DIFFERENCE D ACTION CHEZ L HOMME SAIN KT MALADE
conditions changées , qui fout en sorte que le réaultat final de l'effet chez le malade, l'effet thérapeutique, e'écarte parfois en apparence du tout-au-tout de l'etFet physiologique, malgré que la réaction se soit opérée dans les mêmes organes ou groupes organiques. Dans la pluralité des cas, on administre des remèdes qui, pour pénétrer jusqu'au milieu intérieur de l'organe sensible, demandent à être introduits dans le sang. Or si vous considérez combien cotte introduction (résoyption) pourra être modifiée à l'étal pathologique, vous comprendrez qu'en administrant une dose égale d'un seul et même médicament, la fraction, qui en arrivera jusqu'à l'organe sensible, pourra être très différente en cas de santé et en cas de maladie. Représentez vous en outre l'état d'irritabilité tout différent , dans les cas pathologiques, des tiesus cellulaires, des éléments organiques, jusqu'au milieu intérieur desquels le médicament parvient, leur équilibre devenu ou plus stable ou plus labile qu'il l'état physiologique, de sorte qu'une excitation légère peut entraîner un effet d'intensité disproportionnée ou une excitation forte produire un effet relativement trop faible, et vous aurez en main le mécanisme qui vous explique une série de phénomènes en apparence contradictoires.
Nous ne vous citerons provisoirement que les deux exemples qui suivent pour coofirmer nos aaaertions. L'opium influence, tant chez l'homme sain que malade, un ensemble d'appareils qui gouvernent les mouvements péristaltiques de l'intestin. Le résultat définitif de la réaction entre l'opium et ces appareils consiste dans un ralentissement du mouvement péristaltique , dans une diminution du nombre des selle-s tant normales que diarrhéiques. Dans la péritonite an contraire, daus la colique saturnine, l'administration de l'opium entraîne un résultat tout à fait opposé. Ici en général l'opium, qui est constipant, développe un effet laxatif. Pourquoi? Parceque dans le cas de péritonite , de colique saturnine , les appareils nerveux , régissant le périataltisme intestinal, se trouvent dans un état d'hyperexcitabiiité et que cette irritabilité anormale est continuellement entretenue dans le premier cas par l'excitation des fibres nerveuses sensibles, dans le second cas par l'atome de plomb circulant dans l'organisme. Or l'opium enlève, comme nous le disions, l'hyperexcitabiUté; il a un effet astbénique, calmant; l'appareil de la péristaltique retourne à son état normal et reprend sa fonction régulière. II faut ajouter qu'à cause de l'état pathologique intestinal l'opium se résorbe plus lentement et en plus faible quantité; il arrive rarement que, môme après l'usage de doses relativement fortes, il pénètre jusqu'au milieu intérieur de l'organisme autant d'opium que dans l'état physiologique.
Nous empruntons !e second exemple à l'etTet différent produit
78 VI. EPPBT PHYSIOLOGIQUE ET EPPET THERAPEUTIQUE.
par les antithermiques à l'état de maladie et à l'état de santé. Ces substances agissent , dans le premier cas comme dans le second, sur le même appareil, qui gouverne la régulation de la température. Or chez l'homme sain, à température normale, on ne constate de l'abaissement thermique qu'après l'administration de doses très fortes, manifestement toxiques: chez les fébricitants, au contraire , du moment que les antipyrétiques agissent, il suffît de doses relativement faibles, pour entraîner toujours et invariablement l'hypothermie, sans que d'ordinaire on constate des symptômes toxiques. On peut parfaitement expliquer ces phénomènes contradictoires en admettant chez l'individu sain , apyrétique, une excitabilité du centre thermo-régulateur, qui tranche avec l'instabilité de l'équilibre où se trouve ce même centre chez les fébricitants pendant toute la durée de la maladie pyrétique.
Prenant en considération l'organisation compliquée de l'être vivant et notre connaissance imparfaite des modifications qui s'y opèrent dans les cas pathologiques, nous croyons nécessaire de défendre énergiquement le „in medicina plus valet experientia quam ratio"; de regarder comme une source d'instruction nécessaire les observations pharmacothérapeutiques , recueillies par la clinique. Mais si nous désirons connaître, avec une certitude parfaite, les organes et les groupes organiques qui se distinguent par une électivité spéciale vis-à-vis du médicament employé; si nous voulons appuyer notre intervention clinique empirique sur une base vraiment scientifique et reconnaître l'origine et la valeur de la source pharmacothérapeutique , nous ne pouvons pas un instant nous dispenser des recherches sur l'action physiologique des médicaments. C'est dans la voie scientifique seule que nous trouvons le guide qui mérite notre confiance.