‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 3 sur 117 · PREMIERS LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIERS LEÇON

reurs, consacrées par rassentiment des siècles, ne nous ont-ils pas désabusés I Et, après nous avoir si bien avertis de ne pas nous engager dans de fausses routes , quels soins ne se sont-ils pas donnés pour nous faire connaître la véritable , pour nous y faire entrer, pour nous y guider !

^.es aphorismes de Bacon et les règles de Descartes devaient éveiller le génie, et susciter de nombreux disciples à ces grands honunes. Aussi T héritage de leurs pensées a-t-il été sans cesse enrichi des fruits de nouvelles méditations.

Tout a été examiné, discuté, analysé.

Des affections et des qualités qu'un instinct conservateur nous force de rapporter aux différentes parties de nôtre corps, ou à des corps étrangers, ont été rendues à Tâme, a laquelle seule elles appartiennent. Après un tel triomphe de la raison sur Tinstinct, la séparation de l'esprit et de la matière s'est opérée d'elle-même ; et il a fallu de plus en plus admirer Tauteur des choses , à qui il a suffi , pour unir deux substances qui semblaient incompatibles, de faire que Tune se sentit ou crût se sentir dans l'autre.

On a remarqué des jugemens, où les anciens philosophes ne voyaient que des sensations , de pures sensations. Cette découverte a aussitôt dissipé les ténèbres qui obscurcissaient rentrée de la science.

La sensibilité mieux observée n'a plus été tout entière dans la sensation ; elleVest décomposée; elle s'est' présentée sous des formes nouvelles. D'un côté, on a distingue ce que nous devons à chacun de nos sens, et

6 DEUXIÀMB PAariB.

ce que nous devons k leur réunio9; de Tautre, on a saisi la différence qui se trouve entre les affections qui nous viennent du dehors et celles que nous éprouvons par Taction de nos facultés intellectuelles et morales , soit dans le moment même où ces facultés agissent, soit k la suite et par l'effet de leur action ^ Dès lors, on a pu assigner avec certitude la véritable origine des idé^.

L'origine, ou plutôt les diverses origines de nos connaissances ont donc été reconnues. La nécessité de remonter a ces origines a été démontrée.

Ce que Thomme doit a la parole pour former ses jugemens ^ ; pour s'élever des premières abstracUons aux notions les plus universelles, des rapports contingens aux vérités nécessaires ; pour faire naître la raison, si on ose le dire, et pour lui donner tous ces développemens , a été constaté.

Les règles de la méthode ignorées de ceux-là même qui en faisaient un usage admirable, ont cessé d'être un mystère. On a su enfin quelles facultés doivent agir, et dans quel ordre dles doivent agir, pour assurer nos connaissances'. On a su que l'artifice de la méthode, lorsqu'elle s'applique k des idées qui ne dérivent pas inmiédiatement du gentiment, consiste dans l'analogie de ces idées et dans l'analogie du langage.

Deux questions surtout, disons mieux, deux vérités qui sont au-dessus de toutes les autres vérités , ont été le but des méditations de la philosophie. Il n'est plus

Page 1