Leçons de philosophie
Les logiciens sont loin d’être d’accord sur l’objet et le bul de 1? Logique. Le plus sûr moyen de déterminer cet objet avec précision, c’est d’opposer la Logique aux autres sciences, dont l’objet propre est reconnu sans contestation.
Elle n’a pas pour objet une réalité, connue les autres sciences, mais ces sciences mêmes. — Or, tout d’abord, des sciences autres que la Logique s’étant partagé l’élude des réalités existantes, la Logique n’est la science d’aucune de ces réalités. Elle n’a pour objet ni l’étude du monde des corps, laquelle est l’objet de la Physique ; ni l’étude de l’âme et des laits (historiques, sociaux, etc.) qui la manifestent, laquelle est l’objet des Sciences psychologiques; ni l’étude des causes premières, laquelle est l’objet de la Métaphysique.
D’autre part, tout le monde accorde que la Logique n’a pas pour objet les grandeurs abstraites, matière des Mathématiques; ni le devoir ou le droit, matière des Sciences morales.
Les diverses sciences autres que la Logique semblent ainsi avoir épuisé la matière de la science possible. D’où cette conclusion, que
RAB1FR. — Logique. 1
la Logique n’aura point d’objet propre, à moins que ces sciences elles-mêmes ne puissent constituer à son usage un nmvel objet. C’est en effet ce qui a lieu.
Dans toute science il y a deux choses à distinguer : la matière, c’est-à-dire l’objet étudié; la forme, c’est-à-dire l’ensemble des opérations que l’esprit accomplit et des procédés qu’il met en œuvre pour faire la science de cet objet. La Logique sera la Science de la science ( ars artium , Bacon); ou la Science de la forme de la science, c’est-à-dire la Science des opérations et des procédés par le moyen desquels est constituée la science.
Distinction de la Logique et de la Psychologie. — L’opposition de la Logique et des autres sciences, en général , permet donc une première détermination de l’objet de la Logique; l’opposition de la Logique et delà Psychologie, en particulier, aura pour effet une détermination plus précise de cet objet.
La Logique, avons-nous dit, est la science des opérations de l’esprit nécessaires pour faire la science ; mais la Psychologie, qui étudie l’âme humaine en général et l’intelligence en particulier, n’est-elle pas aussi la science de ces opérations ? La Logique fait donc double emploi avec la Psychologie? — Il en sera ainsi, à moins que ces opérations ne puissent être étudiées à deux points de vue différents.
Étudier ces opérations en elles-mêmes, pour en connaître la nature, les caractères, de manière à pouvoir, au bout de cette étude, en donner la définition et les lois, voilà un premier point de vue : c’est le point de vue psychologique.
Étudier ces opérations par rapport à la fin à laquelle elles tendent, à savoir : la connaissance de la vérité, de manière à pouvoir, au bout de cette étude, assigner les règles qui en assurent la légitimité, la sûreté, l’efficacité, voilà un second point de vue : c’est le point de vue logique L
1. Les mots lois nécesssaires de la pensée, souvent employés pour désigner l’objet propre de la Logique, sont amphibologiques (cf. Bain, Log., tr. fr., t. II, p. 45). Veut-on parler des lois réelles auxquelles, en fait, aucune pensée ne peut se soustraire, comme celles-ci : il n’y a pas de jugement qui ne présuppose deux idées; tout jugement est accompagné ae croyance , etc.? Ces lois qui déterminent la nature de nos opérations, c’est à la Psychologie qu’il appartient de les constater. — Veut-on parler des lois idéales auxquelles notre pensée doit s’assujettir sous peine de s’égarer? Fixer ces lois, tel est bien l’objet de la Logique. Mais dans ce cas le mot règle serait plus clair.
Le mot nécessaire aussi doit être bien compris. Puisqu’il s’agit de règles auxquelles la pensée ne doit pas se soustraire, mais auxquelles elle peut se soustraire, sauf à tomber dans l’erreur, l'absurdité, le mot nécessaire ne doit pas