‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 81 sur 117 · Page · texte numérisé non relu

Page

qu'on a dooné le nom d'idées abstraites. Il n'y a la aucune dlffieulté.

2* Les idées abstraites-générales , ou , ce qui revient au même, les idées générales sontrelles de vraies idées ? Représentent-elles quelque qualité existant, soit en nous , soit hors de nous?

Pour faire la réponse à cette question , nous remarquerons d'abord que tout ce qui existe, ou qui peut exister, est individuel et déterminé: substances, qualités , points de vue , rapports, jugemens, idées , signes. Nous remarquerons, de plus, qu1l s'en faut bien que tous les hommes soient doués d'une égale imagination. Les uns ne sauraient s'empêcher de réaliser leur pensée : ils la manifestent au dehors par un accent trèsprononcé, par des gestes, et par toutes sortes de mouvemeiis. D'autres semblent n'être émus de rien ; on dirait qu'ils sont impassibles.

Au moyen de ces observations, on pourra satisfaire, et ceux qui dans les idées générales trouvent de vraies idées , et ceux qui n'y trouvent que des mots.

Les idées générales sont-elles des idées? la question ainsi posée, et prise a la lettre, mérite à peine une réponse, tant elle est identique. Peut-on d^nander, en effet , si une couleur rouge est une couleur, si un son grave ou aigu est un son ?

Ce qu'on appelle idée générale, est-ce réellement une idée, ou ne serait-ce qu'un mot?

C'est une idée; ce n'est qu'un mot: ce n'est qu'un mot pour celui qui, entendant ou prononçant le nom d'une idée générale, n'individualise pas cette idée gé-

nérale et ne va pas jusqu'aux choses. C'est une idée , une idée réelle pour celui qui va aux choses, qui se les rend présentes, en individualisant les idées générales.

Il n'y a donc pas , à la rigueur, d'idées générales , comme , k la rigueur, il n'y a pas de mots généraux , de noms généraux : car tout ce qui existe , soit dans notre esprit, soit hors de notre esprit, est individuel : substances, modes , rapports.

Mais , parce qu'on a donné le nom de générales aux idées, quand on les a considérées comme nous venant, ou pouvant nous venir de plusieurs objets semblables, on a dit que les noms étaient généraux quand on les a considérés comme s'appliquant, ou pouvant s'appliquer aux objets d'une même espèce.

Aucune imagination n'est assez puissante pour individualiser toutes les idées générales , a mesure que la succession des mots les fait passer devant l'esprit. Il est rare que, dans la rapidité de la parole, nos raisonnemens, faits avec des mots, pénètrent au delà de ces mots et qu'ils atteignent immédiatement aux choses.

Ni vous y Messieurs, ni moi, ne nous sommes fait des idées distinctes, correspondantes aux derniers mots que je viens de prononcer, rare, rapidité, raisonnement , dans , au delk , etc. : nous n'avons eu ni le temps ni la volonté de nous en former des images ; et il en est ainsi de la presque totalité des mots qui entrent dans nos discours.

D'où l'on ne devrait pas conclure avec Hobbes , que nos jugemens et nos raisonnemens consistent à saisir des rapports entre des mots ; et que la vérité est une

Page 1