PREMIÈRE CONFÉRENCE
Thérapeutique générale.
Rôle du médecin. Hygiène et thérapeutique. Signification du mot thérapeutique. Thérapeutique rationnelle et empirique; générale et spéciale.
Caractères principaux de la thérapeutique générale. Méthodes curatives directes et indirectes. Excitation et ralentissement fonctionnels dans la méthode curative indirecte. Vis medicatrix naturae. Différents modes de traitement empirique: contraria contrariis; similia similibus;exnocentihusetjuvantibus. Indications: causale, symptomatique, vitale, palliative. Hodégctique de r intervention thérapeutique: tuto, cito, jucunde, non nocere. Traitement expectant. Division des remèdes.
Messieurs. Maintenant que vous voilà devenus candidats en médecine et que légalement vous laissez encore une fois une génération derrière vous , vous devez être dominés par un sentiment de satisfaction. Jugeant à vraie sa valeur la portée de la carrière scientifique qui vous attend, vous vous êtes laissés guider sans doute dans le choix de cet état par le désir de remédier aux maux, de les guérir. Pourrait-ce donc ne pas vous être agréable d' avoir fait un nouveau pas vers votre but réel ? Ce but est pour vous la destination même , V image de votre vie ; il n'est pas moins important pour vous-mêmes que pour toute la société parmi laquelle vous espérez remplir un jour une place honorable. Cette société n'exigera pas de vous des preuves d' érudition , mais des actes témoignant d' un savoir pratique; elle ne se souciera pas des notions de physiologie , d' anatomie , de pathologie , de chimie , etc. que vous avez acquises , mais elle demandera , avant tout , si vous savez appliquer votre savoir, si vous savez guérir, soulager la douleur ou porter remède aux souffrances du prochain. C est donc avec raison que cette partie de la science, que vous allez maintenant aborder, la thérapeutique, représente pour les médecins praticiens la sanction de Toeuvre, „le couronnement de T édifice". Je le considère comme une faveur de pouvoir vous servir de guide dans V étude (V une
2 I. THERAPEUTIQUE GENERALE.
partie de la thérapeutique. Mais avant d' entamer cette tâche , nous désirons consacrer quelques mots à sa signification, en nous plaçant au point de vue de la mission du médecin dans la société , et vous parler de ses principes généraux. La société n' exige-t-elle du médecin rien d' autre que la guérison des maladies ? Lui demande-t-on exclusivement de ramener V équihbre et Tharmonie dans les fonctions troublées de V organisme humain ? Non , sa mission est plus vaste, plus généreuse; il n* est pas seulement appelé à soulager les souffrances du corps, mais autant que possible à les prévenir. Il arrive même souvent qu'il puisse exécuter la dernière partie de sa mission avec plus de chance de succès que la première. Ce n' est donc nullement un fait étonnant qu' en pratique , comme en matière d' enseignement , V on sépare la science et Part de prévenir, „la prophylaxie", de Part de guérir, de la thérapeutique proprement dite.
Quant à la prophylaxie, comment pourra-t-on la mettre en œuvre, comment peut-on être en état de prévenir des maladies? Cela ne se peut naturellement qu'en écartant, autant que possible, toutes les influences funestes qui menacent à tout moment r harmonie des fonctions de la vie humaine. C est assez dire que la condition indispensable pour mener à bien cette entreprise , c' est la connaissance des nombreux facteurs , simples et compliqués , capables de menacer la santé et la vie. C est une notion parfaite des facteurs étiologiques qui servira de base à notre intervention. La synthèse de ces connaissances forme une branche scientifique spéciale : 1' hygiène. Actuellement , dans la plupart des pays civilisés , on confie la pratique de V hygiène , le soin des intérêts sanitaires de la population des villes et des campagnes, des royaumes et des provinces, à des fonctionnaires médicaux spéciaux ou à tout un état-major médical. Ceux-ci prennent soin des mesures sanitaires générales afférentes à V hygiène publique: la distribution d'eau potable , la salubrité des habitations. Mais dans le cercle plus étroit de la famille où , comme médecin , V on vous confie V intérêt de la santé des individus, là vous avez dans vos attributions le soin de l'hygiène privée; là vous ne pouvez jamais négliger de prendre toutes les précautions aptes à prévenir le ménage contre les maladies. Vous êtes conscients alors de la plus haute portée de votre intervention. Nous entendons en effet et le profane et le médecin proclamer à 1' envi le „mieux vaut prévenir que guérir".
A côté de 1' hygiène se place la thérapeutique. Si , malgré toutes nos précautions., 1' harmonie des fonctions se trouble , si la santé péricUte , c' est elle qui tâche de remédier au trouble existant , de guérir. C est la thérapeutique qui fait l' objet le plus immédiat de ces leçons. Le choix de cette dénomination, fait par nos pré-
HYGIKNK ET ÏHKRAPEUTICJUK.
Ûseurs grecs, est od ne peut plus heureux; (hoamiiui signifie réellement servir, ù 5t Ofijuntuit^ùç , le serviteur, ^ St (hountvrt-n/j , l'art de servir, de soigner. De là s'est dégagée insensiblement la , notion de guérir. Certes ce mot témoigne d' une eonception nette lucide des faits. Il consacre le principe cupital que le thilrapeute ne doit pas seulement être le dispensateur de soins, le serviteur de son patient, mais que aous un autre rapport encore il i n'est que serviteur, un „minister" et non ^magister naturae". I Pour remplir doue noblement sa luission , il lui faut avoir observé la nature fidèlement et sans relûche, dans toutes ses allures ; avoir [ contrôlé consciencieusement, plein d'attention et de patience, les I phénomènes si variés qu'elle nous offre.
Chaque science représente un édifice. Or il n'y a d'édifices ho- I lides, de durables, de susceptibles d'un plus ample développement 1 en hauteur, que ceux, dont la base est bien soignée. A la qnes- [ tion sur quelle base doit reposer l'enseignement de 1' art de guérir , I de la thérapeutique, convient la réponse que cette base ne peut être autre que la connaissance, la notion bien parfaite des malade leur origine, de leurs conditions d'existence et de leur [ terminaison naturelle. Supposez qu'on veuille porter secours à un [ pays affligé par la guerre; il faudra d' abord qu'on sache comment [la guerre a surgi, quels sont les points faibles qu' olTre le pays, de 1 quelles ressources et de combien de soldats il dispose , pour parvenir tl mener victorieusement la lutte. En outre il faudra encore con- J naître 1* ennemi qui assiège le pays et 1' on ne pourra négliger de I «' entourer de tous les renseignements possibles quant à ses forces, son l caractère, son équipement. Nous comparons à dessein le corps malade I à un pays en état de guerre. Aucune comparaison ne nous semble ■ plus juste que celle-là, mise en luraière dans ces dernières années , I entre autres, par Strickkr. En temps de guerre (malailie) les par- I ties constitutives do la population (les divers organes et groupes I d'organes) sont pins que jamais soEidnires; elles doivent collaborer I à la défense commune dans des conditions rien moins qu' ordi- Inaires; entretemps le commerce chôme, la prospérité publique est I menacée. Tous les jours on voit augmenter les difficultés de pro- Icurer à chacune des parties constitutives l'élément indispensable ift sa propre conservation ou au maintien intégral du tout. Mais, l'Sans secours étranger, à ses propres frais, par ses seules forces mtX puissance, on peut voir le pays chasser l'étranger, rétablir la Kproapérité avec la paix. Il serait donc irrationnel de porter secours ftavant qu'on connaisse le pays, son ennemi et les ressources de irt et d' autre. Celui qui veut guérir doit Être au courant de lUtes les propriétés physiologiques , de tous les facteurs pathogéet étiologiques et de tous les processus de compensation