‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 114 sur 130 · DésiNFECTANTS ET DÉSODORISANTS EMPIRIQUES · texte numérisé non relu

DésiNFECTANTS ET DÉSODORISANTS EMPIRIQUES

J'ai rassemblé sous cette dénomination certains moyens de désinfection, qui dans la pratique semblent posséder une valeur réelle, sans que l'on soit à même d'expliquer suffisamment les processus par lesquels s'opère la désinfection, la désodorisation , etc. Bien que leur action dépende en premier lieu de conditions simplement mécaniques; de l'absorption d'odeurs mauvaises, de gaz putrides ; de la condensation , etc. , on ne peut cependant pas nier que des processus chimiques y sont pour quelque chose. Lors de leur application il se produit dans la plupart des cas des phénomènes d'oxydation, mais c'est une oxydation beaucoup plus lente que celle qui se fait sous l'influence des oxydants directs et indirects; et ce processus oxydant lui-même est însuflSsamment connu dans sa nature et son extension.

I. Le plus important de ces désinfectants empiriques est le CHARBON DE BOIS, CARBO LiGNi, qui à l'état scc absorbo de l'oxygène , tout comme la mousse de platine. Cette absorption de l'oxygène donne lieu à une oxydation véritable, comme l'a démontré A. W. VON Hoffmann, qui vit la leucoaniline se transformer en présence du charbon en rosaniUne, comme Cazeneuve et d'autres le confirmèrent pour d'autres substances (Hj S). Le charbon retient les albumines, les matières colorantes, le sucre, certains métaux (les systèmes de filtration, utilisés autrefois pour purifier l'eau de pluie, qui avait parcouru des tuyaux de plomb, se composaient surtout de charbon de bois et de sable marin), le phosphore et les alcaloïdes. Il constitue un excellent moyen pour faire disparaître des odeurs désagréables, fait déjà connu depuis l'antiquité. La Illmo édition de notre pharmacopée ne fait plus mention que de charbon de bois , et le charbon animal (chart)on d'os , carbo ossium)^ réellement plus actif, qui figurait encore dans la Ildc édition, a disparu de la Illme. Notre Pharmacopée n'exige pas que le charbon de bois , comme celui de Belloc , soit préparé au moyen d'une plante déterminée (les petites tiges du populus italica); elle exige simplement que la combustion du charbon ne laisse persister que 2®/ç de cendres, et qu'il provienne lui-même de charbon de bois incandescent. Les sels , renfermés encore dans le charbon , ne sont

CHARBON DE BOIS ; PANSEMENT à LA TOURBE.

certes pas sans action et la différence constatée entre les diverses espèces de charbon dépend sana doute en majeure partie delà nature et de la quantité de ces sels.

En saupoudrant des plaies putrides ou des ulcères au moyen de charbon finement pulvérisé, l'odeur disparaît. En faisant prendre du charbon de bois contre les éructations fétides , accompagnant par ex. les ferraentationa anormales si fréquentes à la suite de dilatation gastrique et de catarrhe chrouique de l'estomac, on obtient identiquement le même résultat.

L'emploi thérapeutique du charbon se déduit aisément des faits que nous venons d'exposer. Et cependant, quoique sana raison à mon avis, il n'est presque plus usité comme désinfectant externe, excepté comme poudre dentifrice, etc., et, en Angleterre comme eu Amérique, sous forme de cataplasme de charbon de hois (pain , farine de lin, eau et charbon de bois). On l'emploie, au contraire, encore toujours avec succès à l'intérieur comme antiseptique intestinal contre la diarrhée, la dysenterie, les entérites estivales, Vectasie gantrique, et en général en cas de fermentations anormales au niveau de l'estomac et de l'intestin, accompagnées de production d'acides gras volatils et de gaz putrides. A ses propriétés désinfectantes s'en joignent encore d'autres de non moindre valeur. En effet le charbon n'est pas irritant; il ne développe donc pas d'action locale en présence des tissus ; par son insolubilité il représente un agent totalement inoffensif'), et , comme il peut être pris en grandes quantités, il est capable d'augmenter la péristaltique. En Allemagne et en France on utilise souvent à cet effet des pastilles composées de charbon de bois, de gomme et de sucre, ou des biscuits au cliarbon, préparés à la manière des „Peek-freean biscuits". On l'administre sous ces formes à dose de '/, à 1 gr. plusieurs fois par jour.

II est évident que le charbon peut rendre d'éminents services quand il s'agit de désinfecter des cadavres, des latrines, etc. Mais l'exposé de ces faits est plutôt du domaine de l'hygiène.

D'autres substances plus grossièrement divisées, possédant un grand pouvoir d'absorption, comme la tourbe et d'autres matières pareilles, rendent également des services signalés dans la pratique hygiénique en Heu et place du charbon finement divisé. Malgré donc que les propositions de Neubbr et de Redon de mettre à profit les excellentes propriétés protectrices de la tourbe dans le traitement antiseptique et désodorisant des plaies , n'ait trouvé qu'un accueil peu enthousiaste et malgré que leur pansement à la tourbe ne soit employé que rarement ou jamais, on ne peut cependant pas faire

') Nous rappelons en pnsunt que < «es par les lencooytes et lranBport<^,=

Il particnleR (Je charbon peuvent ètieinoorponsi aux (^nglioQS 1vinp1i8tiqneEi , an foie, etc.

410 XXVI. DESINFECTANTS, DESODORISANTS.

valoir d'objections fondées contre l'utilité thérapeutique d'un pareil mode de pansement.

II; Sulfate ferreux brut (Sulfas ferrosus crudus). Je pourrais à la rigueur garder le silence sur ce désinfectant, dont on a tant parlé autrefois. Il n'est utilisé chez l'homme, comme moyen désinfectant, ni à l'intérieur ni à l'extérieur. Toutefois Pettenkofer (1866) en a vivement recommandé l'usage, en temps d'épidémie cholérique , pour désinfecter les matières fécales. Pettenkofer espérait neutraliser la fermentation alcaline des excréments cholériques, grâce à la réaction acide qui se développe sous l'influence du Fe SO^ , et de ramener le H, S . y renfermé à la forme de Fe S. Mais son espoir fut vain. Nous connaissons depuis cette époque, grâce à KocH, le bacille du choléra, nous connaissons aussi aujourd'hui pas mal de meilleurs moyens désinfectants et bactéricides que le sulfate ferreux , que je n'ai pas voulu laisser sans mention exclusivement par respect pour l'histoire de la désinfection durant ce siècle.

III. Chloroaluminium. Chlorure d'aluminium. Je veux enfin mentionner encore parmi ce groupe le chloroaluminium^ qui a été peu usité chez nous, en France et en Allemagne, mais que les Anglais et les Américains prescrivirent relativement souvent. Ce corps fut autrefois prôné avec insistance dans les journaux anglais sous lo nom quelque peu trompeur de chloralum et trouva surtout un partisan convaincu dans le prof. Gamgee. C'est un antiseptique inorganique qui possède une grande affinité pour l'albumine et pourrait donc rendre des services comme caustique et astringent , mais qui en outre, employé sous forme de poudre, absorbe et condense. Il fut thm\nt tout un temps en honneur dans la pratique hygiénique oonuno un des meilleurs moyens pour désinfecter les égoûtsetles conduites d*eau, mais n'a jamais trouvé accès dans la pratique n\i\lioiUo.

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