VINGT-TROISIÈME CONFERENCE
Antiseptiques organiques. Résoreine, créosote, thymol, xylol,
naphtaline, naphtol, hydronaphtol.
Valear thérapeutique des benzols dihydroxyliques. Résorcine. Propriétés antiseptiques. Action physiologique. Indications thérapeutiques. Dangers inhérents à Tadministration de fortes doses de résorcine. Coloration bleue de Furine déterminée par Tusage de la résorcine. Modifications subies par la résorcine dans Torganisme. Créosote, Son histoire. Sa valeur antiseptique. Son affinité pour Talbumine. Action physiologique. Indications thérapeutiques. Importance de li créosote dans le traitement de la tuberculose. L'usage interne en rapport a?ec Tinhalation et Tinjection hypodermique. Créosote comme stomachique. Modes d'administration et doses. Créosotal. Gaïacol et carbonate de gaïacol. Hypothèse de Seifert et Hôlsgher. Action antipyrétique par application elteme. Indications thérapeutiques. Créosol. Crésol. Solutol. Thymol. Composition. Comparaison avec les camphres et les huiles éthérées. Action physiologique. Indications thérapeutiques. Xylol. Usage thérapeutique. Décomposition dans l'organisme. Naphtaline. Son histoire; sa faible valeur antiseptique. Passage à l'état de naphtol dans Porganisme. Caractères de l'urine après usage de naphtaline. Effets nni* sibles de la naphtaline. Usage thérapeutique. Naphtol; a- et /^-Naphtol. Asaprol. Hydronaphtol.
Messieurs. Les trois combinaisons dihydroxyliques du phénol: la pyrocatéchine , Thydroquinone et la résorcine ont tour à tour eu rhonneur d'être usitées comme moyens thérapeutiques. Toutes trois ont la propriété d'être bactéricides et antifermentescibles ; toutes trois ont des propriétés toxiques qui rappellent à plus d'un point de vue celles du phénol. Le rapport étroit entre le complexus symptomatique de la fièvre et l'infection a engagé quelques auteurs à admettre l'existence d'une relation thérapeutique entre les antiseptiques et les antithermiques, de sorte qu'ils ont cru un moment pouvoir utiliser ces composés tant comme antiseptiques que comme antithermiques. La forte toxicité de la pyrocatéchine et de Thydroquinone — la plus toxique de cos deux substances est pour les animaux supérieurs la pyrocatéchine (ortho-dioxybenzol) , pour les animaux inférieurs riiydroquinone (Danii.ewski) — ont détourné
niOXYBENZODi. RESORCINK. EMPLOI THEHAPEUTIQUE,
vite les auteurs de ce projet. Rappelons en passant que ces deux dérivés hydroxyliques , qui se forment dans l'organisme de l'animal et de l'homme après l'usage du phénol, et qui produisent par leur combinaison avec l'acide sulfurique des esters correspondant aux phénylsulfates , déterminent, comme nous l'avons vu, dans certaines conditions, l'apparition de l'urine phénolîque.
n faut regarder comme un fait du plus haut intérêt que c'est tout juste le seul phénol dihydroxylique, qui ne se forme pas dans l'oi^anisme animal au dépens du phénol, qui s'est montré utilisable comme moyen thérapeutique. Ce dérivé hydroxylique est la résorcine. Néanmoins ce corps n'est pas inscrit dans la Pharmacopée Néerlandaise , ïiï^" Edition , sous cette dénomination laconique, si pratique pour les médecins. On a obéi au désir de ne donner que des noms scientifiquement exacts. C'est pourquoi l'on a préféré la dénomination chimique d« métadioxybenzol à celle de résorcine et on n'a accordé à cette dernière qu'une valeur synonymique.
II. La i:ÉsoRciNE est un antiseptique qui ne le cède pas iiu phénol et qui possède même relativement à ce dernier certains avantages. En solution à !"/„ elle arrête la fermentation alcoolique (DrJARDiN-BEAUMETz) OU la retarde au moins d'une façon très sensible (Andeer); en solution il l'/s^'n ^11^ ^^^ l^f organismes de la putréfaction et empêche leur développement J. Anuebk, de Munich, et Dujardik-Beadmetz, de Paria, ont tous deux — le premier surtout — fait bien des efforts pour augmenter la vogue de ce remède.
De même que le phénol, la résorcine possède de l'affinité pour l'albumine; mais cette affinité est moins déveIopi>ée. Il en résulte qu'il faut des doses plus fortes et un temps d'action plus long pour coaguler l'albumine et que la résorcine est un caustique moins énergique que le phénol. Son action physiologique, tant chez les animaux à sang chaud qu'à sang froid, se rapproche à tous les points de vue (convulsions centrales, respiration et pouls secondairement accélérés, hypertherraie) do celle du phénol, à part que la résorcine paraît moins toxique et n'entraîne pas si rapidement des phénomènes paralytiques.
J'muje thérapeutii/ue. Ijes promoteurs de la résorcine, notamment Andeek, la recommandent vivement, comme moyen mitipyrétique dans la fièvre typhoïde, le rhumatisme articulaire aigu, la tnalaria; comme moyen antiseptique, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, dans la diphtérie, dans les diverses affections de la bouche et de la gorge, dans la syphiHs, dans les affections cutanées. Mon expérience propre m'a appris qu'à part son utililé dan.R le traitement des iifTections ) la peau, dont nous nou.i occuperons tantôt, ce remèile est su-
332 XXIU. ANTISEPTIQUES ORGANIQUiS.
perâu dans le traitement des maladies susdites. Mais , au contnuFS, il rend d'excellents services, administré à rintérieur, dans un certain nombre d'affections de l'estomac et de l'intestin, dans lesquelles nous cherchons à établir l'antisepsie intestinale (Sonnenburger), et notamment dans la gastrectnsie accompagnée de fermentations anormales, Chyperémèse de la grossesse^ le mal de mer^ les diarrhées chroniques, le choléra infantile. On a encore recommandé la résorcine dans la cystite chronique et comme moyen antipyrétique et hypnotique. La dose maximale est de 3 gr. par 24 heures. Ea r^le générale je donne à l'intérieur des prises de ^4 ^ '/t 8^- ®^ je vais ainsi jusqu'à 2 ou 3 gr. dans la journée. H ne £aut pas employer de solutions à titre plus concentré que de '/i ^ 2*/,, Notre pharmacopée donne comme doses maximales: Igr. par prise et 5 gr. par jour.
Je vous conseille positivement de ne jamais dépasser cette dose. N'oubliez pas que vous avez affaire à un poison énergique, qui peut déterminer la mort (Epaminondas). Je me rappellerai toujours, comme un avertissement salutaire, un cas malheureux, observé dans mon service hospitalier il y a quelques années. Un garçon de 14 ans, souffrant de dilatation de l'estomac, avait à subir tous les jours le lavage de l'estomac au moyen d'une quantité donnée d'une faible solution de résorcine. L'affection s'améliora sensiblement sous l'influence de ces lavages. Mais voici qu'un beau soir l'assissant, dont la dextérité d'ailleurs ne souffrait de doute à aucun poin de vue, ne parvint pas à faire refluer par la sonde la solution de résorcine introduite, soit à dose d'environ 1 litre et à concentration de 1 à iVs^/o- La sonde est extraite et réintroduite, mais tous les efforts, tentés pour extraire de l'estomac la solution de résorcine, restent sans effet. Entre temps l'angoisse du patient s'accroit, des convulsions surviennent, suivies de coma et de sopor; la mort survient avant qu'on ait pu se rendre bien compte de la véritable situation. A l'autopsie nous ne constatâmes aucune lésion amatomo-pathologique capable d'expliquer la mort; et force nous fut donc d'attribuer celle-ci à l'intoxication par la résorcine. Si jamais on vous api^elle en pareil cas, instituez toujours un traitement symptomatique , analogue à celui usité contre l'empoisonnement par le phénol. Inutile de vous dire que de pareils cas , où probablement on n'aura pas employé une résorcine parfaitement pure (la meilleure est la résorcine médicinale resublimée purissime) , laissent une impression pénible et profonde. Pour ce qui me r^arde, je dois en convenir, que ce cas, où, indépendamment de la volonté du médecin , il persista dans l'estomac , pour être reprise bientôt par le sang et développer son effet toxique , une dose de 10 à 15 gr. de résorcine, qui n'avait été destinée qu'à eflieurer la muqueuse
•OXICATION. ItSAUE EXl
k RKCllEKCHB DANS L'I'RINK. ^'S'i
gastrique, u été pour moi une leyoïi, que je n'oublierai pas, à savoir qne l'usage de liquides antis^tiqites pour laver l'estomac doit être coiiAimiié. On a dans ces cas toujours besoin de graudes quantités de liquide, et quelque diluée que soit la solution, la quantité totale de l'antiseptique, quand pour l'un ou l'autre motif elle ae trouve retenue dans l'estomac, poTirra suffire pour provoquer l'empoisonnement. Or, on n'aura jaiiiaii:> à craindre ce malheur, si pour ce lavage on utilise une solutiou physiologique de Na Cl (0,6 — 0,7*/,) atériliaée par ébuUition, ou une faible solution de bicarbonate de soude (eau de Vichy, etc. . .) au moyen desquelles le résultat thérapeutique désiré peut être obtenu, sans le moindre danger pour le malade.
Comme moyen thérapeutique pour l'usuge externe, la résorcine est employée en odantiatrie , contre la goHotrkée (solution à 3"/„ , Munnich) , contre la ci/alite (le lavage de la vessie n'exige de loin pas un si grand volume de liquide que le lavage de l'estomac), contre la pourriture d'hôpital (Hallopëau) , et contre la laryngite ulcérative (v. Tymowski). Unna la recommande avec insistance floit sous forme de solution, soit sous forme d' onguent {2" j^, lO'*/^ , 20"/o) ou sous forme de gaze, enduite d'emplâtre résorcine, dans le traitement de toute une série d'affections cutanées. Unna place avec raison la résorcine , comme s'oxydant très facilement . non seulement parmi les antiseptiques , mais aussi parmi les médicaments désoxygénants ou réducteurs , de aorte qu'on peut l'employer avec avantage dans le traitement de Vérysiyèle et de l'épithélioma , du pilijriasis du cuir chevelu 5 — 10'y„), de la séborrhée sèche du cuir chevelu, de l'eczéma séborrhéique, du psoriasis (10 — 20"/o), du lichen ruber, de l' ichthyose , du Kycùsie, de l'acné. Le savon surgraissé salicylo-résorciné du Dr. Johnson pourra rendre probablement les mêmes services que l'onguent réaorciué d'UsNA.
Le Dr. Kihuyser a eu la bonne chance de constater accidentellement (1883) une réaction de coloration spécifique de l'urine après usage de résorcine. Ce fut au cours d'un examen d'urine , fait dans mon laboratoire, pour y démontrer la présence de l'urobiline au moyen du ZnCl. et du NH,. L'urine provenait d'un individu souffrant d'une gostrectasie , pour laquelle il avait pris de la résorcine. Quoique l'urobiline y fit défaut, l'urine, traitée par ZnCl, et N£îj, ayant été conservée jusqu'au lendemain , avait pris une coloration bleue. I^e bleurappelait par ses nuances le tournesol; traité par les acides il devenait nettement rouge. Et en effet la résorcine a de la parenté avec le tournesol , car les plantes mères du tournesol, les espèces leoanora et rocceUa renferment vraisemblablement de l'oroîne. De l'autre côté la résorcine , chauffée en iprésence du [œro.'cyde d'hydrogène, donne le tucinoide. Nous pos-
334 XXIII. ANTISEPTIQUES OEOAKIQUAS.
sédons donc dans la réaction par Zn Cl, et NH, un moyen très commode pour déceler la présence de la résorcine dans rurine. Au moyen de ce réactif et en déterminant d'autre part la teneur de Turine en sulfates éthérés, nous pouvons aisément nous convaincre que la résorcine s'élimine par l'urine en partie comme telle, et pour une autre partie, tantôt plus faible, tantôt plus forte, sous forme de sulfate éthéré (il existe nécessairement dans la molécule deux radicaux sulfuriques correspondant aux deux radicaux OH). Même la résorcine paraît subir dans l'organisme encore une autre modification incomplètement connue; car l'urine, contenant de la résorcine, agitée fortement avec NH, , prend une coloration verte, qui devient bientôt brune, une modification de coloration que ne présente pas la résorcine pure. Uurine contenant de la risornne peut même y sans addition d'aucun réactif, laisser déposer spontanément un précipM bleu. J'ai pu notamment constater ce fait lors d'un examen institué l'an .passé sur l'urine d'un individu atteint de pérityphlite. Exposée à l'air, cette urine prit une coloration bleue; en même temps, en partie sur les parois du tube, se déposa un précipité bleu. Je soupçonnai d'abord une indigurie, mais lorsque j'avais acquis la conviction que la matière colorante n'était soluble ni dans l'alcool amylique, ni dans le chloroforme, et qu'elle rougissait sous l'influence des acides, pour redevenir bleue en présence des alcalis , force m'était d'admettre , qu'il s'agissait d'une espèce de tournesol. Le malade avait pris de la résorcine pendant plusieurs jours. L'urine avait une réaction fortement alcaline et renfermait beaucoup d'urate d'ammonium et de phosphate ammoniaco-magnésien. Sous l'influence de la putréfaction , tout le sulfate de résorcine avait été décomposé et en présence de l'ammoniaque et des sels de magnésium il s'était produit du hleu de résorcine. Une autre coloration de la résorcine, en présence des tissus et des liquides de l'organisme vivant est digne de votre attention. C'est celle, décrite dernièrement par Frôhlich. Si vous appliquez une solution de résorcine (10 ou 20°/,) dans l'oeil, les larmes deviendront rouges, mais la cornée ne sera pas colorée, tant qu'elle est intacte. La coloration rouge de la cornée elle-même indique qu'elle a perdu son épithélium protectif.
III. Créosote. En 1851 Oesterlen parla de la créosote, ou plus exactement de la créasote (de ^Qtao et »'ojai = moyen pour conserver la viande) comme „d'un de ces remèdes à la mode, dont la réputation ne formait plus qu'un souvenir et qui n'avait dû son triomphe qu'à la crédulité des médecins". Certes, il ne se doutait pas alors que cet antiseptique, qui à ses yeux avait perdu tout son prestige , serait remis , durant les dernières périodes décennales de ce siècle, sur un piédestal comme un des remèdes les plus précieux
creosotk; hi!-T(.iikh; kmi'I-oI thehapeutiquk.
de l'arseual thérupeutique. Los liymuua, uiitamées pur VtKJEi, et surtout par Reichhnbach, à qui revient l'honneur d'avoir découvert ce produit de Ja distillation sèche du goudron de hêtre et de lui avoir donné son nom, pour en proclamer à tous les venta les éminentes propriétés antiseptiques, parasiticides , ustringeutea, hémostatiques et caustiques, ces hymnes avaient ceasé de résonner à l'époque de Oesterlen. Les effets favorables, qu'on mettait encore par ci par là sur le compte de lu créosote dans le traitement de la tuberculose pulmonaire , ne furent pas , il est vrai , mis en doute, mais attribués à la „gutige Mithilfeder Natur" (à l'heureuse intervention de la bonne Mère Nature) , au processus curateur spontané. Après avoir donc, durant plusieurs années de ce siècle, mi» en branle bien des plumes et après avoir compté pas mal de chauds partisans, la créosote se trouva reléguée dans l'arraoire à antiquités. Ce qui d'ailleurs avait surtout hâté sa ruine, c'est la mauvaise impression laissée par la constatation de quelques cas d'empoisonnement. Mais sa déchéance ne fut que temporaire. Bouchard et OuiMBERT, en 1877, mirent de nouveau la créosote en avant , comme un des meilleurs remèdes dans le traitement de la phtisie. Leurs observations thérapeutiques, quelque concluantes qu'elles fussent, trouvèrent seulement du crédit parmi les médecins français ; les praticiens des autres pays se montrèrent obstinément indifférents jusqu'au moment oïl fut jeté un nouveau cri d'armes, à peu près conçu en ces termes : Koch a découvert le bacille de la tuberculose et a reconnu en lui l'agent infectieux de la phtisie pulmonaire; d'autre part la créosote, même en solution très faible , tue le bacille de la tuberculose et rend ses cultures stériles. Ce nouveau cri d'armes fut jeté il y a environ huit ans, et depuis ce temps la créosote, prenant son appui sur les recommandations de SoMMKRBBODT , FRasTZEL et d'autres , a repris sa place sur le piéilestal, auquel je faisais tantôt allusion.
La créosote ^ et nous eutendous exclusivement par làle/v/MÎdtf oléagineux, de couleur jaune pâle, de réaction neutre, à odeur perçante de fumée, à saveur caustique, décrit dans notre pharmacopée et obtenu par la distillation sèche du youdron de hêtre — ■ est un mélange, à parties variables , de gaSacol , de créosol et de crésol ; de faibles quantités de phénol , et peut renfermer encore des quantités minimales de raéta- et de paracrésol , de métaxylénol , d'éthylgaïacol , de phlorol , d'éther de pyrogallol et de dérivés sulfureux : du thiophénol p. ex. '). Ce mélange complexe précipite aisément
■) L» créosote raédkinalB doit être exampt* de céruJignone ou d'éther tétramé-
thjrliqne de la tétraoïydiphénocmninone — nn corpa très toiii|ne, selon Dujar-
H-BeAUHRT7. Traitée ri"" l'eati de taryte, olle ne doit donc pas acquérir une co-
Airktit
336 XXIU. ANTISEPTIQUES OROANIQUB8.
ralbumiue , montre une action caustique très intense , mortifie à peu près directement les tissus et peut donc, à l'exemple duphé^ nol , servir de moyen analgésique , en étant appliqué , à un oertain degré de concentration, sur un nerf dénudé de la pulpe dentaire. En solution plus diluée elle devient astringente et puis excitante à une dilution encore plus forte. En fait de pouvcnr bactéricidâ et antifermentescible , la créosote prend de loin le pas sur le phénol , car une solution à 1 : 4000 n'est pas loin de stériliser com« plètement la culture du bacille de la tuberculose ^Guttm ann). Comme on devait s'y attendre, elle s'est montrée un poison violent pour l'animal et l'homme. A l'action locale s'ajoutent des effets éloignés, généraux, qui, comme pour le phénol, se caractkisent par ooe forte excitation, suivie de paralysie, du système nerveux oentwd, et qui peuvent déterminer la mort (Zanadsky).
Usage thérapeutique. Actuellement la créosote s'emploie rarement en usage externe^ comme antiseptique et parasitidde , dans le traitement des plaies , des processus ulcéreux , de la gale et d'autres vmladies de la peau.
Elle est encore quelquefois employée en odontiatrie, comme moyen détersif et caustique y là ou il s'agit de détruire la palpe dentaire à travers l'ouverture d'une carie, ou en dermatothérapie dans le traitement des cors-au-pied. Son usage dans les maladies internes ; la fièvre typhoïde et autres maladies infectieuses ; Viêifluensa; la coiueluche; les catarrhes intestinaux, les dùirrAées infeotieueeSy les vomissements inooërcïbles et dans certaines maladies de la nutrUon: par ex. le diabète sucré, la sorofulose s'est aussi beaucoup limité, car on préfère en général, dans ces conditions, un produit plus pur comme le phénol. Par contre non seulement la créosote s'emploie, comme antérieurement, contre la bronchite chronique, la bronchite putride , la gangrène du poumon , mais dans ces demièras années elle représente le remède par excellence dans le traitement médicamenteux de la tuberculose des poumons, de celle du lart/nx et de la trachée pulmonaire. On ne pourrait presque plus trouver actuellement de médecin , qui n'emploie ce remède contre la phtisie. On n'a même pas, jusqu'à un certain degré, couvert sa responsabilité , si dans un cas donné de tuberculose pulmonaire d'un pronostic grave, on a omis de prescrire la créosote.
Et en vérité la créosote rend parfois des services signalés. On voit bien souvent sous son influence l'appétit augmenter, l'état général s'améliorer , la toux et les crachats diminuer , et quelquefois môme la fièvre cesser. C'est donc à raison que, malgré l'opinion contraire de Cantani et de Wood, qui n'ont pas de conviction arrêtée au sujet de ces effets remarquables, Dujardin-Bkauicbtz appelle le traitement antituberculeux par la créosote j^assurésnent un
CRÉOSOTE. EMPLOI THERAPEUTIQUE. 337
des meilleurs", et que Weyl le -sigmile comme le meilleur moyeu thérapeutique aymptomatique, que nous poRsédioua jusqu'ici. La plupart des médecina européens adoptent aujourd'hui cette manière de voir; aussi personne n'en pourra vonloir â Sommerbrodt, qui se croit lésé dans ses droite quand on lui dénie l'Iionneur d'avoir été le premier qui a introduit la créosote, comme antiphtisique, en Allemagne.
A quoi fauHl attribuer cette activité indiscutable? A notre avis, pour une part minime, à son effet tuberculicide. Sommerbrodt prétend que seules les fortes doses, capables de tuer les bacilles, et de transformer pour ainsi dire les humeurs de l'organisme en une solution de créosote 1 : 4000 , peuvent amener les effets thérapeutiques désirés. Mais il est un fait indéniable, c'est que des doses, trois, quatre fois plus faibles, entraînent souvent le même résultat. 81 la saturation des liquides organiques par la créosote était la condition indispensable de son influence utile sur l'état général, ne faudraitil pas regarder comme une inconséquence bizarre le fait expérimental suivant , établi par Cornet : que des lapins et des cobayes , saturés de créosote durant des jours et des semaines avant l'inoculation du bacille de la tuberculose, et continuant, après infection établie, à prendre constamment de la créosote, succombent aussi vite, voire même plus vite, que les animaux de contrôle? Si la créosote agit comme bactéricide , pourquoi l'injection intraparenchymateuse direct* d'une solution créosotée dans le poumon affecté {RosENBACH, Akdeeessen) et l'inhalation de créosote donnent^ elles des résultats aussi peu satisfaisants; pourquoi le mélange intime des crachats de phthisiques avec de la créosote ne leur enlèvet-il pas leur pouvoir infectant (Fyffe) ?
Le fait que seulement par l'usage interne de la créosote on observe des fffets avantageux, l'expérience clinique que c'est justement dans les cas où l'appétit se relève que ces effets s'obtiennent, nous forcent à chercher la cause de l'action thérapeutique de la créosote dans l'amélioration des fonctions digestives. „Tant que le phtisique mange, nous pouvons le traiter", ce naot spirituel de C. Paul au Congrès de Paris est plein de bon sens. Pour ma part je n'hésite pas à affirmer que dans les cas de tuberculose pulmonaire oiï , après l'usage de la créosote, l'inappétence persiste ou survient, je n'ai presque jamais vu d'amélioration se produire. Il est d'ailleurs facile de comprendre que l'augmentation de t'appétit chez les phtisiques constitue le premier pas dans la bonne voie, qu'une meilleure digestion d'aliments plus abondants augmente la résistance de l'individu vis-à-vis de l'influence des bacilles tuberculeux et que les phénomènes tant locaux que généraux de l'affection :
toux, l'expectoration, la fièvre, peuvent s'amender notablement
et même disparaître, du moment que la résistance augmentée produit un arrêt temporaire du processus tuberculeux.
Formulons donc encore ime fois notre idée : la créosote , à notre avis, a une action si énergique contre la tuberculose pulmonaire surtout pour le motif qu'étant un des antiseptiques intestinaux les plus puissants, elle possède en même temps la propriété d'exciter , dans cette maladie, les fonctions digestives de l'estomac et de rintestin, ensuite parce qu'elle est im excellent moyen anticatarrhal, et non parce qu'elle tue les bacilles tuberculeux, logés dans le poumon ou dans le milieu intérieur. Les expériences de Klbmpbrbr, qui démontrèrent l'augmentation de sécrétion du suc gastrique et l'exagération du mouvement péristaltique de l'estomac sous l'influence de la créosote, sont parfaitement en harmonie avec notre hypothèse. Quant à déterminer quelles particularités propres à la créosote, quelle espèce d'affinité vis-à-vis des tissus vivants expliquent cette action spéciale chez les phtisiques, je ne le puis. Contentons-nous de cette formule: que grâce à son odeur et à son affinité à l'égard de l'albumine la créosote exerce sur son passage une excitation énergique, que grâce à son pouvoir antiseptique elle est capable de tuer les microbes du tube digestif et d'y arrêter les fermentations anormales. Cette dernière action est des plus importantes. Surtout au début de la phthisie, les crachats ne parviennent que trop souvent dans le canal alimentaire, par inattention ou confusion du malade, et les suites de cette infection ne tardent pas à se montrer. Si cette formule ne vous satisfaisait pas et si vous désiriez entendre expUquer pourquoi tout juste dans la phtisie la créosote est mieux supportée que les autres stomachiques et antiseptiques, pourquoi l'on peut en continuer beaucoup plus longtemps l'usage, je me verrais forcé de vous opposer une fin de non recevoir. Nous nous trouvons ici en face d'un fait d'observation, dont la nature intime nous échappe encore. Il est d'ailleurs certain, à notre avis, que l'on ne pourra déduire a priori l'action physiologique de la créosote de l'action propre de chacun de ses éléments constitutifs. On ne pourra l'étabhr que par l'étude du mélange lui-même, car c'est tout juste l'association en faibles proportions de différentes substances, ayant toutes une action de même espèce, qui fera obtenir des effets thérapeutiques et physiologiques ne représentant nullement la somme de chacune des actions en particulier, mais devant être considérées comme l'expression d'une action tout à fait nouvelle (Thérap. générale, p. 208).
Je regarde aussi la créosote comme un agent thérapeutique excellent pour combattre Vhémoptysie, si fréquente dans la tuberculose pulmonaire. Indubitablement elle représente dans l'hémoptysie un
glyptique comme la térébenthine et elle doit très probablement cet effet à son action sur l'albumine et à la forte irritation de la muqueuse gastrique, d'où pourraient résulter par voie réflexe l'irritation du centre vaso-moteur et la constrîctioii des vaisseaux.
Disons enfiu quelques mots du mode d'administration de la créosote. Elle peut être prescrite comme t«lle sous forme de gouttes, de mixture ou de pilules. Ce n'est que rarement qu'on la donne encore en mixture, suspendue dans un mucilage ( bique ou dans une décoction de salep. On préfère généralement l'administrer en gouttes, soit seule, soit mélangée ti la teinture d canelle ou de gentiane, et on doit la diluer dans une quantité d liquide telle que l'action caustique sur la langue soit réduite à un minimum. L'eésence de créosote de nos ^formulae" (creosoti 3; tinct. cinnamomi 30) est une préparation en tous points recoramandable. Ou peut aussi l'administrer en capsules ou perles et en bulles; les perles de Clertan (renfermant chacune 50 mgr. de créosote), les capsules de Hommerbrodt (renferm. 25 ou 50 mgr. + huile et baume de tolu), les bulles de Cornu (50 ou 100 mgr.) sont des formes pratiques d'administration. Les pilules de créosote doivent aussi, comme c'est indiqué dans les „formulae", être préparées avec du baume de tolu, additionné de magnésie (creosoti 2,50 ; bals, tolut. lO; carbon. magnes. 9,3 m. f. pil. n". 50); on peut aussi faire des dragées de 25 ou 50 mgr. au moyen de l'arôme de vanille ou bien prescrire les pilules de Jasper. Toutefois je ne regarde pas la forme pilulaire comme très heureuse et il ne faut pas oublier le fait signalé par Israël, que les pilules de Jaspkr se retrouvent maintes fois intactes au milieu des matières fécales. On a en outre recommandé diverses combinaisons destinées à faciliter l'ingestion de la créosote ou pour en augmenter l'effet thérapeutique. Nous signalerons en passant le procédé , recommandé par RosENTHAL, de donner le médicament en question dans un faible toddy (cognac et eau aromatique). Nommons encore 1 glycérine iréosotée (creosoti 10; magnes, biearbon. 20; glyceriui , aq. destin. M 40), l'huile de foie créosotée (creosoti 1 ; ol. jec. t 100 — 200; aeth. sulphur. 5 — 10) et surtout le vin créosote, dont la formule classique, qui fournit à Bouchard et Guimbbrt leurs brillants résultats, est conçue comme suit;
I^ Creosoti gi. 13,.^ Tinct. gentianae, îM.
Spirit. vini, 250, Tini tnftlagensis q, s. ad lOUO.
B. 2 i .^ cnillere ]>ar Jour Jans Je
k Est-ce que les bons effets de l'administration interne de la créodans la tuberculose pulmonaire, peuvent être obtenus aussi
en l'administrant en injection hypodei-mique y en injection intraparenchymateuse ou sous forme de lavement? On ne saurait le nier. Même l'application épidermique d'une solution alcoolique à 2(P/,, que l'on fait frotter sur une des extrémités, a été recommandée dans les cas où la créosote est mal supportée (S allet) et peut indubitablement donner des résultats thérapeutiques. De même l'administration par voie rectale a été chaleureusement préconisée comme la meilleure (Audboud, J. Simon). Quant à moi, j'estime ces modes d'administration, dans lesquels les nerfs sensibles de la langue ne peuvent exercer leur contrôle pour nous prémunir contre les effets trop irritants, en général plus dangereux que le mode d'administration interne et probablement moins fidèles. Tout ceci s'applique aussi aux suppositoires, dosant chacun 500 mgr. , recommandés récemment par Kûgler.
Notre pharmacopée indique comme dose maxima pour l'usage interne 100 milligr. par prise. On commencera en règle générale par 25 mgr. par prise et 100 à 150 mgr. par jour. Notre pharmacopée permet une dose journalière maximale de 500 mgr.; mais on n'a d'ordinaire pas besoin d'aller jusque là. Je suis et reste un partisan des faibles doses. J'ai en effet acquis la conviction que, si l'on n'obtient pas d'amélioration sous l'influence de doses faibles, l'élévation de ces dernières ne sert à rien et peut même agir en mal, surexciter l'estomac et donner lieu à de l'anorexie, à des catarrhes gastriques. Mon expérience est donc contradictoire de celle de SoMMERBRODT , qui cherche l'effet dans l'administration de doses relativement fortes, qui prescrit au minimum 1 gr. par jour et recommande d'aller jusqu'à une dose de 5 gr. Mais nous avons, dans l'espèce, le droit de nous demander si la forme pilulaire, affectionnée par Sommerbrodt, n'entraîne pas une absorption incomplète de la créosote.
L'inhalation de la créosote, autrefois utihsée dans le traitement de la tuberculose (Crichton, avait recommandé déjà en 1817 les vapeurs de goudron dans la cure de cette maladie) ne mérite guère pleine confiance que dans le traitement de la bronchite putride et de la gangrène pulmonaire y surtout quand on recourt au masque
de CURSCHMANN.
Dans ces derniers temps on aime à combiner la créosote avec d'autres médicaments. De la Jarrige dit avoir appliqué avec beaucoup de succès dans le traitement de la /^A^A/sie/aryn^^ une injection intratracheale de créosote mentholée (huile stérilisée 100, créosote 10, menthol 5), tandisque J. Simon s'est trouvé bien de l'application d'injections rectales d'huile créosotée, iodoformée et salolée. D'autre part, en cherchant à atténuer l'action trop irritante de la créosote, on a vanté la combinaison intime de l'huile
CRBJOSOTK. QAÏACOL. SON MODE D ACTION.
avec la créosote; l'oléo-rréosote , ilont l'action est beaucoup moins toxique que celle de l'huile créosotes (Prévost); on a encore recommandé la combinaison chimique de l'acide carbonique avec la créosote ou créosotal. Jusqu'ici nous ne savons rien de bien précis sur ces combinaisons nouvelles.
IV. G\ïAœL. L'effet thérapeutique obtenu par la créosote peut-il aussi s'obtenir à l'aide d'un ou de plusieurs de ses éléments coustitutifs? Parmi ces derniers le gaïacol ou éther monométhylique de la pyrocatéchine occupe le premier rang Aussi dès que la créosote fut remise en honneur, Sahli recommanda le gaïacol comme un excellent succédané de la substance mère.
Les caractères et l'action physiologique du gaïacol n'ont pas juîK^u'ici été suffisamment étudiés. Le travail expérimental de Pio Marfobi à ce sujet n'est pas concluant, parce qu'il se servit du produit que l'on obtient par distillation sèche de la résine de gaïac et qui se trouve également dans le goudron de hôtre. Eh bien ! ce produit liquide contient jusqu'à rtO"!^ et plus d'impuretés (créosote , crésols , etc.) , et c'est seulement par des opérations chimiques bien compliquées ou par la voie synthétique qu'on peut obtenir le produit pur: le gaïacol cristallisé (Béhal et Choay). Le gaïacol pur a une saveur d'abord sucrée, mais brûlante. Il est soluble dans 60 p. d'eau. Le gaïacol employé par Marfori parut pouvoir précipiter l'albumine , arrêter la putréfaction du sang en solution de 1 — 5: 1000, et en solution à 1*/^ empêcher le développement des bacilles spornlés du charbon. Son action sur les grenouilles et sur les mammifères se montra semblable il celle du phénol : les phénomènes principaux consistèrent en convulsions et symptômes paralytiques. La tension sanguine et la fréquence respiratoire ne furent guère influencées qu'indirectement de par les convulsions; une action sur le sang sembla pouvoir être exclue. Les doses toxique et mortelle semblèrent être moins élevées que pour le phénol et la pyrocatéchine. Mais tout ce travail est à refaire avec le produit pur criatalliaé, qui fond à. 28° C. degrés, et bout à 205' C.
Du reste, quoique la préférence de Sahli et Frqntzkl pour le gaïacol fût surtout justifiée par le fait que ce dernier représente un corps plus pur que la créosote, l'on n'ignorait pas que cette pureté du gaïacol laisse beaucoup à désirer et que ce n'est pas une difficulté minime que de l'épurer de tous les composés accessoires. C'est pour ce motif que Seifert et Hôlscher ont introduit dans lu pratique, pour l'y substituer à la créosote, le carbonate de gaïacol ou mieux l'acide gitïacoicarionique (l'éther carbonique du gaïacol), une substance cristalline à point de fusion fixe. L'on a
342 XXm. ANTISEPTIQUES ORGANIQUES.
décrit les résultats obtenus avec ce produit, comme c'est d'ailleurs le cas pour tous les remèdes nouveaux, comme très encourageants, et même Seiffert et Hôlscher ont déduit de ces effets foyorables — vous trouverez probablement que c'est un peu prématuré — une conception théorique de l'action de la créosote et du gaïacol, théorie que je ne puis passer sous silence. Ces auteurs ne sauraient admettre que la créosote et le gidacol agissent spécialement comme stomachiques par l'irritation qu'ils exercent sur la muqueuse gastrique et comme antiseptiques intestinaux. Pour rejeter cette hypothèse , ils s'appuyent sur le seul fait que Schetelig a pu , chez deux tuberculeux, en injectant la créosote et le gaïacol par la voie hypodermique , relever l'appétit aussi bien que ne le fit chez d'autres l'administration interne. Comme si le gaïacol circulant dans le sang, ne pourrait pas être éliminé par la muqueuse intestinale I Ils ne se croient non plus pas en droit d'admettre une action spécifique sur les bacilles tuberculeux. Ils regardent au contraire comme un fait capital que le gaïacol se combine dans l'organisme au radical sulfurique pour s'éliminer sous la forme sulfoconjuguée. Ce radical sulfurique provient de la molécule albumineuse. Or, dans le sang des phtisiques , disent-ils , circulent des toxalbumines , qui sont la cause de la fièvre, des sueurs nocturnes, et ce sont ces éléments instables, toujours prêts à se combiner et à donner lieu à des processus chimiques, qui, grâce à leur richesse en soufre, sont attaqués les premiers, bien avant les albumines normales, par le gaïacol. Ils passent ainsi à l'état de combinaisons inoffensives, qui subissent bientôt des transformations et s'oxydent. Les produits morbides éliminés , la santé renaît. Vous comprendrez aisément , Mrs. , que cette conception est trop peu fondée. Aucune des prémisses , dont partent les auteurs , n'est démontrée rigoureusement. Du reste, si l'hypothèse de Seifert et Hôlscher disait vrai, toutes les substances, qui forment des acides sulfoconjugués, auraient la même valeur thérapeutique dans le traitement de la tuberculose que la créosote et le gaïacol.
Quant au point de savoir s'il faut préférer dans ce traitement le gaïacol à la créosote ou si le premier peut remplacer totalement le dernier, je crois que le médecin consciencieux fera le mieux de commencer d'une manière générale avec la créosote. Quand la créosote est mal tolérée, vous êtes autorisés à essayer le gaïacol. Vous administrerez ce dernier sous forme de perles Clertan ou bien en dissolution dans Peau, dans de l'alcool dilué ou de rhuile de foie de morue, à dose de 50 mgr. 3 à 4 fois par jour. L'acide gaïacolcarbonique s'administre à dose de 200 à 500 mgr. 2 à 4 fois par jour et l'on peut même aller jusqu'à 6 gr. par jour.
GAIACOL, MODE D ACTION. ACTION ANTIPYRETIQUE.
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Une autre application thérapeutique du gaïacol a fait demièrenieot beaucoup de bruit. Je ne parle pas de l'application interne dans le diabète sucré (Clemens), mais <lu fait, découvert par Sciolla , que le badigeoimage d'une partie , non trop restreinte, de la peau avec du gaïacol {2 ce. ju3(tu'à 10 ce.) produit un abaissement tellement intense, et rapide delà température, que cette médication constitue une des méthodes antipyrétiques les plus actives. Le fait luimême est incontestable (Forlanni . Amiotti, Stoltzënburg, Thayeb, LiNossiER et Lannois, Guinard, etc.). Au point de vue théorique il est des plus intéressants, vu que l'abaissement de la température â la suite de cette application épidermique ne reconnaît paa seulement pour cause une excitation des nerfs sensibles périphérilUes , qui , par action réflexe retentit sur les centres thermogènes
'accord avec les belles expériences de Heidenhain en 1872), mais en même temps l'introduction dans le torrent circulatoire d'une quantité relativement grande d'une substance toxique, qui exerce une action déprimante directe sur les centres thermogônes. Le gaïacol , substance très volatile , est absorbé très rapidement après le badigeonnage, et ae retrouve après quelque temps à la surface du canal alimentaire et dans l'urine. Voilà pour l'action réaorptîve. Quant à l'excitation des nerfs périphériques sensibles , elle n'est pas moins réelle. Le gaïacol se montre en effet un analgésique puissant en appHcation épidermique, et Brill, Aposti, Ferrand l'ont employé avec succès dans le traitement de la pleurodynie, des névralgies et des rhumatalgies. Comme méthode thérapeutique le badigeonnage au gaïacol ne vaut pas grande chose dans le traitement des fièvres et des pyrex i es. L'abaissement de la température est accompagné de symptômes alarmants; les malades s'en trouvent très mal (sueurs exténuantes, faiblesse) et l'abaissement lui-même est suivi après quelques heures de frissons intenses et du retour de la fièvre. Il est très probable que les mêmes effets puissent être obtenus en appliquant la créosote la même manière. Mais la créosote est encore beaucoup plus
iiique et caustique que le gaïacol, qui lui aussi peut déterminer mort à une dose de 5 ce. (v. Wrss). Pour le moment je vous
mseille décidément de vous abstenir de toute application autre |Ue l'application interne de petites doses, et d'attendre jusqu'au
lOment oii les actions physiologique et thérapeutique du gaïacol lur cristaUisé auront été étudiées à fond. Dans cette étude le fait
'aucé par Devoto , que le gaïacol amène un appauvrissement du
,ng en alcalins, méritera une attention particulière.
Pour être complet, mentionnons encore, que Piccinini a vu se iduire de la peptonurie après l'usage du gaïacol (fait, qui ne
lérite pas grande confiance , vu la difficulté de recheijpher les pep-
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tones dans l'urine), que le gaïacol est encore appliqué en injectioDs hypodermiques et rectales , et que dans le traitement de la tuberculose on Ta souvent combiné à Tiode (MASSALONOAetSiLyBSTBB), riodoforme (Mosetig-Moorhof), etc.
Parmi les autres éléments constitutifiB de la créosote, le caéœoL, réther méthylique de Thomopyrocatéchine , à odeur pénétrante et à propriétés fortement irritantes, peut être passé sous silence. Lie CRisoL ou acide crésyliqueB,\i contraire a d'excellentes propriétés antiseptiques, qui surpassent de loin celles du phénol. Il existe naturellement trois variétés de crésol : Tortbo- , le meta- et le paracrésol. A l'état pur ces corps sont très bien solubles dans l'eau (Grubbr), et depuis quelque temps la chimie industrielle à réussi à produire un mélange des trois crésols purs, qu'elle délivre sous le nom de tricrésol, dont une solution Vj^ semble répondre à tous les besoins de la chirurgie antiseptique. Ses propriétés de causticité en font peut-être, comme du phénol, un excellent remède analgésique en application topique (M. Neill); mais, étant relativement peu toxique , il semble surtout indiqué dans la pratique de l'antisepsie intestinale, et Hiller a administré; sous le nom d^eniérihcrisolj du ^'crésol dissous dans l'huile d'olive au moyen du savon de potasse, dans la fièvre typhoïde (100 mgr. de tricrésol 5 ou 6 fois par jour), d'après son dire, avec grand succès. D'un autre côté le mélange de 10 p. d^ithf- Une-diamine avec 10 p. de tricrésol dans un demi-litre d'eau a été vivement recommandé par Schaffer comme un antiseptique excellent
Beaucoup de préparations, dans lesquelles entrent les crésols, ont été introduites dans la pratique antiseptique sous des noms qui ne rappellent pas du tout leur origine. Nous aurons à y revenir, en traitant de la créoline, du lysol, etc. Ici il suffit de nommer le solutol: la solution des crésols dans le crésolate de soude, le solvéol: la solution des crésols dans le crésotinate de soude , et la crésine: la solution des crésols dans le cresoxylacétate de soude, solutions préparées, entre autres, par Hammer, Hueppb.
Ce sont surtout le solvéol et la crésine , qui semblent mériter toute notre attention. Leurs solutions dans l'eau, à réaction neutre , qui ne sont pas même précipitées par les sels de chaux, constituent des antiseptiques puissants, même si leur concentration n'est pas plus forte que de 0.25 p. 100. Elles sont préconisées comme des moyens excellents , donnant une certitude absolue , pour la stérilisation des crachats, des linges, des excréments et ont en même temps un pouvoir désodorisant.