PROPRIÉTÉS CHIMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES DIFFÉRENTES
des propriétés physiques et chimiques qui les différencient nettement.
Ce n'est pas là le seul point de vue auquel il faut en\âsager Talcool. Lorsque, dans une des formules que j'ai indiquées précédemment, on vient opérer la substitution à un atome d'hydrogène d'un radical complexe, notamment d'un radical de la série aromatique, il en résulte bien toujours qu'on a affaire à un alcool, mais il semble, dans ce cas particulier, que l'introduction du groupement de la série aromatique imprime à l'alcool ainsi produit une caractéristique physiologique tout à fait spéciale : ces corps n'agissent plus en effet comme des alcools; ce ne sont plus des hypnotiques, ce ne sont pas davantage des hypno-anesthésiques ; ce sont plutôt des substances analgésiantes, mais des substances douées de propriétés extrêmement intenses sur le sang, sur les hématies notamment, et ce sont, bien plutôt, des substances exclusivement toxiques que des substances médicamenteuses.
Vous voyez l'intérêt qu'il y a, en somme, à envisager d'une façon générale la structure moléculaire, la constitution chimique de ces alcools parce que, dans certaines circonstances, on peut être à même de prévoir en quelque sorte la fonction physiologique d'un alcool, suivant les procédés qui lui auront ddnné naissance. D'autre part, je vous rappelais qu'un alcool pouvait être envisagé comme l'hydrate d'un hydrocarbure, mais c'est à la condition que cet hydrocarbure soit acyclique, c'est-à-dire à chaîne ouverte, que cet hydrocarbure soit de la série grasse; si, au contraire, il s'agit d'un hydrocarbure cyclique, c'est-à-dire de la série aromatique, ce n'est plus un alcool qu'on obtient, c'est un corps à fonctions chimiques absolument différentes, et à fonctions physiologiques plus différentes encore, c'est un phénol, qui, comme vous le savez, quelque soit le groupe auquel on s'adresse, ne possède en aucune façon les propriétés hypnotiques des alcools : ces corps peuvent, dans certains cas, présenter des propriétés analgésiantes, mais ces propriétés ne peuvent être utilisées, comme je le disais tout à l'heure à propos des alcools de la série aromatique, que corrélativement avec les propriétés toxiques, et l'on est obligé d'en rejeter l'emploi en raison de ce fait.
Encore une considération, relative cette fois non plus à la fonction primaire, secondaire ou tertiaire des alcools, mais à l'atomicité de ces alcools. Vous allez voir que cette question est encore extrêmement importante. Les alcools primaires, secondaires ou tertiaires
ALCOOLS POLYATOMIQUES d31
présentent tous une très grande analogie avec un oxyde métallique hydraté; vous savez que la propriété caractéristique des oxydes métalliques c'est, lorsqu'on les met en présence d'un acide, de faire une double décomposition qui donne naissance à de l'eau et à un sel. Les akools font exactement la même chose : les sels qu'ils forment s'appellent des élhers, et les éthers se forment par l'action d'un acide, dans des condition» déterminées, sur un alcool, avec élimination d'eau ; inversement, on peut, par un phénomène qu'on appelle la saponification, décomposer les éthers et récupérer l'alcool générateur.
Nous aurons encore occasion de parler à plusieurs reprises de l'atomicité des alcools; cette atomicité, je vais vous la faire comprendre au moyen de l'explication qu'on utilise généralement pour cela. Si nous considérons une molécule d'eau, nous pouvons, à un des atomes d'hydrogène de cette molécule d'eau, substituer un radical hydrocarbure monovalent, et nous aurons l'alcool mono-atomique. Mais nous pouvons supposer deux, trois, quatre, cinq, et jusqu'à six molécules d'eau condensées en une seule, et nous pouvons concevoir également qu'un radical bivalent vienne se substituer à deux atomes d'hydrogène dans deux molécules d'eau condensées en une seule, et ainsi de suite, qu'un radical hexavalent se substitue à six atomes d'hydrogène, et nous aurons alors l'alcool diatomique, triatomique, tétratomique, pentatomique, hexatomique.
Voici l'importance que présente cette considération : les monoalcools ou alcools mono-atomiques, constituent la classe des carbinols, dont l'alcool ordinaire est le type; les di-alcools, c'est-à-dire les alcools di-alomiques, constituent la classe des glycolSy lacholestérine, par exemple, est un alcool de ce groupe; les alcools tri-atomiques forment la classe des glycérols, dont le type est représenté par la glycérine; les alcools tétra-atomiques fornient la classe des érythrols, dont le type est représenté par l'érythrite; les alcools pentatomiques dont la classe n'est, jusqu'ici, désignée par aucune appellation générique sont représentés par la pinite, la quercite, la xylite; enfin les termes les plus élevés sont les mannitols, dont la mannite est le ty[>e,et dont les produits de condensation, les aldéhydes du deuxième degré, sont représentés par les glucoses, les amidons, les sucres, toutes substances qui se transforment en alcool éthylique sous l'influence de la fermentation et qui, loin de constituer des substances toxiques ou médicamenteuses, sont, au contraire, des aliments indis-
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pensables. Voilà pourquoi il était important de considérer lalomicité de ces alcools. C'est en déterminant la fermentation des substances amylacées qu'on obtient la plupart du temps l'alcool éthylique, et qu'on obtient, en même temps, tous ces produits appelés alcools supérieurs, c'est-à-dire les homologues supérieurs de l'alcool éthylique et ces produits dont la présence dans Talcool normal constitue ime des causes auxquelles on attribue maintenant le plus ou moins d'activité toxique de cet alcool. J'aurai donc à vous en parler : c'est pourquoi il me fallait rappeler vos souvenirs à ce sujet.
Vous savez, Messieurs, que le glucose a pour formule C*H"0*; vous savez que la substance amylacée a pour formule C*H*^0', que, sous l'influence de l'hydratation, elle absorbe une molécule d'eau et donne naissance au glucose. Eh bien, ce glucose, sous l'influence de la fermentation, se dédouble en donnant deux molécules d'alcool, deux fois C^H*. OH, ainsi que de l'acide carbonique. 11 s'en faut de beaucoup que la décomposition du glucose soit aussi simple que je viens de l'indiquer; mais cependant, toutes les fois qu'on met, dans des conditions déterminées, une substance amylacée ou bien le produit de transformation de cette substance amylacée, c'est-à-dire du glucose, un glucose fermentescible, en présence de cellules de levure, cette réaction se produit, pour la majeure parlie, et on obtient en même temps, à titre de produits accessoires, un certain nombre d'autres substances dont la considération, je vous le disais tout à l'heure, est extrêmement importante au point de vue précisément des accidents qui suivent l'ingestion continue de ces substances, c'est-àdire au point de vue hygiénique. Et non seulement on trouve, lorsqu'on fait agir la levure sur les substances amylacées, lorsqu'on la fait agir sur un sucre fermentescible, non seulement on trouve que les produits de transformation sont constitués par un mélange dans lequel prédomine l'alcool éthylique, mais la formation de ces alcools supérieurs est elle-même très variable suivant la nature de la levure qui a servi à déterminer cette fermentation.
Depuis quelques années déjà, et notamment dans les régions où la levure est devenue un agent industriel fort important, à Lille p^nr exemple, on est arrivé à séparer des espèces de levures qui donnent les unes un alcool éthylique extrêmement pur, les autres, au contraire, un mélange d'alcool éthylique avec les diflerents alcools dont je vous parlais il n'y a qu'un moment. Non seulement les alcools d'industrie,
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aiosi obtenus par la fermentation des sucres fermentescibles, renferment des homologues supérieurs de Talcool éthylique, mais ils renferment encore des alcools secondaires, des alcools tertiaires, des acides, des aldéhydes, des acétones, et on y a même signalé, dans
ces dernières années, la présence de bases volatiles extrêmement actives sur l'économie, et auxquelles il paraîtrait assez logique d attribuer, pour une part plus ou moins grande tout au moins, les accidents d'intoxication chronique de Talcoolisme sur lesquels nous aurons à revenir plus tard.
Quoi qu'il en soit. Messieurs, c'est surtout l'alcool éthylique qui va nous servir de type pour l'étude que nous allons faire maintenant au point de vue pharmacodjnamique, et ce n'est qu'accessoirement que j'aurai à parler des propriétés des alcools mono-atomiques qui raccompagnent.
L'alcool, dont il a été fait dans ces dernières années une très intéressante étude au point de vue toxicologique par MM. Dujardin-Beaumetz et Audigé, l'alcool éthylique est certainement le plus anciennement connu. L'alcool propylique, son homologue immédiatement supérieur, fut découvert en 1852 par Chancel, alors qu'il étudiait la composition des eaux-de-vie de marc; c'est en effet dans ces eauxde-vie qu'on le trouve en assez grande quantité. A la même époque, en 1852, Wurtz découvrait l'alcool butylique dans le produit appelé Huile de pommes de tei^re; et longtemps auparavant, l'alcool amylique avait été entrevu déjà par Scheele, en 1775, et seulement étudié et nettement spécifié par Balard et Cahours, en 1830 : cet alcool amylique avait été également retiré de ce mélange appelé industriellement huile de pommes de terre.
Le travail de Dujardin-Beaumetz et Audigé est extrêmement intéressant, parce que c'est le premier qui ait attaqué corps à corps, si Ton peut employer cette expression, la question de l'alcoolisme chronique, et qui ait cherché à mettre en relief l'influence des alcools mélangés à l'alcool éthylique normal dans les diflérentes eaux-de-vie, dans les diflérentes boissons fermentées qu'on peut trouver dans le commerce. Ce travail de MM. Dujardin-Beaumetz et Audigé leur a permis précisément de dresser un tableau de la toxicité de ces différentes boissons alcooliques, et vous allez voir combien la considéralion de ces toxicités est importante : voici des chifl'res qui résultent de leur travail.