I. THERAPEUTIQUE GENERALE
et de régulation dont l'organisme dispose, dans diverses circon»! stances, pour rétablir 1' harmonie fonctionnelle dérangée.
Personne ne peut nier qu'il existe encore de grandes lacunea J dans cette dernière connaissance, l'indispensable appui de toute 1 thérapeutique scientifique. Malgré toutes nos conceptions mécaniques de la nature , nous sommes loin d' être vis-à-vis de l'orga- 1 nisme vivant dans les rafimes conditions que le mécanicien vis-à-viB I d'un instrument compliqué, qu'en cas dedérangement, il peut dissocier 1 pièce par pièce, puis replacer dans son état normal antérieur. Entre , le mécanicien, qui connait toutes les subdivisions de sa machine, qui a réglé lui-même leurs rapports réciproques , et le médecin placé devant 1' organisme humain , il existe une différence telle qu'elle ne peut manquer de sauter aussitôt et universellement aux yeux. L'organisme s'est développé sans notre intervention; il cache en lui 1 mille rouages , qui travaillent de commun accord , s' influencent I réciproquement et dont la fonction et les relations réciproques 1 nous sont encore très insuffisamment connues.
Mais le malade ne peut attendre jusqu à ce que nous ayons achevé 1 la construction de nos fondements. C est la cause de la double 1 voie divergente , mais non opposée , suivie par la thérapeutique. En 1 suivant 1' une de ces voies , nous restons sur le terrain de la science ] purement rationnelle et si nous tâchons, tout comme!' ingénieur, de ramener V équilibre en utilisant des faits scientifiquement établis , J nous suivons une tfiérapeutiqae rationnelle, scientifique et nous exerçons notre art médical comme de vrais anthropotechniciens ( Ampèrb), Nous avons en effet , par 1' observation et 1' analyse des phéno- j mènes de la nature, appris à formuler des lois qui nous dictent ] la conduite à suivre. En choisissant 1' autre voie , cette voie que j l'humanité a suivie et qu'elle devait suivre, nous nous estimons | heureux si nous pouvons amender des symptômes de douleur, de , toux, de diarrhée, d' hémorrhagie ; nous essayons divers remèdes ' que le hasard nous place entre les mains : des drogues , du sable chaud, la chaleur et le froid; etc. , . .; nous ajoutons notre expé- 1 rience à celle de nos prédécesseurs et nous acquérons ainsi un fond d'expériences et d'observations où nous puisons à discrétion : nous faisons alors de la thérapeutique empirique.
H n' existe que trop communément une tendance à considérer ] cette thérapeutique empirique comme une méthode de moindre ( valeur, à ne l'accueillir qu' avec scepticisme et mépris. Elle ne mérite ce mépris qu' exclusivement là où son application se pratique de telle façon qu'on peut lui donner la dénomination de „brutale". Vous serez sans peine tous d'accord avec moi, pour dire que 1' on ne peut trop combattre cet empirisme dissolu. H ! n' agit pas comme homme versé dans les sciences naturelles
TRAITEMENT RATIUNNEL Eï EMPIRIQUE. 5
' exactes, mais plutôt corame un ouvrier étourdi, sans goût ni discrétion, celui qui pose ses actes sans esprit critique ni logique, qui se contente des seuls signes extérieurs ou se suffit d' une observation unique; qui donne comme faits admis des observations non mûries et incomplètes, qui dans l'exercice de sou art veut par ex, calmer toute douleur par des remèdes analgésiques, par des injections de morphine , sans se soucier le moins du monde des causes de la douleur. Ne cédez jamais, même au milieu de I la besogne encombrante de la vie pratique, un pouce de terrain â cette méthode de tout temps condamnée; évitez ces procédés, qui d' après le mot de Hesle ne témoignent que du seul désir de ^geschaftig auf jedes Symptom ein Mittelchen zu pfropfen" (do boucher sans trêve chaque sympti'Vme par un petit remède). Ce n' est pas par cette voie que 1' on gagne 1' expérience. Celle-ci ne I s'acquiert que par des observations minutieuses, et vous savez combien I de qualités de 1* esprit ou exige d'un bon observateur. C'est seulement I à cette expérience solide , durable , que s'applique le mot de Baglivi : raedicina plus valet experientia, quam ratio". La thérapeutique I empirique recueille des faits bien observés, elle compare les unités ' comparables , sépare les valeurs non comparables et aligne les nombres et les chiffres pour atteindre son but. Un thérapeute empirique, dans le bon sens du mot, est donc un homme de science à 1" égal I du thérapeute rationnel, tandis que l'empirique brutal ne mérite ' pas le nom d'homme de science. Pour le quart d' heure les procédés empiriques dominent encore la thérapeutique et e' est à eux que I nous avons recours quand par ex. nous guérissons la malaria au I moyen de la quinine; nous ne connaissons pas ou du moins nous ilysons pas encore dans tous leur détails les processus par lesquels j ce médicament est capable de tuer les plaamodies, de les rendre inertes I ou de protéger l' organisme contre leur influence funeste. Dans I ce cas , comme en bien d' autres , le secret de la guérison par la quinine nous échappe encore.
La thérapeutique empirique sera donc toujours notre refuge là où I il ne peut encore être question d' une vraie thérapeutique rationnelle , I o. à. d, aussi longtemps que 1' on ne possédera pas les deux bases I fondamentales de cette dernière méthode , notamment la connais- I sance des causes et symptômes de maladie et celle de la façon dont ces causes agissent au sein de l' organisme. Les thérapeutiques rationnelle et empirique se complètent mutuellement et poursuivent le même but, fût-ce quelquefois par des voies bien divergentes. On a depuis longtemps 1' habitude de diviser la thérapeutique I en générale et spéciale. La thérapeutique générale est l' exDOsé des I principes d' après lesquels on poursuit la guéri r exposé des remèdes employés eu général da
6 I. THERAPEUTIQUE GENERALE.
peutique spéciale est V exposé des voies et moyens , utilisés pour conjurer certains troubles particuliers.
La thérapeutique générale, comme branche d'enseignement, a une histoire malheureuse. Le voeu de Heine que sur sa tombe: ^nichts gesagt und nichts gesungen wûrde" (l'on ne dirait rien, et Ton ne chanterait rien) s'est accompli pour la thérapeutique générale. Elle a disparu à titre définitif du programme des études du futur médecin dans notre pays , sans que personne s' en soit aperçu. Jusqu'il y a 30 ans , au temps où nous occupions les bancs de r école , r étude de la thérapeutique générale était mise sur le même pied que V étude de la pathologie générale et le plus souvent les deux branches faisaient V objet de V enseignement d' un seul et même titulaire. La thérapeutique générale a passé lentement à r oubli et aujourd'hui il n'y a guère personne qui songe à la relever de ses cendres. Et cela se comprend. La thérapeutique générale marchait autrefois parallèlement à la pathologie générale , c. à. d. d'accord avec cette science, qui, basée sur des principes généraux de philosophie, sur des spéculations de raison, croyait pouvoir rendre compte d' une façon générale de la nature , de 1' essence , de la marche de la „ maladie". Mais aujourd'hui, qu'on connaît la fausseté de cette idée de considérer la maladie comme une individualité concrète et évoluant comme telle dans l'organisme vivant; aujourd'hui qu'on sait qu'être malade n' est autre chose que vivre dans des conditions modifiées , que physiologie et pathologie marchent de pair et ne forment qu'une branche; que la pathologie générale a totalement changé de fond et de forme, on peut dire qu'il n'existe plus aucune raison de conserver la thérapeutique générale , comme branche isolée. S' il a paru dans les dernières années des manuels qui portent pour titre „ thérapeutique générale", le but des auteurs (Hoffmann , von Ziemssen) n' était certes nullement de faire revivre 1' ancienne branche de ce nom. Nous possédons toutefois encore plusieurs expressions qui sont des souvenirs des anciennes thérapeutique et pathologie générales et que nous employons journellement dans nos cliniques et nos préceptes médicaux , comme l' écho des nombreuses doctrines pathologiques et thérapeutiques de nos ancêtres, quoique ces doctrines soient tout à fait abandonnées. Rappelez vous comment Themison et Caelius Aure- LiANus jetèrent déjà la base d'une solidopathologie , comment de ce principe découlèrent les notions de fibre lisse et de fibre striée. Nous nous mouvons encore sur le terrain de cette solidopathologie, si longtemps désertée, quand nous parlons de remèdes astringents, émollients, roborants et toniques. Les remèdes astringents ont pour caractéristique de rendre plus forte et plus dure la fibre relâchée ; par l' efiet roborant et tonique on tâche d' affermir ,