IGNIFICATION , STYLE ET PLAN DE LA RECETTE
vue; et je vous donne le conseil d'avoir dans votre bibliothèque un traité de l'art de prescrire.
n est superflu de vous dire que la prescription d'après laquelle le pharmacien délivre des médicaments, et qui témoigne de l'habilité du médecin dans l'art de formuler, est /'„0)-donnBHce" écrite par le médecin. L'ordonnance consiste simplement en une demande faite par écrit au pharmacien de donner une forme déterminée à des médicaments qu'on indique, de les préparer et de les délivrer. C'est ce qui explique pourquoi sur le papier destiné à l'ordonnance, en haut et à gauche, le médecin commence par écrire un R. Ce R signifie Recipe, c'est-à-dire prenez dans votre officine les médicaments suivants aux doses que je vais indiquer. Au début ce R, que les médecins romains barraient d'un trait oblique, I^ , avait la signification d'une invocation à Jupiter. On invoquait le plus puissant des dieux, afin qu'il donnât son appui à la tentative faite par le médecin pour secourir le malade. Ce qui le démontre, c'est, entre autres, le fait que les premiers médecins chrétiens ne mettaient pas la lettre R sur leurs ordonnances , ou bien qu'ils la remplaçaient par une croix ou un I. H. S. (in hocsigno).
Nous prescrivons encore toujours en latin, de même que les allemands et les anglais; je doute que nous en arrivions jamais, comme les Français, à rédiger nos ordonnances entièrement dans notre langue maternelle. Comme nous disons au pharmacien: prenez autant et autant de telle et telle substance , il va de soi que les substances mentionnées doivent être au génitif, et les quantités pondérales à l'accusatif. Conformément à la tradition et à l'idiome admis, nous n'écrivons ^pas : R, gramniata decem hromureti kalici, mais bien: R Brontureii kalici grammata decem, ou bien en écrivant pour plus de facilité les quantités en chiffres : R. Bromureti kalici gram. 10.
On attachait autrefois une grande importance aux ordonnances, tant pour leur prescription que pour leur exécution. Celui qui se présentait devant la „gilde", la confrérie des pharmaciens, pour subir l'épreuve relative à la préparation des médicaments, devait — comme j'ai pu, par exemple, le vérifier pour Jacques Swammerdam, le frère de Jean Swammerdam, d'après des documenta conservés dans les archives de notre ville — préparer une ordonnance très compliquée, dans laquelle entraient parfois une vingtaine de substances et même davantage — „Mau8endreclt und Coriander, ailes durch einander" (assemblage de souris et coriandre, tout pêle-mêle).
Actuellement nous estimons beaucoup plus le „simplex veri aigillum de Boebhaave; nous prescrivons un peu moins d'ordonnances et aussi des ordonnances moins complexes que celles affec-
tDuées par nos ancêtres ou même par nos prédécesseurs plus directs.