose ou à montrer des visions terrifiantes. La loquacité est intense. Les pupilles se montrent modérément dilatées et paresseuses. Le pouls est fréquent. La température atteint 37** 9. On institue une médication stimulante et on applique des com-