‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 82 sur 117 · II · texte numérisé non relu

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chose purement verbale ; car alors rhomme le plus savant ne serait guère au-dessus d'un perroquet bien dressé.

On voit ici en quoi diffèrent un ignorant et un homme instruit, qui prononcent les mômes roots.

L'ignorant manque d'idées ; il n'applique donc ses mots a rien et il ne saurait les appliquer. LMiomme inslruit, quand il ne les ap))lique pas, a le. pouvoir de les appliquer; ordinairement il se contente du mot, mais il ira aux idées, du moment qu'il en sentira le besoin. C'est ainsi que l'algébriste calcule ou raisonne mécanitiucment ; il opère sur les signes jusqu'au moment où , arrivé à son équation liuale, il leur demande les idées dont ils sont les dépositaires : alors il se trouve riche d'une vérité nouvelle.

Les idées générales , les noms généraux, se distribuent en diverses classes, subordonnées les unes aux autres.

Pour bien comprendre cette distribution, observez que tous les êtres peuvent se classer d'une inGnité de manières. Les hommes, par exemple, considérés sous le rapport de l'âge, de la santé, de la richesse, de la science, de la profession qu'ils exercent, du pays qu'ils habitent, etc., donnent lieu a autant de classes, dont chacune donne lieu elle-même à une série de classes.

Sous le dernier rapport que nous venons d'énoncer, la classe la plus générale qu'on ait d'abord , la classe homme, se divise en homme-européen, homme^siatique, homme-africain, bomme-américain , hommeocéanien; et parce que, soit en parlant, soit en écri->

vant, les mots européeo, asiatique, etc., viennent à la suite du mot homme, on dit qu'ils lui sont subordonnés; mais, pour aljréger, on supprime ordinairement le nom de la classe la plus générale, et Ton dit européen au lieu d'homme-curopéen , asiatique au lieu d'homme-asiatique, etc.

Ces cinq classes subordonnées, et particuliôres par rapport a la classe générale homme, vont devenir ellesmêmes générales. La classe européen se subdivisera en européen-français , européen-anglais , etc. ^ on f)lus brièvement en français, anglais, etc.; la classe français se subdivisera en normand, breton, etc.; la classe breton , en autant de classes subordonnées que la Bretagne comprend de départemens ; les habitans d'un département, en autant de classes que le département contient d'arrondissemens, de cantons, de villes, de village^; que chaque ville contient de quartiers; que chaque quartier contient de rues ; que chaque rue contient de maisons, oîi se trouveront enlin les individus, d'après lesquels et pour lesquels ont été faites toutes les classes.

Voilà donc, a ne considérer les hommes que sous un seul rapport, des multitudes de classes intermédiaires entre les individus et la classe la plus générale.

Ces classes sont subordonnées les unes aux autres et toutes a la classe la plus générale homme, qui seule n'est pas sul)ordonnée ; mais vous allez voir qu'elle peut l'être a son tour.

Sortez de l'humanité ; cherchez des termes de com-

30i ^ DEUXIÈME PARTIE.

paraison parmi les animaux qui vivenl sur la terre, dans l'air et dans les eaux ; vous né tarderez pas a vous apercevoir qu'entre un homme , un lion , un aigle et un dauphin tout n*est pas différent. Le dauphin se ment d'un mouvement spontané, comme le lion, comme Taigle, comme l'homme; comme eux il cherche son aliment; il naît, croît, se fortifie, vieillit et meurt. De chacun des termes de la comparaison que nous venons d'étahlir, il nous vient donc une idée qui représente quelque chose de commun à tous les termes, une idée générale par conséquent : on a donné à cette idée le nom animalité.

Les idées générales, les classes générales homme, lion, aigle, dauphin, sont donc subordonnées a l'idée ou classe plus générale animal. L'homme est une espèce d'animal; homme est une espèce, dont animal est le genre ; le lion est une espèce d'animal , etc.

L^idée générale animal deviendra, à son tour, une idée spécifique, si nous la subordonnons à une idée plus générale qu'elle ne Test elle-même ; or, rien n'est plus facile. Je n'entrerai pas dans un détail fatigmt pour faire voir que l'animal , c' est-a-dire, le corps organisé, vivant et animé, est une espèce de corps ; le corps, une espèce de substance; la substance une espèce d'être ; ou , ce qui revient au môme, que la classe animal est subordonnée à la classe corps; la classe corps, à celle de substance ; celle de substance, enfin, a celle d'être.

Ici , nous sommes forcés de nous arrêter. Nous sommes arrivés à la classe la plus générale, au genre le

plus élevé; ou, comme on s'exprime en termes de Fécole, au genre suprême.

Maintenant, rapprochons ces différentes classes; et, pour n'être pas trop minutieux , négligeons-en la plus grande partie.

Parisien , Français , Européen , homme , animal , corps, substance, être.

Souvenez-vous du point de vue qui a donné lieu k toutes ces classes : souvenez-vous qu'elles sont toutes relatives aux différens pays qu'habitent les hommes, k la place qu'ils occupent sur la surface du globe; et de-, mandez- vous laquelle de ces classes est la plus propre k vous faire connaître le lieu où se trouve un individu déterminé , que je suppose, par exemple , établi k Paris.

On voit clairement que les classes être, substance, corps , n'apprennent rien de relatif k la position de cet individu sur notre planète : on voit de même que , si on le cherche dans la classe générale homme, on usera inutilement la vie k parcourir la terre et les mers, les îles et les continens ; que, si on le cherche dans la classe moins générale européen, ou même dans la classe encore moins générale français, on ne sera guère plus avancé; et qu'enlin on pourra, quoique assez difficilement, le rencontrer dans la classe la moins générale Parisien.

Pareillement, vous savez d'un honuue qu'il est auteur, et vous n'en savez pas autre chose : jusque-lk, vous en êtes bien éloigné. On vous dit qu'il est poète ; vous en approchez un peu. On ajoute qu'il est poète tragique, vous en êtes plus près; que c'est un poète

tragique du siècle de Louis XIV; le champ de vos recherches est prodigieusement resserré ; enfin , que c'est un grand poète tragique ; vous n'avez plus qu'à ciioisir entre Corneille et Racine.

Iincore im exemple. L'idée générale, ou la classe générale sentiment, vous fait connaître, d'une manière l>ien imparfaite, l'intelligence de Thomme*; ou plutôt elle ne vous en donne pas la moindre connaissance.

Divisez cette classe générale en quatre classes subordonnées, sentiment-sensation, sentiment des opérations de l'esprit, sentiment des rapports, sentiment moral : vous avez fait un grand pas, mais vous ne tondiez point encore à rintelligence.

Divisez chacun de ces quatre senlimens, en sent imens confus et sentimens distincts : vous èio^ aux idées, au commencement de l'intelligence.

Distribuez la classe des sentimens distincts , ou des idées, en idées sensibles, idées intellectuelles, idées morales : rintelligence se montre presque a découvert.

Continuez vos classes : que ces trois espèces d'idées soient absolues ou relatives, et qu'entln elles soient acquises, ou par l'attention , ou par la comparaison, ou par le raisonnement : vous aurez de l'intelligence de riiomme une connaissance , sinon parfaite , du moins égale ou supérieure a la plupart des connaissances dont se vante la philosophie.

Pour connaître les différens objets de la nature, il ne suffit donc pas d'en avoir des idées très-générales.

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