NEUVIÈME LEÇON
Règle pour trouver le terme moyen, — Division du syllogisme. —
Sophisme.
Règles four trouver le terme moyen,
La proposition que l'on voudra démontrer par le syllogisme ne peut être que l'une de celles-ci : A, E, I, 0, parce que la proposition singulière équivaut en logique à A ou à E. Et la raison en est que le terme singulier comme le terme universel se prennent suivant toute leur extension. Ainsi, quand je dis : Tout homme est raisonridble, il n'y a pas de sujet homme qui n'y soit compris : et de même, quand je dis : Dante est un grand poëte, on entend tout ce qui est signifié, et cela seulement, par le mot Dante
a) Quand on veut démontrer A, le terme moyen est le conséquent du sujet et l'antécédent de l'attribut. Veut-on, par exemple, démontrer que toute vertu est aimaUe ? Le terme moyen sera lonne, par ce que lonne se rapporte au sujet vertu comme conséquent ; de cette manière, c'est une vertu; donc elle est bonne. Bonne est encore antécédent de l'attribut, car on dit justement : elle est donne; donc, elle est aimaUe. Donc, nous ferons ainsi notre syllogisme : Tout ce qui est Ion est aimaUe; or, toute vertu est lonne; donc, toute vertu est aimaUe, Il est en Malaaa, c'est-à-dire du 1" mode de la T"'' figure.
l) Quand on veut démontrer E, il peut y avoir deux termes moyens : 1° en prenant le conséquent du sujet et ce qui ne peut pas s'accorder avec l'attribut, c'est-àdire ce qui répugne à l'attribut, on pourra faire le syllogisme en Ternate, 2® mode, de la P® figure. Par exemple, on veut démontrer que nulle âme humame n'est mortelle : on prendra comme terme moyen spirituelle, qui s'accorde avec âme humaine, et répugne à mortel^ et l'on dira : IVulle âme spirituelle n'est mor^ telle; or, toute âme humaine est spirituelle; donc, 7iuUe âme humaine n'est mortelle. On pourrait aussi le faire en Gerace, l^"" mode de la IP figure : Nulle loi ne doit être méprisée; or, tout ordre injuste doit être méprisé : donc, nul ordre injuste ne peut être une loi. 2° En prenant ce qui répugne au sujet, et le conséquent de l'attribut de la conclusion E, on trouvera un bon terme moyen ^e^r Atene, le 2® mode de la IP figure : Tout homme oisif est adonné au vice ; or, nul homme, digne de louange, n'est adonné au vice ; donc, nul homme, digne de louange, n'est oisif.
c) Quand on veut démontrer I, le moyen terme est ce qui répugne au sujet, et est l'antécédent de l'attribut; on aura aussi un syllogisme mParigi, 3® mode de la P® figure. Veut-on prouver cette conclusion : Quelque religion est fausse? On prend comme terme moyen : Commander des choses qui vont contre la loi naturelle, ce qui répugne au sujet et est l'antécédent de l'attribut, et l'on aura un bon syllogisme. Nous laissons de côté, comme peu importante, la recherche du terme moyen dans le 1% le 3® et le 4® mode de la IIP figure.
d) Quand on Veut démontrer 0, le terme moyen doit être l'antécédent du sujet et ce qui répugne à l'attribut : tel est le terme moyen du syllogisme suivant en Treviso : Nul voleur sacrilège ne peut avoir une fortune stable; or, il y a des riches qui sont des voleurs sacrilèges : donc, il y a des riches qui ne peuvent pas avoir une fortune stable. — Il n'est pas non plus nécessaire de chercher le moyen terme, pour démontrer la conclusion du 3® et du 4^ mode de la IP figure, et du 2% du 5^ et du 6^ de la IIP figure.
Divisions du syllogisme.
Le syllogisme est simple ou composé. Le syllogisme simple est celui dont les propositions sont simples^, et le syllogisme composé est celui dont les propositions sont composées.
a) Les syllogismes simples sont : 1*" Le syllogisme catégorique, dont nous avons parlé jusqu'ici, et dont nous avons donné de nombreux exemples.
2. Benthymème, qui, aujourd'hui, est un syllogisme catégorique, oii l'une des prémisses est sous-entendue. Aristote appelait enthymème un syllogisme qui tire une conclusion probable de deux prémisses probables, suivant la 2° loi du syllogisme.
3. Le sorite, qui est une série de syllogismes catégoriques, enchaînés les uns aux autres. Il est construit de telle sorte que l'attribut de la première proposition, devient le sujet de la seconde; l'attribut de la seconde, devient le sujet de la troisième, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on s'arrête à une conclusion formée du sujet de la première^ et de Y attribut de la dernière. Par exemple : Dieu est Vêtre nécessaire; F être nécessaire est très-parfait; Vêtre três-parfait, est un être tout-puissant; Vêtre tout-puissant , peut faire tout ce qui n'implique pas contradiction; donc, Dieu peut faire tout ce qui n'iynpliquepas contradiction. Le sorite sera bien fait, quand, divisé en autant de syllogismes qu'il y a de propositions moins deux , chaque syllogisme sera conforme aux règles que nous avons données. Du reste, on peut remarquer qu'il en sera ainsi : l"" quand V attribut de la proposition précédente deviendra le sujet de la proposition suivante, sans aucun changement ; 2° quand il n'y aura aucune proposition particulière après la première, et si elle est particulière, la conclusion devra aussi être particulière ; G"" quand il y a une proposition négative, et il ne peut y en avoir qu'une, elle sera placée immédiatement avant la conclusion : et dans ce cas, la conclusion sera elle-même négative.
\. Le pol y syllogisme est un syllogisme catégorique, auquel on ajoute un autre syllogisme également catégorique, dont la première prémisse est la conclusion du
syllogisme précédent, par exemple : La religion qui a Dieu 'pour auteur ^^ est la vraie religion; or, la religion chrétienne a Dieu j^our auteur; donc, la religion chrétienne est la vraie religion; donc, on doit embrasser la religion chrétienne.
h) Les syllogismes composés sont : l*" Le syllogisme coj^ulatif, qui contient une proposition copulative : et pour qu'il soit vrai, il faut, en outre des règles ordinaires, que la proposition copulative soit vraie; par ^ exemple : L'être doué de sens et de raison, lien que < mortel, a une âme immortelle ; or, Vhomme est doué de sens et de raison ; donc, Vhomme, lien que mortel, a une âme immortelle.
Les philosophes modernes donnent généralement ici des exemples qui n'appartiennent point, en réalité, au syllogisme copiilatif, mais bien au syllogisme disjonctif, comme celui-ci : Personne ne peut servir Dieu et l'argent ; or, beaucoup sont esclaves de l'argent ; donc, beaucoup ne servent pas Dieu.
2° Le syllogisme disjonctif, dont la majeure est disjonctive. Voici les règles qu'il doit suivre pour bien conclure : l"" Si dans la disjonctive il n'y a que deux membres, quand on nie ou qu'on affirme l'un d'eux, il faut nier ou affirmer l'autre dans la conclusion : Vous êtes un ami véritaUe ou faux; or, vous n'êtes pas îin ami véritable : donc, vous êtes un faux ami. 2° S'il y a plus de deux membres, quand on en nie un dans la mineure, on affirme, avec disjonction, tous les autres dans la conclusion; et quand on en affirme un dans la mineure, on nie absolument tous les autres dans la conclusion. 3° La disjonction doit être adéquate, c'està-dire telle qu'on n'y puisse pas faire entrer d'autres membres.
3° Le syllogisme conditionnel, dont la majeure est conditionnelle. Il doit pour être bon : l"" ou bien affirmer la condition dans la mineure, et, dans ce cas, affirmer aussi la chose conditionnelle dans la conclusion ; 2° ou bien nier la chose conditionnelle dans la mineure, et la condition dans la conclusion. Exemple : iSi vous vous taisez, vous avouez; or, vous vous taisez; donc, vous avouez. — Si V oxygène avait la même nature que
Thydrogèiie, il aurait le mêine mode d'opérer ; or, il n'a pas le même mode d'ojpêrer; donc, il n'a pas la même nature.
ti"" Le syllogisme causal {épichérème), dans lequel on ajoute à une prémisse la cause de. l'union de Taltribut avecle sujet. Pour qu'il soit bon, il faut que cette cause soit vraie.
li" Le syllogisme discrétif {dilemme) , appelé aussi argument à deux tranchants {sillogismo cornuto) parce qu'il a une majeure disjonctive de deux membres seulement, opposés entre eux, et arrangés de telle sorte que l'adversaire est toujours vaincu, quel que soit celui qu'il choisisse. Il faut prendre garde à ce que la conclusion ne puisse pas être rétorquée par l'adversaire. Voici un excellent dilemme contre celui qui condamne sans jugement : Ou ceux que vous condamnez sont innocents, ou ils sont coupaUes ; s'ils sont iomocents, vous commettes une injustice : s'ils sont coupaUes, pourquoi ne voulez-vous ]pas qu'on les juge? Km contraire, on pourrait rétorquer le dilemme fait par celui qui voudrait ne rien faire pour la patrie, en disant : Je dois rester solitaire et oisif : car, si je fais quelque cJiose pour la patrie, ou je chercherai son lien véritable, ou je ne le chercherai pas ; si je cherche son lien véritalle, j'aurai contre moi la foule des méchants : si je oie le cherche pas, j'encourrai l'aversion des honnêtes gens. En effet, on peut dire pour le rétorquer : Vous devez travailler pour la patrie : parce que, si vous cherchez son lien véritable, vous serez loué par les Ions; sinon, vous serez loué par les méchants.
Mais c'est assez nous arrêter sur les diverses espèces de syllogiçme.
Démonstration par Valsurde.
La démonstration par l'absurde est celle qui force V adversaire niant une conclusion vraie et légitime, ou à T admet Ire ou à nier le principe de contradiction. ('omme les formes de la première figure sont trèsévidentes, l'adversaire ne pourra pas les nier : il osera seulement attaquer les conclusions de la deuxième et de la troisième figure. Or, 1° s'il nie la conclusion de la deuxième figure, vous conserverez la majeure, vous
laisserez de côté la mineure, et, à sa place, vous mettrez la contradictoire de la conclusion, qui ne peut pas être niée par l'adversaire, parce que sur deux contradictoires, il doit y en avoir une de vraie. Après cela, vous tirerez la conclusion, qui sera la contradictoire d'une des propositions concédées par l'adversaire, et qui ne pourra pas être niée, parce qu'elle sera tirée dans un mode très-évident de la première figure. Par exemple, vous faites ce syllog:isme : Nulle 'pierre n'est vivante; or, tout homme est vivant ; donc, nul homme n'est une jpierre. L'adversaire nie-t-il la conclusion? Vous direz suivant les lois exposées plus haut : Nulle [Aerre n'est vivante; or, quelque homme est'pierre; donc, quelque homme n'est ])as vivant. Par conséquent, l'adversaire sera forcé de nier le principe de contradiction, parce qu'il devra accorder qu'un homme est en même temps vivant et non vivant.
2'' S'il nie la conclusion d'un syllogisme de la troisième figure, vous l'amènerez au même point, en mettant à la place de la majeure, la contradictoire de la conclusion, et en conservant la mineure. Vous ferez ainsi un syllogisme de la première figura, avec une conclusion opposée à celle que l'adversaire avait déjà concédée.
tSophisine : sa nature et ses divisions.
Le sophisme « est un syllogisme qui paraît bon, mais qui ne l'est pas en réalité ». Le sophisme pèche toujours contre une des règles que nous avons données plus haut, mais avec adresse, et de façon à tromper.
Les sophismes se divisent en deux classes : les so- ^hismes dans les mots, et les sophismes dans les choses.
1° Sophisme dans les mots. C'est a) Y amphibologie. Il y a amphibologie, quand le sophiste se sert d'un mot à double signification, et lui donne un sens dans l'une des prémisses, et un autre sens dans Fautre. Aussi, il semble qu'il n'y ait que trois termes dans le syllogisme, mais en réalité, il y en a quatre. On peut ainsi tirer une conclusion fausse : La colère est une passion ; or, la colère existe en Dieu. ; donc, il y a une passion en Dieu. Dans la majeure, on parle de la colère telle qu'elle se trouve dans l'homme, oii elle produit
une mutation véritable, et pousse à tirer vengeance : dans la mineure, on prend analogiquement la colère telle qu'elle se trouve en Dieu, où elle ne produit aucune mutation : car, c'est seulement par similitude qu'on le dit irrité, quand il punit les coupables. Pour le réfuter, on distingue le sens des prémisses.
1)) Le sophisme chc sens composé^ quand on veut faire entendre qu'une chose doit se prendre en même temps qu'une autre avec laquelle elle ne peut coexister : et le sojMsme dtc sens divisé^ quand on veut faire entendre qu'une chose doit se prendre séparée d'une autre avec laquelle elle doit être réunie.
Exemple : II est impossible que celui qui dort, veille ; or, Pierre dort; donc, il est im'possïble qu'il veille. Pour montrer le défaut de ce syllogisme, on dit : la majeure prise dans le sens composé, avec le sommeil, peut-être concédée ; mais, dans le sens divisé, sans le sommeil^ elle doit être niée comme fausse. De même : Vous avez acheté de la viande crue; or, vous avez mangé la viande que vous avez achetée; donc, vous avez mangé de la viande crue. On distingue la mineure dans le sens composé, c'est-à-dire dans la condition oii elle était quand elle a été achetée, on le nie: dans le sens divisé, dans une condition différente, on l'accorde:
c) Le sophisme ou passage de la signification dans un sens restreint à la signification dans un sens universel ; par exemple : Le savant est digne de louange ; or, cet impie est savant ; donc, il est digne de louange. Dans la majeure on prend digne de louange en tant que savant, et dans la conclusion, universellement : il faut donc distinguei: celle-ci et dire : est digne de louange en tant que savant, je le concède; simplement ou universellement, je le nie.
d) Le sophisme du passage du sens affirmatif au sens exclusif; par exemple : Vous devez vous e /forcer de lien vivre; donc, vous ne devez pas vous appliquera Vétude de la philosophie : il faut distinguer l'antécédent et dire : bien vivre en remplissant vos autres devoirs, je le concède : bien vivre seulement, /e le nie.
2. Sophismes dans les choses. C'est a) Vignorance du, sujet, quand quelqu'un feint insidieusement de ne pas
savoir quelle est la question, et va battre la campagne sans y entrer. Et cela arrive souvent, parce que quand on ne se trouve pas capable de raisonner sur un point déterminé, on porte ailleurs la discussion sans que ceux avec qui Ton parle s'en aperçoivent.
h) Le cercle vicieux, (juand, avec des mots différents pour cacher la ruse, on prouve une chose par une autre, et cette dernière par la première.
c) La pétition de principe : on y tombe quand, pour prouver une chose, on en suppose, comme vraie, une autre qui peut être niée avec plus de raison encore.
d) L'erreur sur la cause : quand on donne pour cause ce qui précède simplement une chose, suivant Tancien adage sophistique : Post hoc, ergo ex Jioc ;om encore ce qui l'accompagne. Les physiciens, les jurisconsultes, les médecins sont très-exposés à tomber dans ce sophisme.
e) L'induction imparfaite ; quand après avoir énuméré quelques cas particuliers sur une matière à laquelle ils ne se rattachent pas essentiellement, on tire une conclusion universelle. Les historiens tombent dans ce sophisme, et très-souvent aussi les jeunes gens.
Enfin, si Ton considère bien la définition du sophisme, on verra bien que : a) une estime excessive de soi-même ; l) une trop grande confiance dans l'autorité des autres; c) les mouvements divers des passions, etc. etc., poussent très-SDUvent à embrasser et à soutenir Terreur ; mais ce ne sont pas des sophismes, comme quelques-uns le disent.