‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 116 sur 130 · XXVII. THÉRAPEUTIQUE ANTI2YM0TIQUE ET ANTISEPTIQUE · texte numérisé non relu

XXVII. THÉRAPEUTIQUE ANTI2YM0TIQUE ET ANTISEPTIQUE

respectable, rend dans un cas donné notre choix excessivement difficile. Mais Vous comprendrez que Vembarras du choix augmente encore, si vous vous rappelez qu'il y a toute une série d'autres substances chimiques, qui ont été introduites en thérapeutique dans des buts tout à fait diffiférents , par ex. des combinaisons métalliques, des essences, des substances volatiles, des alcaloïdes, et qui n'en possèdent pas moins à un haut degré des propriétés antizymotiques (p. 273). Pour ce qui regarde les alcaloïdes^ vous connaissez déjà les propriétés antiseptiques des sels de cinchonine et de caféine, dont nous parlions à propos de Tantiseptol, et quoique Cadéac reconnaisse seulement la coniine et la nicotine comme des antiseptiques véritables, nous verrons plus tard que les sels de quinine peuvent certainement compter parmi les bons antiseptiques. Mais il convient surtout d'appeler ici votre attention sur les excellentes vertus antizymotiques des essences d'une part, du chloroforme et de l'éther de l'autre, des substances volatiles en général.

C'est un fait de notoriété générale , que déjà dans les temps les plus anciens l'on se servait d'aces H d'huiles éihérées aromatiques pour combattre la putréfaction , pour embaumer les cadavres. C'est en se basant sur ces faits que Buchholtz d'abord , puis Cadêac et Meunier, Omelchenko et Black établirent avec précision, dans une suite d'expériences instituées ad hoc , l'effet bactéricide des huiles essentielles, et surtout de leurs vapeurs. Ces auteurs aboutirent à la conclusion que les essences de canelle , de thym , de galbanum, d'opoponax, de térébenthine, de menthe, de fenouil, de lavande, de clous de giroffles , d'eucalyptus , etc. . . tuent les bactéries et leurs spores déjà à très forte dilution (essence de cassia 1 : 4000) et neutralisent les ferments. On peut donc affirmer en toute confiance que les terpènes aussi bien que les camphènes, que le camphre de laurier aussi bien que le menthol , le cinéol , etc. . . représentent d'excellents antizymotiques; et dernièrement encore Ingranini a prouvé que l'essence d'ail , le sulfure d'allyle (C, H,), S , est un des antiseptiques les plus puissants vis-à-vis des vibrions du choléra et de leurs spores.

Ce sont surtout les vapeurs, comme je viens de le dire, dont l'action antiseptique est la plus puissante. Quoi de plus naturel alors que les pharmacologues de nos jours, qui se sont mis avec tant d'assiduité à la recherche du meilleur des antiseptiques, se sont arrêtés à des corps gazeux, comme le chlorure de benzoyle, et le formiate d'éthyle, qui se dédoublent au contact de l'eau, et dont le dernier à l'état chimiquement pur ne semble produire aucun eflfet nocif (Drossbach)? Quoi de plus naturel encore que l'on s'est tellement préoccupé dans ces derniers temps du for-

alcaloïdes, essences, POBMArjNB, CmX)ROP()RMK, ÈTHKR. 413

maldéhyde {formol, forinnline) qui a été l'objet d'une série de recherches luhorieiises de la part de Berlioz et Trillat, d'ARoxsoHN, de VAS Erjienqhkm et Sugq , de Vanderlindbn et de Buck, de Mosso et Paoletti, de Tollens, Dieudonné etc.? Ces expériences ont donné coname résultat général, q^ue le formaldéliyde CH, O, qui est un corps gazeux, et dont la forme liquide représente une solution à 40°/„ de formaldéhyde dans l'alcool métbylique, ne peut être considéré ni comme un antiseptique puissant , ni comme une substance iiioffensive (Pohl). Oans la pratique cependant il s'est moutré un agent de premier ordre , quand il s'agit de désinfecter des lieux contaminés , des chambres , des objets. C'rat un désinfectant à bon marché, dont le poids spécifique égale celui de lair atmosphérique, qui pénètre avec la plus grande facilité partout, et dont la préparation il l'aide de la lampe de Tollens est excessivement simple.

Le chloroforme, qui a l'odeur agréable d'une huile éthérée, surpasse le formaldéhyde, les terpènes et les campliônes par son pouvoir antizymotique. Les expériences de Salkowski ont démontré qu'il paralyse tous les processus ferinontatifs qui reposent sur la vitalité des microorganiemes. Il entrave, comme l'avait déjà avancé MuNTZ, ily a 13 ans, à un haut degré l'action des enzymes {Fokker); il forme, dissous dans l'eau à raison de 0,7'/o. un excellent liquide conservateur et est parfaitement à même de tuer les microbes pathogènes, sans cependant, fait confirmé également par Kirchner, détruire leurs spores. D'après tout ce qui précède, il s'entend que des cultures microbiennes deviennent stériles dès qu'on les expose à une atmosphère de chloroforme ou d'éther. L'emploi thérapeutique du chloroforme comme antiseptique ne s'est pas fait attendre. Després a appliqué le chloroforme dans la tuberculose, Stei'P, Werner, Palma l'ont employé comme antiseptique intestinal dans la fièvre typhoïde. Ces derni&rs se disent assez coiitents des résultats obtenus par un traitement consistant à administrer toutes les heures 1 ou 2 cuillers d'eau chloroformée à 1°/, oii une cuiller d'un mélange de 'j, à 1 gr. avec 150 gr. d'eau. Quant à moi, je serais peu content si je vous voyais à l'avenir prêts S, suivre dans votre pratique de pareilles innovations, dont l'utilité est tout à fait problématique. Ce qui a été dit du chloroforme s'apphque aussi à l'éther comme antiseptique, et Gil, entre autres, n'a pashésitéà recommander des lavements d'éther dans le traitement des maladies infectieuses, qui ont leur origine dans le tube digestif.

Vous voyez donc que nous n'avons que l'embarras du choix en fait d'antizymoliques. Mais parmi cette foule de remèdes quel est celui qui mérite la préférence? voilà ce qui se demande le prathérapeute en paraphrasaiit le mot de Goethe: oWelchem

414 XXTOL YmmÊLàrmrsXin, AsnmoiiQCK et aktebbptique.

UrLfïtftrxkiasm «E kâi oeci Prof gebtn" (Aaqud des immortels i»r ià^^^rû ôxiuet jfir pfixîw Pour poiiTw oi décider, somnettons jtt i :33k *Taiirrafg{ compfcrhrif: éTaîuoos lear piussance OHazymotique ta nbteiCr ytxnpi o'jtt kor uaiôÊé.

Comparoai €£. premier Iî»i les {«opriètés bactéricides et antiferx&CfSLUdzree «ies différente andzrmotîqQeB i l'aide de tableaux STXJOpcîqcMe y eiDpmniée aux umTanx de Btchholtz, Jalan delà Cbocc, Kôhs, KKAJKw^a^ Baxtee. Koch. Sichkt, Martkns, Steksbcbg. C. Paul.

A an point de Tue généfal, le tablea de Richet mérite tout d'abord nocre attention. II fait connaître le pouvoir de résistance relative des bactiaies coltivées dans on miUea composé d'eau de mer, de peptone et d'orine, vis-à-vis des sels de métaux lourds, de métaux alcalino-terreux et alcalins. Au premier coup d'oeil vous vovez que les propriétés bactéricides les plus énergiques appartiennent aux sels de mercure et les plus faibles aux sels de potassium.

Tableau 1.

Quantité de différents seb inorganiques nécessaire pour empêcher le développement et la multiplication

des bactéries.

Sels de mercure .

5 milligrammes

par litre.

„ „ zinc . .

„ „ cadmium

„ „ cuivre. .

rt Ji

„ „ baryum .

. 3,35 grammes

» Ji

„ „ calcium .

„ , sodium

„ „ potassium

Nous faisons suivre ici immédiatement un tableau synoptique <)iiil)ruiit6 aux travaux de Buchholtz, Kûhn et Jalan de la (ÎKoix, qui sous la rubrique A signale la quantité capable de tuer et sous la rubrique B la quantité capable d'empêcher la prolift ration et la multiplication des bactéries, alors que les nombroH iu(li(iuont la quantité maximale de liquide dans laquelle l'unité (U) la Hubstiince antizymotique réussit encore à atteindre le but

OOMPARAISON ENTRE LES DIFFERENTS ANTIZYMOTIQUES. 415

Tableau IL

Propriétés bactéricides de divers aiitizymotiques vis-à-vis de microorganismes cultivés dans:

Jk.

Infusion de

Infasion de

Bouillon de

tabac

pois

viande

(BUCHHOLTZ).

(KÙHN).

(de la Croix).

Chlore. . . .

Iode

Brome ....

Chlorure de chaux

Acide snlfurique.

Borax ....

Permanganate de potasse . . .

Sublimé . . .

Alcool ....

Phénol. . . .

Thymol . . .

Acide benzoïque.

„ salicylique.

Borosalicy late de soude . . •

Eucalyptol . .

Essence de moutarde. . . .

Acide picrique .

Il faut, à mon avis, attribuer une grande importance à ces expériences comparatives, instituées toutes dans un même laboratoire, celui de Dragendorff, et d'après une seule et môme méthode. Elles imposent la conviction , tout comme les chiflFres publiés par Miquel — et je fis chaque année remarquer ce fait à mes auditeurs, alors que le phénol passait encore pour le seul antizymotique valable — que le chlore, le brome et Tiode figurent en tête de liste en fait de pouvoir bactéricide (ils sont d'ailleurs à la fois antiseptiques et désinfectants) et que d'autre part le sublimé surpasse de loin le phénol; en eflfet le premier est actif en proportion de 1 sur 20000, le second seulement en proportion de 1 sur 200. La comparaison nous démontre en outre à l'évidence que le phénol est encore inférieur aux acides salicylique , benzoïque, au thjnnol, qu'il appartient en un mot au croupe des antizymotiques faibles.

Mais la chose cou-

416 XXVn. THÉKAPEDTiqOS ANTIZVMOTiqaB ET ANTISEPTIQUE.

iiaitre le pouvoir antizymotique en général d'une substance donnée, mais d'être renseigné sur sa propriété de tuer ]es bactéries pathogènes et de rendre inoffensifs les agents infectieux.

L'effet exercé par le chlore, le brome, l'iode, le sublimé, le phénol, etc. sur les bactéries d'une infusion de tabac n'est pour lui qu'une simple indication , jusqu'à un certain point môme sans importance. Abordons donc la véritable puissance antizymotique, dont l'étude comparative a été faite d'abord en employant le sang d'animaux infectés , dont des épreuves de contrôle avaient

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