C. Ethers composés
I. ESTERS SALiCYLiQUES : Salicylatc de phénol = salol ; salicylate de naphtol = bêtol; salicylate de crésol = crésalol. ; salicylate de thymol = salithymol ; salicylate de diacétol = salacetol ; salicylate de paramidophénol == salophène.
H. esters benzoïques: benzoate de gaïacol = benzosol; benzoate de naphtol = benzonaphtol.
D, Acétones.
salicylresorcine acetonique.
E, Combinaisons azotées.
pyoctanine, sulfaminol, rhodanates de quinoline.
I. Acide phenique, phénol, acide carbolique. Nous étudierons d'abord le principal dérivé du benzol (C^ HJ, le phénol , dont la formule C^ H^ OH est encore présente à la mémoire de vous tous. Vous savez tous que c'est l'alcool du benzol. Pendant que je vous mets sous les yeux ces divers spécimens d'acide phenique cristallisé, je vous rappelle que notre pharmacopée décrit le phénol f encore appelé, comme elle le dit, par synonymie, acide phenique ou acide carbolique — comme se présentant sous forme de cristaux incolores, isolés , à odeur spéciale , — se volatilisant sous l'action de la chaleur. Or, même le phénol de la meilleure qualité , et tel est le produit anglais préparé par Calvert, ne reste pas indéfiniment incolore. Peu à peu les cristaux prennent une colo-
314 XXn. ANTISEPTIQUES ORGANIQUES.
ration rouge; celle-ci est d'autant plus lente à se produire que Tacide phénique est de meilleure qualité. On ne sait pas au juste à quelle transformation la production de cette coloration rouge doit être attribuée. D'après Fabini, elle serait due au phénylérythrène (Cj^ Hj^ NO), substance qui se formerait aux dépens du phénol, quand il est mélangé de traces de cuivre, d'ammoniaque et d'oxygène.
Le phénol est soluble dans l'eau, l'alcool, la glycérine, etc. Mon ancien assistant, le major Binnendijk, a constaté qu'à l'état de très grande pureté le phénol est plus soluble qu'à l'état impur. Alors qu'un produit parfaitement pur se dissout dans l'eau dans la proportion de 1: 12 à 13, un grand nombre de produits commerciaux ne s'y dissolvent que dans la proportion de 1 : 20.
Uacide phénique précipite Valbumine, Il n'est pas question ici d'une combinaison du phénol avec l'albumine. En effet l'albumine précipitée par le phénol peut être entièrement débarrassée d'acide phénique grâce à un lavage à l'alcool. Nous nous trouvons donc ici en présence d'une précipitation à peu près analogue à celle qui s'observe par l'addition d'alcool éthylique. Cette précipation de Valbumine a une grande importance au point de vue de Faction locale du phénol. En vertu de cette propriété, l'acide phénique concentré constitue un caustique local et en même temps un anesthésique, quand nous détruisons par exemple à son aide dans la pulpe dentaire une fibre qui s'y trouve à nu. En tenant compte de cette propriété du phénol , vous ne serez nullement étonnés d'apprendre que cet agent chimique, appliqué sans jugement, a provoqué plus d'une fois chez l'homme la gangrène dite pheniquée (Steinhausen, Rode). Et ce n'est pas la peau seule, sur laquelle le phénol exerce une action nuisible, mais en solution concentrée il désorganise ou tue tous les tissus vivants : les globules sanguins , les faisceaux musculaires primitifs, les fibres nerveuses, etc. La grande analogie des enzymes avec les albumines fait prévoir que le phénol pourra aussi empêcher les fermentations de se produire. L'acide phénique prive en effet de toute activité la pepsine, la ptyaline, la diastase et d'autres ferments non organisés, et désorganise le protoplasme des microorganismes , tels que les champignons de la levure, les bactéries, etc.
Le professeur Plugge et le Dr. van Geuns, qui dans le temps ont été tous les deux couronnés pour un mémoire (présenté au concours organisé par les professeurs de l'Athenaeum Illustre d'Amsterdam) en réponse à une question se rapportant à l'action antiseptique du phénol , ont attiré l'attention sur ce fait qu'il faut des quantités relativement cofisidérables d'acide phénique pour empêcher les fermentations et tuer les bactéries. Pour empêcher l'action pep-
PHÉNOr,. INFL. SUR I,' ALBUMINE , LEB MICROBES, LES GRENOUn.LES. 315
logène de la pepsine et de la Irypaine, par exemple, van Geuns dut se servir d'une aolulion à S'/,"/» et, pour arrêter ïa fermentation lactique, il fallut une conceutration de 0,6"/ j, Plugqb de son côté dut employer une solution à 1"/, pour arriver à tuer les microbes.
L'acide phénique ne paraît pas uon plus agir d'une manière très efficace sur les schizomycètes pathogènes; l'antiseptique le plus ancien de la pratique antiseptique moderne est un de ceux dont l'action est des plus faibles. Mais , alors que les micro-orga^ nismes oflrent vis-à-vis de cet agent chiiu^ique une résistance variable d'après leur nature, quoique toujours assez notable, !es organismes supérieurs s'y montrent beaucoup plus sensibles. Ainsi, les vorticelles , les paramécies , les opalines succombent déjà dans une solution à 1 : 500. L'acide phénique est un poison violent pour tes animaux ù sang froid et pour les animanx à sang chaud ainsi que pour t'homtne. Des cas d'empoisonnement assez graves, ou dont l'issue fut fatale, se sont produits déjà peu de temps après l'application des pansements à l'acide phénique et surtout après celle du lavage de diverses cavités du corps avec des solutions phéniquées, et celle du ,carbolspray".
C'est pourquoi nous examinerons en tout premier lieu l'nrlion iloifpiie de l'acide phénique chez les animaux ou son action pht/siologvjue. Quand on introduit sous la peau ou dans l'estomac d'une ffrenouille pendant la période d'hiver — pendant l'été une dose plus petite suffirait peut-être à cause de la rapidité plus grande de la résorption — 20 milligrammes d'acide phénique en solution à 2''/n, i! se produit rapidement des troubles importants qui, comme vous pouvez le voir, consistent en des convulsions spontanées, répétées, se manifestant dans tous les muscles volontaires du corps. En même temps l'animal est pris de mouvements convulsifs, analogues à ceux qu'il exécute pendant la course ou le saut. Ces convulsions clonîques persistent quand je place l'animal sur le dos et l'on voit qu'il n'a pas encore perdu entièrement connaissance, car il ne cesse de faire des efforts , il est vrai infructueux , pour reprendre sa position normale. Une autre grenouille, dans l'estomac de laquelle j'ai introduit 40 milligrammes d'acide phénique, présente la même série de phénomènes, bien qu'à un degré moindre, vu que la résorption se fait naturellement avec plus de lenteur. Chez les deux grenouilles vous remarquez en outre une augmentation de VexcitahilUé réflexe. En leur touchant la patte à un moment où t'animai est au repos, ou bieu en frappant sur la table, on voit les convulsions se produire aussitôt. Comment se produisent ces convulsions clouiques? Prennent-elles, comme on peut le supposer a priori, uniquement leur point de départ dans le cerveau et la moelle épinière , ou bien , comme le prétend Husemann , les terminai-
316 XXn. ANTISEPTIQUES ORGANIQUES.
sons des nerfs moteurs dans les muscles sont-elles excitées en même temps ? Une expérience bien simple , faite avec une troisième grenouille , nous fournit la réponse à cette question. Avant d'introduire dans Testomac de cet animal 40 milligrammes de phénol à 2®/,, j'ai lié d'un côté Tartère ischiatique, et de l'autre côté j'ai coupé le plexus sciatique '). Au bout de peu de temps cet animal présente également des convulsions , non pas à la patte dont les nerfs ont été coupés , mais au contraire à celle qui ne reçoit plus de sang, mais qui se trouve encore en rapport avec le système nerveux central. Bien que dans une des pattes l'apport de sang aux terminaisons nerveuses intramusculaires se fasse sans interruption, nous constatons que les convulsions font défaut par suite de la suppression de la conductibilité dans le tronc nerveux; dans l'autre patte, où cette conductibilité est intacte, les convulsions se produisent comme chez l'animal intact, malgré que tout apport de sang artériel soit supprimé.
Cette expérience , entièrement copiée sur la méthode employée par Claude Bernard et Pelikan dans leurs études classiques sur le curare, démontre donc avec certitude que l'acide phénique agit chez la grenouille uniquement comme poison convulsivant central. De même que la santonine, par exemple, il excite les centres moteurs situés dans le système nerveux central et augmente en outre la sensibilité des appareils ganglionnaires, qui transmettent aux fibres motrices l'excitation qui leur est apportée par les fibres nerveuses sensitives.
L'administration du phénol à dose considérable abolit les symptômes d'excitation et fait survenir très rapidement une paralysie généralisée avec perte de l^ excitabilité réflexe.
Chez les animaux à sang chaud: le chien, le chat, le lapin, l'action du phénol est la même. L'on remarque surtout chez le chien des tremblements musculaires multiples et des frissons, qui sont provoqués , selon Turtschaninow, par l'excitation du cerveau, et des secousses musculaires isolées, dépendant d'une irritation de la moelle. Seulement chez ces animaux l'excitabilité exagérée fait place beaucoup plus rapidement que chez la grenouille au coma et à la paralysie généralisée , et la mort survient beaucoup plus rapidement.
Injecté à dose toxique sous la peau ou dans les veines des mammifères , le phénol produit en outre une accélération de h respiration et une élévation de la premon sanguine. Ces deux phénomènes peuvent naturellement être le résultat des convulsions,
') Chez la grenouille on trouve facilement Tartère ischiatique et le plexus sciatiqiM en soulevant le coccyx du côté du dos.
HÊNOL. ACTION SUR LES MAMMIFF.RRS. SYMPTÔMES TOXIQUES. 317
l'accélération de la respiration pouvant dépendre d'une excitation du centre respiratoire due à une production plus considérable d'anhydride carbonique, et l'élévation de la pression sanguine pouvant tenir à une augmentation de résistance produite dans les petites artères par les convulsions. Pour déterminer, si l'acide phéuique excite les centres respiratoire et vaso-moteur par lui-même et indépendamment de son action convulsivante , on empêche les convulsions de se produire en curarisant l'animal au préalable. Si dans ces conditions , on voit quand mtoe la respiration s'accélérer et la pression sanguine s'élever, on peut en conclure que ce sont là des symptômes primaires de l'action du phénol. Or, en instituant l'expérience indiquée après curarisation, loin d'observer une élévation de la pression sanguine, on constate un léger abaissement de eeile-ci (Gies), et, comme la fréquence respiratoire n'est pas non plus augmentée, on a le droit de conclure que les deux symptômes signalés sont seconduireu et sf. produisent SMis l'infliience des convuluîons.
A dose très considérable, le phénol diminue l'excitabilité musculaire (Gies), Mais c'est là un phénomène d'ordre secondaire pour l'étude de l'action toxique chez l'animal entier; car ce fait a été établi par des expériences faites au moyen d'appareils destinés à l'étude des muscles isolés, et l'animal a déjà depuis longtemps succombé avant que l'excitabilité musculaire soit diminuée.
L'acide phénique n'agit pas seulement sur les appareils locomoteurs; les appareils glandulaires subissent également son influence Chez les jeunes chats blancs (ainsi que chez l'homme) on constate, après l'empoisonnement par l'acide phénique, une augmentation de la sécrétion sudorale , qui est la conséquence d'une excitation centrale des centres sudoripares (Gies). La sécrétion salintire est augmentée chez tous les animaux. Cette augmentation ne parait pas dépendre d'une excitation centrale, mais d'une action irritante exercée sur les nerfs sôcrétoirea ou sur les cellules glandulaires elles-mêmes, par suite de l'éliminiition du phénol par les glandes salivaires.
Quand on pratique l'injection sous-cutanée ou intraveineuse d'acide phéuique, surtout chez le lapin, on ob.serve en outre un autre phénomène , à savoir : Vhhnoglohinémie et V bémoghbinurie (Bisnendijk). En général l'apparition de ces symptômes est suivie d'une courte période, pendant laquelle l'urine renferme encore de l'albumine et quelques ôîéments figurés , mais cette néphrite toxique est presque toujours de courte durée chez les animaux. Ce phénomène parait dépendre d'une action directe de l'acide phénique sur les globules rouges et s'observe parfois, bien que rarement, chez l'homme. Récemment Krukenbero en a signalé un cas: il
318 XXn. ANTISEPTIQUES ORGANIQUES.
s'agissait d'une femme chez laquelle on avait pratiqué des lavages intra-utérins avec une solution d'acide phénique à 2,7**/,. On constata peu de temps avant la mort, en même temps que Thémoglobinémie et l'hémoglobinurie , l'apparition d'un ictère et le gonflement de la rate , phénomènes qui sont étroitement liés à la destruction d'une grande quantité de globules rouges.
Quand Vintoxication se produit à la suite de r administration interne de l'acide phénique, les muqueuses digestives et particulièrement la muqueuse stomacale subissent Vaction caustique déjà signalée, et l'inflammation intensive de la muqueuse du pharynx se propage souvent jusqu'au larynx, aux bronches, et aux poumons, en donnant lieu a une bronchopneumonie, qui termine la vie (Langerhans). L'excitation intense de la muqueuse des voies digestives et des voies resperatoires détermine alors , par voie réflexe, une série de processus, qui viennent s'ajouter à Faction éloignée du phénol et viennent compliquer le tableau de l'empoisonnement.
Depuis que tout le monde connait l'acide phénique comme un désinfectant énergique, on a eu quelquefois l'occasion d'observer chez l'homme des cas d'intoxication dus à V emploi fortuit, abusif ou prémédité^ d'une solution pure d'acide phénique. Ces cas représentent des exemples assez purs d^ empoisonnement' par administration interne. Le phénol est très rapidement résorbé, et, dans les conditions mentionnées, une très grande quantité d'acide phénique pénètre à la fois dans le sang. Le malade tombe dans le coma; il est eutièrement paralysé] le pouls est extrêmement faible ; la respiration Unit et sterforeuse ; VexcUahilUé réflexe presque entièrement abolie. Le tableau de cette intoxication rappelle alors en partie le „cadaver ad instar", qui s'observe à la suite de l'ingestion de fortes doses d'alcool ou de boissons alcooliques.
Dans les cas d^ empoisonnement où le phénol a été employé à l'exUrieur j pour le lavage des plaies, des surfaces saignantes, ou des cavités tapissées par une séreuse, le tableau de r empoisonnement ressemble souvent à celui que nous venons de décrire, mais ce sont surtout les phénomènes de collapsus qui dominent la scène. H est certain que dans ce cas l'apparition du collapsus est favorisée par l'état du patient qui vient d'être opéré, et dont le système nerveux a été fortement ébranlé. C'est encore ainsi qu'il faut expliquer l'absence des convulsions qui, dans les expériences faites sur les animaux, s'observent d'une façon si constante, quand U dose d'acide phénique administrée n'est pas trop considérable. Mais quand l'empoisonnement par de petites doses d'acide phénique se produit chez des individus bien portants ou doués d'une grande force de résistance, des convulsions cloniques manifestes et des crampes musculaires s'observent, comme le démontrent un
HKNOL. SON KMMm.
SES rOMRIMAISONS DANS l'oRGANISME. 31fi
grand nombre d'observations (Theub, Damon, Dksplats. Valude, WiNSLow , RuMBOi-D ctc.)- H n'exîste donc aucune différence essentielle t-ntre le tableau de l'intoxication par le phénol chez l'homme et chez les animaux. La différence des doses et de la force de résîstance des individus suffit parfaitement à rendre compte dea diflï-
Le fait suivant met tout particulièrement en lumière l'affinité étroite qui existe entre l'acide phénique et le système nerveux central, et que les phénomène», décrits il y a un instant, démontrent d'une manière si évidente. L'autopsie des lapins intoxiqués par t'arii/e phénique démontre que dans aucun organe on ne rencontre cette substance en aussi forte quantité que dans le cerveau (ttiEs). L'accumulation se fait surtout dans le syatêrae nerveux central (0,026°/^); mais on retrouve également le phénol dans le foie (0,009), les reins (0,013) et même dans les muscles (0,00125). Inutile de dire qu'on le retrouve également dans le sang (0,0125).
Comme le démontrent à tout« évidence les quantités infinitésimales d'acide phénique retenues dans les organes, cet agent chimique est avant tout un médicament organodécurseur , qui abandonne tris rapidement l'organisme, par la voie rénale entre autres. Ainsi, dans une expérience chez le lapin . Binnendijk retrouva dans l'urine 20"/, de la dose injectée sous la i>eau, une heure après l'injection; dans une seconde expérience, an bout de 2 heures, l'animal avait déjà éliminé 65"/, de la dose injectée. En général l'élimination par l'urine était presque entièrement terminée au bout de 8 heures. On ne sait pas encore d'une manière certaine si tout le phénol, qui abandonne l'organisme, s'élimine parla voie rénale. Parfois on retrouve dans l'urine 90 à 95*/„ de la dose administrée et les quantités de phénol, qui quittent l'organisme par d'autres voies, sont tellement imperceptibles i]u'ellea entrent à peine en ligne de compte. Brosqbr-s a constaté dernièrement, que l'acide phénique, injecté dans le rectum et ayant provoqué une intoxication manifeste, ne se retrouve pas dans le contenu de l'estomac. II semble donc improbable que la njuquense stomacale ou digestive prenne part à l'élimination de cette substance.
L'organisme animal imprime au phénol une modification particulière et la forme sous laquelle Vacide phénique s'élimine par l'urine démontre suffisamment la variété et l'étendue des processus synthétiques dont l'organisme dispose à cet effet. Tout d'abord une partie du phénol est transformée en dibydroxylbemol c -à.-d. en hydroqninone et pyroehint, qui sont les dérivés para et ortho de l'acide phénique 'lue générale, p. 111). Fait digne de remarque, jamais dans l'organisme, aux dépens du phénol, de la (roxyl benzol).
320 XXn. ANTISEPTIQrES OSGA^riQinB.
Tant aux dépens de ces combînaisans dfhydroxYtiqiies que du phénol lui-même se forment alors les esters nUfmîqu^ corre»fK^ndants, de manière que rurîne renferme, outre le phénol, l'hydrrKjuinone et la pyrocatéchine non transformées, les esUrt phénol-, hydroquinone- et pifrocntéckinê'iulfuriqMes en quantité considérable.
En troisième lieu, le phénol et probablement aossi la pyrocaté<;hine et Thydroquinone se combinent, bien qu'en quantité très faible, à Tacide glycuronique (C, H,,0.). C'est ce qui explique jK^urquoi, après l'emploi de Tacide phénique, l'urine peut dévier à gauche le plan de la lumière polarisée, par suite des sels de rapide phénolglt/curonique et d'autres acides glycuroniques qu'elle (îoîitient. Toutefois la combinaison du phénol avec l'acide sulfuriqiie constituo le fait ca[)ital dans ces processus de synthèse.
\a3H [)r(>ce88UH de combinaison, que nous venons de signaler, ont une im[)orUuico réelle pour le médecin praticien. Leur connaissance combiiioo à celle de la réaction de Purine permet d'expliquer un fait obscîrvô il diverses reprises depuis que Tusage de l'acide phénique s'est répandu dans la pratique, mais qui n'a été bien expli<iué (pio dans ces dernières années. Autrefois on considérait l'uniission d'une urine colorée en noir verdâtre comme un des symptônu'H (1(^ rompoisonnoment par l'acide phénique. Aussi quand à ceito époiiue les mahules, traités par l'acide phénique, éliminaient une urine proHcnt^mt ces caractères, le médecin, saisi d'effroi, croyait so trouver on présence d'un cas grave d'empoisonnement par l'acide ph6ni(pu\ Une pareille urine, exposée à l'air, prend une teinte de plus on plus foncoo, se produisiint d'abord à la surface pour gagner Misuito los oouchos plus profondes, de telle manière que l'apparition lo la ooloration noire vordàtre débute dans les couches liquides on contact dinvt avec Tair. Quand on traite ces urines par l'étlier, on oonstato (ju'olU\*^ ronfornient de Thydroquinone et de la pyrooatochino libres. Or, on sait que ces corps, et surtout le premior , so transforment aisément en substituées d'un vert foncé ou noin>s , qui présentent un certain rapport avec la quinone. On lu\sitn bientôt à attribuer à cotte ooloration de l'urine la valeur d'un syniptomo grave d'ompoisonnemont }>ar Tacide phénique, surtout panv qu'à diverses n^priso^ on avait olvservé que l'urine du malade conservait sj\ ooloration normale, maigre des symptômes manifestes d'intoxication. D'autre part on rut l'occasion de constater la ooloration noire vordàtro do Turino dans des cas, qui non seulement so torniinrront fa vora biomont , mais encore ne s'acoompagni'Tont (i'auoun trouble do.< fonctions physiologiques. Vintensoit* une riH">quo où Ton distinguait une into diiiiu
le phénol et une intoxication clinique, ' n
TRAITEMENT DE f/Ëy POISONNEMKNT
seutnnt pas entre elles de rapport bien étroit (conaultez par exemple à ce sujet l'intéressante dissertation défendue par J. M. van 't H.OFF, 1882). Cependant il n'existe aucun motif pour opposer loi l'observation clîniquô à l'examen chimique; car la coloration noire de l'urine ne tient paa à ce qu'elle renferme plu» ou moins d'a«ide phénique ou de dérivés de ce dernier, formés dans l'organisme, mais elle est unitjuenient due à son état de tUcomposîtion et à sa réaction. Aussi longtemps que la réaction de l'urine est franchement acide , la ooloratton noire peut totalement faire défaut, malgré que l'intoxication par l'acide pliénique soit très grave. La raison en est toute simple: c'est que les sels des acides hydroqninone- et pyrocatéchine-sulfurique , que l'urine renferme, ne subissent pas de décomposition, et que l'hydroquinone et la pyrocatéchine libres, qu'elle v^eut contenir, ne .se décomposent pas non plus dans un milieu acide. Mais quand l'urine n'est plus franchement acide, en d'autres termes quand elle contient des ferments et subit ou a subi une putréfaction plus ou moins latense , les esters éthylsulfuriques qu'elle renferme sont facilement décomposés; l'hydro'juinoiie et la pifrncatéchine sont mises en liberté et oxydées , et la coloration noire devient d'autant plus accentuée que l'alcalinité devient plus forte. La coloration noiir donne donc uniquement la mesure de l'état de décomposition de l'urine et de la quantité d'hydroquinone et de pyrocatéchine libres qu'elle renferme; elle montre simplement que les produits synthétiques, formés dans l'organisme, se sont décomposés dans l'urine après son exposition à l'air.
Traitement de l'empoisonnement par l'acùie phMique. Les empoisonnements accidentels par l'acide phénique sont malheureusement très fréquents. „De tous les poisons dangereux c'est peut-être celui qui est le plus facile à se procurer et le plus inconsidérément répandu. On le trouve presque partout: au Ut du malade, à la cuisine. Ce médicament est presque aussi connu que le plus commun des remèdes domestiques" (Blvth). Quand l'empcùsonnemetU est dû à l'hufstion accidentelle de l'acide phènif[ue et que vous êtes appelés à temps , vous aurez, avant tout à débarrasser l'organisme du phénol encore renfermé dans l'estomac ; vous procéderez donc à un liicii(/e de VfMomar. nu moym de l<i sowde, jusqu'à ce que toute odeur d'acide phénique ait disparu. Les observations de Delahousse (1883), MoDEi. (18&9), Spratte. Czyqan (1891), publiées dans ces dernières années, ont démontré que, grâce à ce procédé, on peut sauver la vie des malades, même dans des cas désespérés. Aussi je voua conseille de ne jamais négliger l'emploi de ce moyen eu cas d'intoxication par l'acide phénique, même alors que vos soins ne sont réclamée que tardivement. Jamais le lavage de l'estomac 'est préjudiciable au malade, et tout le phénol que vous emp*"'-
^ytast
â22 XXII. ANTISEPTIQUES ORGANIQUES.
cherez ainsi de pénétrer dans le sang sera autant de gagné sur Tennemi. Dans Tintoxication survenue après l'emploi du phénol à V extérieur , vous ne pouvez non plus jamais négliger d'enleyer par des lavages tout Tacide phénique qui peut encore se trouv» à Tendroit d'application du médicament (plaies, cavités séreuses peau). Tant dans l'empoisonnement par usage interne qu'externe, une fois cette première indication remplie, votre intervention ultérieure sera surtout une médication symptomatique. Vouz aurez à combattre en première ligne le collapsus , le coma , l'état de parésie ou de paralysie. Il sera donc tout indiqué de recourir aux excitanlê énergiques: injection sous-cutanée de camphre dissous dans Véfher; ingestion d^ alcool y de café fort; frictions énergiques sur la peau; lavemenis de vinaigre ou de vin dilué. Telle est, d'une manière générale, la médication à instituer. Dans les cas légers d'intoxication, caractérisés par les convulsions , et où le malade a conservé sa pleine connaissance, les médicaments fortement dépresseurs sont moins indiqués que les calmants, tels que le bromure de potassiuïïi.
La combinaison du phénol (ou de ses dérivés hydroxyliques) avec l'acide sulfurique et avec l'acide glycuronique est un des moyens dont dispose l'organisme pour se préserver contre l'auto-intoxication. A l'état normal le tube intestinal contient, comme l'on sait, du phénol, du crésol, etc., produits de l'alimentation azotée et dus à la présence des bactéries de la putréfaction. Les phénolsulfates ne sont pas, il est vrai, entièrement inoflFensifs; mais leur toxicité est infiniment moindre que celle du phénol (Cfr. Thérapeutique générale, p. 60 et 119). Ne peut-on pas tirer avantageusement parti de cette donnée dans l'intoxication par l'acide phénique, et n'est-il pas indiqué, chaque fois qu'on est en présence d'un cas de ce genre, d'administrer des sulfates (sulfate de soude, sulfate de magnésie) comme antidotes? On n'a pas hésité à répondre aflSrmativement à cette question et les prévisions furent pleinement confirmées par les recherches de Baumann et de Preussb. Mais le résultat pratique ne répondit pas à l'attente. Cela ne doit nullement nous étonner. La combinaison du phénol avec l'acide sulfurique n'est pas un simple processus chimique, comme l'est par exemple la combinaison de la baryte avec l'acide sulfurique. Il s'agit dans l'espèce d'un processus chimico- biologique, qui exige la coopération d'organes déterminés. Ces organes, pour autant qu'il nous est permis d'en juger, remplissent leur fonction dans les cas d'empoisonnement par l'acide phénique. Une partie de celui-ci se combine toujours à l'acide sulfurique ; mais, d'une manière constante , une autre partie échappe à cette combinaison. Ceci peut dépendre ou bien de ce que la quantité de sulfate est insuffisante ou bien de l'insuffisance des organes chargés d'opérer la synthèse.
TRAITEM. DB I.'bMP(JI«{I!JNEMBNT PHÉSIQUÉ; I'HKNOL ET l.iLYCKRrNK. 323
L'administration de sulfatea ao sera donc utile que dans les Cûa où rorganiame ne disposera pas d'uue quantité suffisante de sulfates. Cette eirconstance ne ae réalise qu« dans des conditions exceptionnelles, jamais chez le lapin (Binnenduk). C'est ce qui explique pourquoi l'ingestion de sulfates est ai rarement .luivie d'effets uiiles dans l'empoisonnement par l'acide phéniqne, bien qu'elle ne soit jamais nuisible.
Autrefois on faisait prendre aux personnes empoisonnées par l'acide phénique du sacclianite de chatfx (Husemann) ou du sacre calcique (chaux calcinée 15 p., ancre 25 p., eau, q.s. p. f, 1000, Sohobkht) ; on espérait transformer de cette manière le phénol en un composé totalement insoluble, et eu empêcher par conséquent la résorption. Ce n'est que quand le phénol a été pris par la voie stomacale que ce procédé est applicable, et dans ce cas encore je lui préfère le lavage de l'estomac. Lorsque l'acide phénique a été employé à l'extérieur, la nature même des choses montre que ladminist ration du aaccharate de chanx ne peut être utile.
H est bien plus facile de provenir l'empoisonnement par le phénol que de le guérir. On évitera bien des accidents si l'on emploie l'acide phénique avec prudence, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Qu'on ne perde pas le malade de vue; qu'on ait toujours présent à l'esprit que l'acide phénique est un poison plus violent pour les animaux supérieurs que pour les organismes inférieurs; enfin que certaines personn&s, comme certains animaux (par ex. les chats, les rats, Comp. Zwaardemakbr, Thérapeutique générale, p. 148) présentent pour ce poison une certaine idiosyncrasie. Employez en second lieu un produit chimique pur, car le phénol pur est moins toxique que le produit impur ou fait par synthèse (Chabterir).
Je dois maintenant attirer votre attention sur un fait très curieux relatif à la propliyiaxie de l'empoisonnement par l'acide phénique, surtout en application externe. Racontons d'abord comment je suis arrivé à connaître ce fait.
Lorsque le pansement à l'acide phénique régnait encore en maître absolu dans le domaine de l'antisepsie, j'instituai des expériences chez le lapin en vue d'étudier l'action physiologique du phénol et de me former ainsi une opinion sur ce sujet. A mon grand étonnement, je ne réussis pas tout d'abord à produire, d'une manière très nette, les symptômea d'empoisonnement que je vous ai fait connaître. C'est à peine ai j'arrivai à fixer une dose mortelle et , d'après mes expériences, la dose toxique était beaucoup plua élevée que celle indiquée par différents auteurs. Avions-noua peut-être fait usage d'un produit d'une pureté exceptionnelle? C'eat la première question que nous nous posâmes, mon assistant d'alors,
324 XXII. ANTISEPTIQUES ORdANIQUES.
BiNNENDijK, et moi. On prétendait en effet, et Lister soutint longtemps cette opinion, que l'acide phénique impur était seul toxique. Nous vîmes bientôt qu'il faillait chercher ailleurs la raison de Tanomalie que nous avions constatée. L'acide phénique pur, très pur, impur, coloré en rouge, bref toutes les variétés d'acide phénique se montrèrent entre nos mains moins toxiques qu'on ne l'admettait généralement. La toxicité moindre , que nous avions constatée, devait uniquement être attribuée à ce fait que, désireux de pouvoir expérimenter avec des solutions concentrées d'acide phénique , nous avions ajouté à l'eau de la glycérine pour dissoudre l'acide phénique. Binnendijk partit de ce fait pour instituer une série d'expériences, dont il exposa les résultats lors du VTI»ie Congrès international de médecine, tenu à Amsterdam, en 1879. Quand, chez le chien et le lapin, on emploie la glycérine en même temps que le phénol (environ 20 — 30®/, pour la solution totale), la toxicité du phénol devient de moitié moindre^ surtout en application externe. L'addition de glycérine ralentit-elle la résorption ? Le résultat des expériences fournissait une réponse , tantôt afl5rmative, tantôt négative. L'élimination du poison est-elle favorisée ? Ici encore les expériences n'étaient pas décisives. La formation des dérivés éthérés de l'acide sulfurique est-elle facilitée ? Cette hypothèse parut justifiée dans certains cas. Mais aujourd'hui je n'oserais plus soutenir que cette conclusion, basée sur la présence d'une quantité de dérivés éthérés de l'acide sulfurique plus grande qu'à l'état normal, ne devait pas plutôt être attribuée à la réaction de l'urine (acidité plus forte). Pour l'avouer en toute franchise, je ne saurais vous donner une explication satisfaisante de ce fait, pas plus que Binnendijk , qui institua vainement dans ce but de nombreuses expériences. Mais le fait lui-même est indiscutable. Aussi je suis fort étonné que les chirurgiens aient eu si rarement recours à cette addition de glycérine aux solutions phéniquées, employées dans un but d'antisepsie. Cette addition de glycérine est inoffensive , laisse intactes les propriétés antiseptiques du phénol , et présente en outre l'avantage de diminuer notablement l'action irritante locale des solutions phéniquées. Je n'hésite pas à déclarer quel'addition de glycérine à la solution aqueuse d'acide phénique est très désirable, dans le but de prévenir l'intoxication par Vadde phénique y employé en application externe , et je suis très heureux que dans ces derniers temps Mr. Hallopeau est arrivé aux mêmes résultats (1^93). J'ajouterai que l'emploi de la glycérine dans l'empoisonnement par l'acide phénique — comme antidote ou antagoniste — n'a pas donné jusqu'ici de résultats.
Emploi thérapeutique. En première ligne, l'acide phénique est employé à Vextérieur comme antiseptique dans tous les cas (sans
EMi'I,OI THBBAl'KUTlilUE UK L ACIDE PIIENIUUE.
âïBtinction aucune). Cupendaut, ilepuis quelques années, ilestemployé sur une bien moina Kra'ide échelle que dans ]es premières années du pansement de Lister. Il a successivement cédé la place à l'acide aalicylique, à riodofonne et finalement au sublimé, et, de nos jours, rn<^ide phénique ne jouit plus guère parmi les chirui^ena que d'un „3Uccêi8 d'estime". Quand vous voudrez vous en servir comme antiseptique, n'employez jamais des solutions trop concentrées. Tenez-vous aux solutions à l au 27„; songez à la toxicité du médicament que vous employez, et n'oubliez jamais les exemples frappants d'empoisonnement mortel observés chez l'enfant et l'adulte après l'application externe de quantités plus ou moins considérables d'acide phénique, dans le but de guérir (les plaies superficielles, la gale, etc. Maïs n'oubliez pas non plus que l'emploi prolongé de l'acide phénique, sous forme d'enveloppements humides, peut, même, en solution A 2 ou 3"/„, déterminer la nangrône et la momification de la peau et même des troubles de nutrition dan» les parties osseuses qu'elle recouvre (Frankenburger). Notre pharmacopée a inscrit parmi les médicaments qui constituent notre arsenal thérapeutique la ouale phémquée (gossypium cum phenolo) et la tfose phénîtjuét (tela e phenolo), renfermant 1 p. d'acide phénique pour 50 parties de ouate ou de gaze. Outre les lavages, collutoires, gargarismea et badigeonnages antiseptique», le phénol s'emploie encore en injection sons-cutam'e dans un but analogue, par ex. dans VirysipHe migrnleur, au voisinage de la peau rosée et tuméfiée (Aufrecht), pour empêcher l'extension de l'inflammation; ainsi encore on cas de tuberculose pulmonaire, dans la peau de la poitrine voisine des cavernes (Tu.leau). On a également pratiqué des injections intrapitrenchymateiises d'acide phénique dans le but de détruire les microbes et les bactéries qui, à des endroits déterminés, provoquent l'inflammation et la destruction des tissus. En parcourant la littérature médicale, vous trouverez plus d'un «19 de phtisie pulmonaire, où l'acide phénique fut injecté dans le poumon avec un résultat plus ou moins favorable; âe ptfopneumo- Ihorax et de bronchite putride où l'injection eut lieu dans la cavité pleurale ou dans les poumons; de dipjilérie où le phénol futpojté dans le tissu sous-muqueux; d'angine tonsillaire, ou l'injection se fit dans l'amygdale même; de bubom où l'injection se fit dans les glandes lymphatiques gonflées; de furoncles, d'anthrax, de pustule maligne, où le phénol fut porté au foyer même de l'infection. La solution injectée était de 1 — 2*/„ et la dose injectée variait d'après les cas. A l'exemple de Huter et en vertu de l'affinité spéciale que possède l'acide phénique pour l'albumine, ce dernier a été recommaudé non seulement comme antiseptique, mais encore me intiphloi/ùitiqiie. Daiiri ce hut on injecfj? l'acide phénique
SOUS la peau , au voisinage des points enflammés, dans le rhumatisme articulaire aigu, dans la synovite, dans la tumeur blanche. On se propose ainsi de combattre Tinflammation et de diminuer la douleur. Il est évident qu'à l'endroit d'injection le phénol détermine la précipitation de l'albumine , qu'il irrite les tissus , les enflamme et parfois détermine leur nécrose. Ces phénomènes suffisent à expliquer l'action calmante des injections sous-cutanées dans les états inflammatoires mentionnés ainsi que dans les névralgies (Renaud, Martin). D'autre part l'inflammation et la nécrose locales , provoquées par ces injections , nous expliquent les beaux succès obtenus par quelques médecins , grâce aux injections intraparenchymateuses , dtos leswam, les hémorrhoïdes , VhydrocHe, Vhygroma patellaire , etc., etc.
On a également eu recours , p. e. dans le graphispasme (Benedikt) , aux injections soits-cufanées dans le but de produire Vaction éloignée de l'acide phénique , c'est-à-dire l'action sur le système nerveux central. Pour des raisons faciles à comprendre, je n'oserais recommander à aucun de vous l'acide phénique, administré de cette manière, dans le tétanos , ou pour prévenir l'empoisonnement par la cocaïne. Je ne puis cependant passer sous silence que des confrères italiens et américains ont vanté hautement les résultats favorables, que leur a donnés cette méthode thérapeutique.
L'acide phénique s'emploie encore comme antiseptique et antiphlogistique à l'état de fine division et de vapeur; on se sert à cet effet du pulvérisateur ou du „spray", dont l'application sur les surfaces enflammées a été chaudement recommandée en cas de brûlure, d^érysipèle (Verneuil), d^orchite blennorrha^ique, d^anthrax, de phlegmon j de plaie sanieuse^ d^hémorrhoïdes et àe lymphangite. Dans ces derniers temps , Thiery et Fosse ont préconisé la pulvérisation phéniquée comme étant un des meilleurs remèdes pour combattre ces états morbides. Vous savez, Messieurs, que pendant un certain temps la pulvérisation d'acide phénique dans la salle d'opération parut être une condition nécessaire pour opérer antiseptiquement, et le spray à Vadde phénique a manoeuvré plus longtemps qu'il n'était désirable, pour envelopper l'opérateur, l'opéré, les aides et les spectateurs, d'un nuage de propreté antiseptique. Heureusement que cette méthode, qui ne présentait aucun avantage, mais qui fut souvent préjudiciable surtout à l'opéré — car l'acide phénique, à cause de sa volatilité, passe facilement dans le sang par la voie cutanée ou pulmonaire — est complètement abandonnée de nos jours à cause de ses dangers et de son inutilité complète. En second lieu, l'acide phénique est employé sous forme de vapeur en inhalatirm dans la tuberculose pulmomiire, la bronchite putride, h toux convulsive. On imprègne de la ouate au moyen d'acide phénique et on la met dans le reapirateur de Curschmann, que l'on
l'SAGE INTERNE ET EXTERNE DE L ACIDE PHENIQUE.
lient devant Je nez et lu bouche En troisième lieu , vous connaissez l'emploi que l'on fait de l'acide phonique sous forme de vopeura dans le cori/za aigu. Du moment que l'on s'aperçoit que l'on va gagner un rhume de cerveau intense, on aspire par le nez le mélange suivant:
I^ Phenoli gr, 2
Ammoniae liquid.gr. 3,0 Aqua deat. „ 5,0
Alcoholis „ 8,0
S. Us. ext.
Celui-ci possède une odeur très irritante. Le malade concentre cette odeur en se couvrant la tête au moyen d'un linge et en aspirant alors fortement. L'état d'irritation des muqueuses naanle et oculaire passe alors à l'état suraigu. Les larmes et les mucosités coulent bientôt eu quantité abondante et l'on éprouve une sensation des plus désagréables, maia ou est débarrassé de son coryza au bout d'un temps relativement court. Il u'est pas impossible que de cette manière les agents infectieux, qui exercent leur action nuisible sur la muqueuse nasale, soient tués ou entraînés.
Un quatrième mode d'administration externe de l'acide phénique est le bwemenl (St'ARl'ARl), par exemple en cas tV ascarides ,A.^ fièvre typhoïde, de proctite chroni<iUf. , de diphtérie. Enfin, un cinquième est l'emploi de l'acidi' phéiique en substance, connue cauntiqiie et analgésique , en dermatologie dans le lu/jus , en gynécologie dans le traitement des végétudom des organes </Ai*(*itf3;et en odontiatriedaiis la rarie et la pulpHe gangreneuse (comme ciment odontalgique). En substance on plutôt en ajoutant à 9 parties de phénol cristallisé une partie d'alcool de 90° le phénol constitue encore un bon vésicatoire, dont l'application, surtout chez les enfants, a donné des bons résultats à Ollivier.
On peut dire de l'usage interne de l'acide phénique ce que nous avons dit de son usage externe: on l'a préconisé dans les buts les plus divers. Aux plus beaux jours de son règne, l'acide phénique a été employé conmie antiseptique , cwmne antipyrétique (A&a'^ tous les cas d'empoisonnement par l'acide phénique on constate un abaissement de la température, et pendant tout un temps on crut à une relation étroite et nécessaire entre les antiseptiques et les antipyrétiques), comme altérant, comme amer, àa.iis\a. diphtérie , la dysenterie, la diarrhée, la malaria, ia, fièvre typhoïde , la,»carlatine, la rougeole, le rhnmatinme arlicutaire aigu, la tuberculose pulmonaire , toutes les formes de bronchite, le diabète, les affections cutanées, etc., etc.
Comme on l'a déjà vu et comme i>» le verra encor*
328 XXÎI. ANTlSEPTiQtJRS ORGANIQUES.
médicament, à Tengouement succède rindiflPêrence, et de nos jours l'acide phénique n'est plus employé à l'intérieur que dans des limites très restreintes. Administré dans ces conditions , il ne parait guère avoir d'eflfet utile que dans la dysenterie et les diarrhées dépendant de processus infectieux, ainsi que dans certaines <i/fÎ!f^'oM cutanées y principalement celles qui s'accompagnent de démangeaisons violentes {prurigo).
Un mot encore relativement aux modes d^ administration de l'acide phénique. Pour l'usage externe on emploie ou bien le phénol luimême ou bien le phénol liquéfié {phenolum liquefactum) y préparation oflScinale d'après notre pharmacopée , restant liquide jusque vers la température de 4® 0. et obtenue en mélangeant 100 p. d'acide phénique à 20 p. d'eau. L'acide phénique, sous une des deux formes que nous venons d'indiquer , est mélangé à une quantité d'eau distillée suffisante pour obtenir la concentration voulue. L'acide phénique de notre pharmacopée est soluble dans l'eau dans la proportion de 1 : 15. Si l'on veut se servir de solutions plus concentrées, on se trouvera fort bien de l'addition de glyciriiu^ qui possède en outre l'avantage, comme nous l'avons vu plus haut, d'atténuer l'action irritante ainsi que la toxicité de l'acide phénique. Quand on se propose d'employer l'acide phénique comme caustique ou analgésique , le phénol en substance , le phénol liquéfié, le mélange de phénol et d'alcool sont les préparations les plus recommandables. Le camphre phénique ^ obtenu en faisant fondre ensemble de l'acide phénique et du camphre, a été préconisé en France et mérite certainement aussi d'être employé. Pour Fusage interne f la forme pilulaire est de beaucoup la meilleure.
En ce qui concerne les doses, je vous dirai que pour l'usage externe, comme antiseptique, il faut une solution d'au moins 1 — 2*/o. Une concentration plus forte n'est pas à conseiller à cause de l'action irritante et caustique de l'acide phénique. Soyez prudents, surtout chez les enfants , même dons l'emploi des solutions à 1"/^ et ne l'employez jamais en trop forte quantité dans les lavages ou lotions. Sachez en eflfet que l'emploi de 5 grammes d'acide phénique peut déterminer, même chez l'adulte, une intoxication sérieuse. Pour l'usage interne, notre pharmacopée fixe à 100 mgr. la dose tnaximale à administrer en une fois, c'est-à-dire qu'en général on administrera d'abord 25 mgr., et à 500 mgr. la dose maximale pour 24 heures, c'est-à-dire qu' en règle générale on ne prescrira pas au malade plus de 125 au 150 mgr. Cependant le professeur Chanpleury IJsselstein a souvent dépassé ces doses dans le traitement des maladies cutanées et a administré à ses malades jusque 17, à 2 gr. par jour , après s'être assuré qu'une augmentation lente de la dose journalière ne produisait chez eux aucun effet fâcheux.
ADMIN. ET DOSES DU PHENOL, A8BPTOL, SOZOIODOI,, CHLOROPHENOLS. 329
Le phénatf. de goiide, préconisé enFrnnce pur quelques médecins, peut être administré à des doses un peu plus grandes que l'acide phénique.
Le composé phéuolsulfonique , l'acide ortho-phénol-sulfonique, a été beaucoup employé , surtout par les chirurgiens anglais sous le nom d'acide sulfocarbolique (sulfocarbolic aeid), à cause des propriétés antiseptiques très intenses dont il jouit. A l'intérieur il n'a été employé que dernièrement par Parozzi sous la forme de phénolsulfonate de chaux dans les cas de diarrhée opiniâtre. Si je m'arrête à ce médicament, c'est d'abord pour vous faire observer que le terme d'acide phénolsulfonique ou d'acide sulfocarbohque est parfois abusivement employé jK)ur désigner l'acide sulfurique combiné: l'acide phényisulfurique. Ensuite je désire signaler à votre A(tcDtion que, il y a quelques années, l'acide sulfocarbolique ou L OH ortho- phénolsulfonique a été introduit dans
^K I le commerce sans le nom nouveau d'ua^piol
^^ ........ ...jzofiju^, Il va cependant de soi qu'en
"' ■ mélangeant du phénol du commerce avec de
n H l'acide sulfurique concentré, l'on n'obtient
K -Q'-- pas une substance pure, mais un mélange,
^ I qui contient aussi de l'acide crésolsulfonique.
V h L'on ferait mieux , peut-être de parler du
mifange sidfoplihiolé (Bii.) que d'acide sozolique, nom qui est seulement justifié par le fait que l'on emploie comme antiseptique un dérivé iodé de l'acide paraphénolsulfonique, nomuié nosinodol.
Pour être complet, je mentionnerai encore les phénols chlorés et BROMES. Surtout les phénols monochlorés et spécialement le /Honchlorophénnt on été chaleureusement recommandés comme des antiseptiques les plus énergiques dans le traitement de l'én/sipèle, de la tuberr-uiose , de la bronchite putride , du /wpiifi(KABPow, Tschouri- LOFF, Elsknbkrg, Spengler, Passkrini). Le phénol triehloré n'a pas réussi à s'introduire dans la pratique non obstant les recommandations de Robert, Popokf et d'autres, ce qui n'empêche pas que l'on a récemment introduit dans la pratique sous le nom de rhloroline un mélange de phénols mono- et trichlorés.
Nous reviendrons plus tard sur le phénol tribromé, en traitant du brome, et nous finissons cet aperçu des composés du phénol, eu mentionnant en dernier lieu V acide plnko/bi/fique (C, Hj B, (OH),), recommandé par Molinari.