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Confirmation de noire théorie de la sensibilité et de l'intelligence.
Regardez autour de vous; comparez entre eux les hommes que vous êtes le plus a portée de connaître ; observez quels sont leurs goûts, leurs penchanSy leurs
36i DEUXIÈftIE PARTIE.
caractères : tout vous dira combien la sensibilité varie ; tout vous dira ]'influen«e des diverses manières de sentir sur les qualités et sur les habitudes de l'esprit.
Chez plusieurs, chez un trop grand nombre, dominent les sensations ; quelques-uns aiment a êlre affectés, ou par le sentiment que donne Texercice des facultés de Tesprit, ou par le sentiment des rapports, ou par le sentiment moral ; les premiers ne connaissent en quelque sorte que la vie de leur corps ; les autres , faits pour des plaisirs plus délicats, plus purs, vivent d'une vie intellectuelle, d'une vie morale.
A chacune de ces différentes sensibilités , joignez le génie ; a ceux qui les auraient ainsi en partage, donnez a la fois le pouvoir de soutenir longtemps leur attention , un goût vif pour le rapprochement des idées, une grande force de raisonnement; rinlelligence , dans ses rapports à la seule philosophie, vous étonnera par ses contrastes , autant que par ses richesses.
Yous aurez la philosophie d'Épicure et de Lucrèce ; vous aurez celle d'Aristote , de Locke et de Bonnet ; vous aurez celle de Pythagore, de Platon, de Malebranche; vous aurez enfin Epictète, Marc-Aurèle, Fénelon.
Mais il est rare qu'une manière de sentir domine exclusivement ; il est rare qu'un sentiment ne réveille pas les autres sentimens. On ne verra point un monument d'architecture, sans que le sentiment de quelque rapport ne se mêle a la sensation : et , si ce monument est destiné au culte que l'homme rend a la Divinité, s'il est l'asile du guerrier qui versa son sang pour la patrie , pourra-l-on se défendre d'un sentiment moral.
Comme les facultés de Tâme agissent à la Tois, alors même (jiie Tune d'elles semble s'être emparée de toute notre aclivilé *, ainsi les manières de sentir nous affectent a la fois, alors qu'une seule paraît avoir absorbé la sensibilité entière. On dirait que tout ce que nous pouvons être, nous le sommes toujours, et que l'existence de toute la vie se trouve dans l'existence de chaque moment. C'est ce qui nous rend si difflcile la connaissance de nous-mêmes: énigme a jamais inexplicable si, descendant au fond de notre être, l'analyse n'eût séparé des choses que la nature a unies, si son flamheau ne les eut successivement éclairées.
Aussi , faute de s'être portés asçez avant et pour s'être arrêtés, s'il est permis de le dire, a la surface de la sensibilité , les philosophes n'ont-ils aperçu que ce qui nous venait du dehors ; et tout s'est réduit aux seules impressions des objets, aux seules sensations, aux seuls matériaux des idées sensibles.
11 est vrai qu'ils ne pouvaient pas ne pas être avertis des affections qui paissent du fond même de la sensibilité et qui sont les matériaux des idées intellectuelles et des idées morales ; il est vrai encore que souvent ils se sont énoncés comme s'ils en avaient eu l'intuition la plus vive, la plus distincte; mais n'ayant jamais assez longtemps fixé leur pensée sur ce qu'ils sentaient ainsi, sur ce qu'ils exprimaient par la seule impulsion du sentiment, ils devaient ou n'en pas avoir idée, ou n'en avoir qu'une idée fuj;ilive.
Nous avons trouvé dans Montesquieu cette percep-