Part. Ijleç. vi
SBPTIBMB LBCON. 4B1
Descartes fait coDsister Vidée dans « cette forme de nos pensées, parla perception immédiate de laquelle nous avons connaissance de ces mêmes pensées. » Or, ridée, la perception, la connaissance étant une même chose, comment veut^on que la connaissance nous éclaire sur la nature de la perception , et la perception sur la nature de Tidée ?
Bonnet donne le nom d*idée a « toute manière d'être de rame dont elle a la conscience ou le sentiment. » Ceci revient a l'explication de Descartes ; ou , si l'on veut que ce soit autre chose, Bonnet confond Tidée avec le simple sentiment. Il fallait dire : Le sentiment distinct, la conscience distincte.
On pourrait croire d'abord que Buffon a été plus heureux que les autres, lorsqu'il déûnit les idées • des sensations comparées. » Mais outre que cette définition ne peut convenir a d'autres idées qu'aux idées sensibles, observez que, pour comparer deux sensations, il faut avoir deux sensations, et que, pour avoir deux sensations, pour être averti qu'on a deux sensations, il faut les avoir distinguées , il faut en avoir idée : les sensations comparées supposent les idées.
Pourrions-nous, en parlant des idées, ne pas nommer Platon, Platon qu'on a surnommé le divin? et nous sera-t-il possible de savoir ce que son école entendait par le mot idée?
Le platonicien Alcinoûs, philosophe grec, qui vivait au commencement de l'ère chrétienne, va nous l'apprendre.
L'idée est, par rapport a Dieu, son intelligence; par
rapport k nous , le premier objet de Tentendemeiit ; par rapport à la matière, la mesure ; par rapport au moudesensible, le modèle ; par rapport a elle-même , l'essence.
J'admire la rare précision d*Âlcinoûs ; mais je ne sais pas encore ce que c'est, que l'idée ; je ne saurais juger de la vérité ou de la fausseté de tout ce qu'on lui attribue. Et si Platon et ses disciples me répondent qu'ils viennent d'en donner cinq définitions différentes , ou , ce qui revient au même, de nous faire connaître cinq acceptions différentes que prend le mot idée, je n'insiste pas ; et je m'arrête k la seconde de ces acceptions, à la seule qui nous intéresse dans ce moment , à celle qui considère l'idée par rapport à nous.
« L'idée est le premier objet de l'entendement. » L'entendement se conçoit de deux manières : ou bien il est une faculté à laquelle nous devons toutes nos connaissances, ou bien il estHa réunion de toutes nos connaissances , de tQutés nos idées. Si l'entendement ne vous présente qu'une faculté, soit simple, soit composée d'autres facultés , son premier objet n'est pas l'idée , c'est le sentiment. Si vous le regardez comme une réunion d'idées, l'idée ne sera pas son premier objet, car alors l'idée serait l'objet de l'idée.
Ajoutez qu'on ne fait pas une définition en disant que l'idée est le premier objet de l'entendement ; c'est une simple proposition , qui suppose qu'on sait déjà ce que c'est que l'idée.
Avons-nous enfin épuisé la critique ? non , Messieurs , car nous sommes loin 4'avoir épuisé tout ce qui a été
dit sur les idées , tant parmi les anciens que parmi les modernes. Vous ne voulez pas que je m'arrête plus longtemps sur des opinions qui ne sont, en effet, que des opinions.
Peut-être, en voyant combien il nous a été facile d'apprécier les divers sentimens des philosophes, et de résoudre quelques-unes des questions qui les divisent , serez-vous plus disposés a consentir a ce que je vous ai proposé.
Peut-être aussi ne permettrez-vous plus au doute d'approcher des vérités suivantes :
« Que le germe de toutes nos connaissances se trouve dans le sentiment. »
« Que ce germe eut été k jamais stérile, s'il n'avait été fécondé par un principe actif. »
0 Que la lumière de l'esprit n'a pu naître que de ce concours; et qu'au moment même où il s'est opéré, un premier rayon, échappé du fond de son être, a annoncé a l'homme qu'il possédait une intelligence. »
Mais cette netteté de discussion et cette évidence de raisonnement , s'il m'est permis de le dire , vous les attribuerez surtout au soin que nous avons pris de mettre quelque exactitude dans notre langage , a Tattention constante de ne jamais faire usage d'un mot essentid, sans nous être auparavant assuré de l'idée dont il doit être le signe.
464 DBUXlàME PARTIE.
Objections contre Tordre de nos leçons et contre notre doctrine des idées.
Dans une de nos dernières séances * , j'ai pris rengagement de revenir sur des objections que je me voyais , pour le moment, forcé de laisser sans réponse. Je ne pouvais pas interrompre une suite de raisonnemens qui demandaient à être rapprochés pour se prêter un appui mutuel.
Maintenant que j'ai exposé ma manière de concevoir les premiers développemens de notre intelligence, je puis et je dois chercher a acquitter ma promesse.
Première objection : contre Tordre de nos leçons. — Vous avez divisé la suite de vos leçons en deux parties. La première a eu pour objet les facultés de Tâme humaine, mais d'une manière spéciale les facultés de l'entendement. Dans la seconde, vous traitez des idées.
N'eût-il pas été mieux de nous apprendre à bien conduire notre esprit , avant de l'appliquer à l'étude de l'entendement et k celle des idées ; et dans cette étude, n'était-il pas préférable aussi de porter d*abord notre attention sur les idées, qui sont le produit de Taction des facultés de l'entendement, plutôt que sur