‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 28 sur 90 · A LA FOI · texte numérisé non relu

A LA FOI

DIPLOME DE l'académie philosophico-médicale

DE SAINT-THOMAS D'aQUIN CONSTITUÉE A ROME LE 7 MARS 1874, AVEC l'approbation du pape PIE IX DANS LA SOLENNITÉ DU SIXIÈME CENTENAIRE DE S. THOMAS D AOUIN, DANS LE BUT DE CONCILIER LES SCIENCES AVEC LA FOI CATHOLIQUE ET DE FAVORISER LE PROGRÈS DE CES SCIENCES.

« Nous, Président et Faculté de l'Académie de Saint- Thomas d'Aquin, sachant que vous professez la doctrine du Siège Apostolique, touchant l'origine et la nature des choses, et spécialement touchant l'homme qui est le sujet de la science médicale, selon ce qui a été défini dans le Concile de Vienne, sous Clément V, dau?> le

Concile de Latran, sous Léon X, dans les lettres de Pie IX condamnant les erreurs de Gunther et de Baltzer, et dans la censure de la XIIP proposition du SyJldbus

Ï)ar le même Pontife; sachant en outre que vous suivez es principes du Docteur angélique S. Inomas d'Aquin sur Tunion de Tâme intellectuelle avec le corps humain, sur LA FOR^IE SUBSTANTIELLE ET LA MATIERE PREMIERE, et que, par conséquent, vous rejetez les 'systèmes mécanique, atomique et dynamique, nous vous... inscrivons sur le registre des associés de cette Académie approuvée par l'autorité du pape Pie IX, et nous vous remettons le présent diplôme (1). »

Dans les 'pages qui viennent après le diplôme^ on lit ce qui suit :

(c Afin que la doctrine qui doit servir de fondement inébranlable à notre système, soit bien connue des académiciens, nous reproduisons ici en entier les textes indiqués plus haut :

De la forme substantieUe dans rhomme.

« Il n^y a pas dans l'homme une forme substantielle autre que l'âme intellective; comme, en effet, l'âme intellective contient virtuellement l'âme sensitive, elle contient de même virtuellement toutes les formes inférieures, et elle fait, par elle seule, tout ce que font dans les autres choses les formes les plus imparfaites (S..Thomas,/S'2fmm., q. 76, art. 4.). » — « L'âme raison-

(1) Subjicite intellectutn in obsequium fidei. — Diploraa Academiae philosophico-medicae S. Thomas Aquinatis ad scientias cum fide catholica coqciliandas earumque incrementum obtinendum Pio PP. IX approbante, nonis martii MDCCCLXXIV, sexti solemnitate Centenarii Romœ institutœ.

Nos Preses et Facultas Academiœ S. Thomae Aquinatis.

Cum nobis perspectum sit te... eam profiter! doctrinam, quam Apostolica Sedes profitetur, praesertim de homine, quod est scientiiE medicae subjectum, secundum ea, quœ tradita sunt in Concilie Viennensi sub Clémente V et in Lateranensi sub Leone X et in literis Pii PP. IX contra errores Gunlherii et Baltzerii, et in censura XIII proposilionis, quae in Syllabo ejusdem Pii PP. IX continetur; nec non iis adhœrere principiis, quae tradidit Angelicus Doctor S. Thomas Aquinas de animœ inteilectivae unione cum corpore humano, deque substantiali forma, et materia prima; et propterea recedere a systematibus mechanico aut atomico et dynamico te... in album sociorum hujus Academiae, auctoritate Pii PP. iX comprobatae, admittimus — Cujus rei gratia hoc diploma conferimus.

nable donne au corps Immain tout ce que l'àmc sensitive donne aux brutes et l'âme végétative aux plantes, et elle lui donne quelque chose de plus, de sorte que dans rhomme l'âme est tout ensemble végétative, sensitive et raisonnable (S. Thom.^ De Anima, art. 11.). » « Certaines opérations procèdent de l'âme, sans le secours d'aucun organe corporel, comme comprendre et vouloir. Par conséquent, les puissances qui sont le principe de ces opérations, sont dans l'âme comme dans leur sujet. Certaines puissances ont le composé comme* sujet, ce sont les puissances sensitives et végétatives Un accident ne peut continuer d'exister après la destruction de son sujet. Par conséquent, lorsque le composé est détruit, les puissances, qui y étaient comme dans leur sujet, n'y sont plus en acte, elles ne sont plus que virtuellement dans 1 âme, comme dans leur principe ou leur racine (S. Thom., Somm. 1, 77, art. 5 et 8.). »

Le Concile de Vienne, sous Clément V, dit : « Avec l'approbation du saint Concile, nous réprouvons, comme erronée et ennemie de la foi catholique, la doctrine ou proposition qui nie témérairement ou qui regarde comme aouteux que la substance de l'âme raisonnable ou intellcctive, soit réellement, et par soi, la forme du corps humain, et, pour rendre manifeste à tous la vérité de la foi et mettre une digue à toutes les erreurs, nous définissons que quiconque^ à l'avenir, osera affirmer, enseigner ou soutenir avec opiniâtreté, que l'âme raisonnable n'est pas par soi et essentiellement la forme du corps humain, doit être regardé comme hérétique. »

Voici ce que dit le Concile de Latran, tenu sous Léon X :

« Avec l'approbation du saint Concile, nous condamnons et réprouvons tous ceux qui affirment que l'âme intellcctive est mortelle et qu'il n'y en a qu'une pour tous les hommes, et ceux même qui restent dans le doute à ce sujet, car, non-seulement l'âme intellcctive est par soi et essentiellement la forme du corps humain, mais, de plus, elle est immort elle,, elle peut se

multiplier, elle s'est multipliée et elle se multipliera singulièrement selon la multitude des corps qu'elle informe. »

Dans la lettre au cardinal-archevêque de Cologne, Pie IX censure ainsi la doctrine de Gunther :

« Nous savons que dans ces livres on attaque la doctrine catholique, d'après laquelle l'homme est composé de l'âme et du corps de telle façon que l'âme raisonnable est la forme véritable, essentielle et immédiate du corps. »

Et dans sa lettre à l'évêque de Varsovie, Pie IX condamne en ces termes les erreurs de Baltzer :

c< L'opinion d'après laquelle il y a dans l'homme un principe unique de vie, à savoir l'âme raisonnable, qui donne au corps le mouvement, la vie et le sens, est très-commune dans l'Eglise de Dieu, et un grand nombre des docteurs les plus éminents, la jugent si intimement liée au dogme de l'Eglise, qu'ils la croient la seule légitime et la seule vraie, et que, par conséquent, on ne peut la nier sans aller contre la foi. »

La proposition XIIP qui a été condamnée par Pie IX dans le Syllabus, est la suivante :

(( La méthode et les principes que les anciens docteurs scolastiques suivaient dans l'étude de la théologie, ne sont plus en harmonie avec les besoins de nos temps et le progrès des sciences. »

Telles sont les principales bases de la doctrine qui est comme le fondement fixe et immobile de l'Académie philosophico-médicale de Saint-Thomas d'Aquin, et, dès lors, quiconque s'écarte de cette doctrine, ne peut compter parmi les associés de cette Académie, et les académiciens ne doivent pas approuver les écrits qui sont en contradiction avec cette doctrine. Nous exhortons, en outre, les associés à examiner avec soin, l'explication philosophique des textes précédents, donnée par les philosophes récents qui professent la doctrine de S. Thomas.

Alphonse TRAVAGLINI

Fondateur del* Académie, »

Ceci suffit pour que le lecteur comprenne comment il faut juger le système physique, khoràons maintenant la physique générale, objet de cette partie de notre travail.

De la diversité qu'il y a dans la nature des substances corporelles, et de l'agrégat.

Le la diversité de nature dans les substances corporelles.

Autre chose est la différence, autre chose est la diversité. La distinction entre deux individus, entre deux accidents, suffit pour constituer une différence, et, par conséquent, tout homme diffère d'un autre homme. Pour la diversité il faut qu'il y ait variété dans Tespèce. D'où il résulte que des natures diverses ne peuvent être exprimées par la même définition essentielle. Mais, comment pouvons-nous connaître la diversité des natures corporelles? On serait tenté de dire que cette connaissance nous est impossible , puisque nous ne pouvons entrer en relation avec les choses que par l'intermédiaire des sens, et que les sens ne peuvent atteindre que les accidents. Mais cette objection serait tout de suite réfutée et par le fait et par le droit. Elle le serait par le fait qui n,ous enseigne que les hommes ont toujours cru connaître un grand nombre d'essences et de natures des choses, et qu'ils ont toujours établi le camp de la science sur le terrain de ces connaissances. Elle le serait aussi par le droit qui nous dit que, par les effets, nous pouvons et nous devons connaître les causes proportionnées, et que, par conséquent, des opérations que nous percevons par les sens, nous pouvons passer à la connaissance des natures qui en sont les principes. Ceci est suffisant, et il n'est pas nécessaire de faire observer à celui qui penserait autrement que, sans avoir besoin des sens externes, nous pouvons descendre en nous-mêmes et y trouver non-seulement des accidents, mais la nature, mais la substance, mais l'essence.

Si nous pouvons et devons connaître la nature des substances corporelles, il est clair que nous pouvons en connaître la diversité, et cela par les opérations diverses : la seconde assertion n'est pas moins certaine que la première; ce serait une folie de le nier.

160 PHILOSOPHIE SCOLASTIQUK.

Conclusion P^ — Un grand nomlre de substances corporelles sont diverses e^itre elles par leur, nature.

En effet, si nous concluons de la diversité des opérations à la diversité de leur principe, c'est-à-dire de la nature, nous devons raisonner ainsi : IMes substances ," corporelles, qui, dans les mêmes circonstances, opérant ( par la nécessité de leur nature, ont des opérations diverses entre elles, sont de natures diverses; — 2° lorsque, de deux substances corporelles agissant dans les mêmes circonstances, la première d'entre elles, outre qu'elle produit les mêmes opérations que la seconde, produit d'autres opérations dont la seconde est incapable, il faut dire qu'il y a entre ces substances diversité de nature. Or, un grand nombre de substances opèrent comme dans les deux cas cités : donc, entre un grand nombre de substances corporelles il y a diversité de nature.

La majeure ne permet aucun doute, d'après ce qui -a été dit tout à l'heure. Quant à la mineure elle est prouvée par Texpérience. Si je prends de l'hydrogène et de l'oxygène, je les vois, dans les mêmes circonstances, produire des effets très-divers, et ainsi en est-il de tout corps inorganique. Si nous prenons une plante et un animal, nous leur voyons, dans les mêmes circonstan- ^ces, des opérations très-diverses. Cette diversité dans les opérations ne peut dériver de la variété dans le mouvement local auquel il est aussi impossible d'assigner une cause proportionnée ; elle ne peut venir davantage de la figure différente des atomes, et quiconque voudra expliquer ces phénomènes, sans reconnaître une diversité réelle dans les natures, s'égarera infailliblement dans un labyrinthe de vaines suppositions et de contradictions. Observons en outre que, s'il y a bien une loi universelle d'après laquelle le supérieur renferme en quelque sorte l'inférieur, de sorte que l'homme a la perfection de la brute, la brute la perfection de la plante, celle-ci la perfection de l'inorganique, et que l'homme est comme un petit monde ((jiapoxoajjLo;), il n'est pas moins vrai que, pendant tous les siècles, on n'a jamais vu l'inférieur avoir toutes les opérations du supérieur. Ainsi, jamais le minéral ne donna signe de

vie, la plante signe de sensation, la brute signe de raison, bien que ces différentes substances corporelles se soient trouvées dans les mêmes circonstances. Que conclure de là? Que ces substances ont en elles un principe d'activité divers, c'est-à-dire qu'elles sont de nature diverse. Et ainsi sont contraints de parler, par respect pour le sens commun du genre humain, nonseulement les hommes ordinaires, mais encore les quelques savants qui combattent notre conclusion. Pour eux la philosophie est opposée au langage; pour n^vus, au contraire, le langage est la base la plus sûre de la philosophie.

Déjiiiition de V agrégat de siibstaaces ou de natures.

Par agrégat de substances ou de natures, on entend une réunion de substances ou de natures dont chacune est divisée et séparée de toutes les autres et a des limites l^ropres. Pour constituer l'agrégat il n'est pas nécessaire qu'il" y ait entre les substances une distance locale, bien que quelques-uns disent, mais à tort, que jamais une substance corporelle ne peut être en contact avec une autre. Peu importe que les substances agrégées soient homogènes, c'est-à-dire qu'elles aient la même nature, ou qu'elles aient une nature diverse. Peu importe également qu'elles soient disposées dans un ordre symétrique, ou d'une autre manière. L'essence de l'agrégat consiste en ce que les substances soient d'une part réunies ensemble, et d'autre part qu'elles soient divisées et séparées entre elles sans unité substantielle.

Conclusion IP. — Un agrégat quelconque de substances ou de natures ne peut être appelé une substance ou nature individuelle,

1*" La substance ou nature individuelle doit avoir tout ce qui appartient essentiellement à l'être un et individuel (dix-septième leçon); or, il appartient essentiellement à l'être un et individuel d'être indivis en soi; donc, il doit appartenir essentiellement à la nature ou substance individuelle d'être indivise en soi. Or, tout agrégat, que les substances soient éloignées les unes des autres ou qu'elles ne le soient pas, qu'elles soient homogènes ou hétérogènes, qu'elles soient disposées

Conx. PiiiL. ScoL. — 11

dans un ordre ou dans l'autre, aucun agrégat, dis-je, n'est un être indivis en soi; donc, l'agrégat ne constitue pas une substance ou nature indi^^iduelle. 2° Une substance ou nature individuelle est un prin^ cipe d'oféi^ationSy et un sujet 'par rapport aux accidents : donc, nous ne pouvons, sans contradiction, dire cjue l'agrégat est une nature individuelle. Qu'on ne dise pas que l'agrégat peut avoir une opération une, si toutes les substances concourent à atteindre le même but, car, dans ce cas, l'opération est une dans son terme et multiple dans son principe. Or, l'opération d'une nature individuelle doit être une dans son principe. Si cette objection était regardée comme fondée sur la vérité, on pourrait dire aussi que plusieurs hommes peuvent ne constituer ensemble qu'une seule substance et nature individuelle, parce qu'ils peuvent tous concourir à la même opération quant au terme, comme, par exemple, lorsque plusieurs hommes traînent 'avec des cordes le même navire et n'ont ainsi qu'une seule opération comme résultat. Mais, assurément, rien n'est plus absurde que cette affirmation. Aussi, à ce propos^ il convient de rappeler la doctrine de S. Thomas. Voici ce qu'il dit pour combattre Eutychès : « L'un résulte de plusieurs choses de deux manières : d'abord par Tordre seul, et c'est ainsi qu'une cité résulte d'un grand nombre de maisons, une armée d'un grand nombre de soldats. Il peut encore résulter tout à la fois par l'ordre et par la composition, et c'est ainsi que la maison résulte des différentes parties de la maison, jointes ensemble par le contact et par le ciment. Mais, ces deux modes sont i-ncapables de faire une seule nature avec plusieurs natures. Par conséquent, ces choses, dont la forme est l'ordre ou la composition, ne sont point naturelles en ce sens que leur unité puisse être appelée unité de nature (1). » Donc, notre conclu-

(1) Fit autem unum ex multis, uno quidem modo secundum ordinem tantum, sicut ex multis domibus fit civitas, et ex multis militibus exercitus. Alio modo ordine et compositione, sicut ex partibus domus conjunctis et per contactum et per colligationem domus fit. Sed hi duo modi non competunt ad constitutionem nnius naturœ ex pluribus. Ea igitur quorum forma est ordo vel compositio, non sunt res naturales, ut sic eorum unitas possit dici unitas naturœ {Contra Gçn^ tes, IV, 35}.

sion est que Tagrégat de substances ou de natures ne peut cire dit une substance ou nature individuelle.

Page 1