Recherche de la vérité
On veut savoir si Dieu récompensera la vertu ; et l’on attend de nous une réponse. Pour faire cette ré— ponse, et pour la faire raisonnée, nous avons besoin d’une idée moyenne. Où la découvrirons-nous cette idée, qui doit servir de terme de comparaison, d’un côté à l'idée de Dieu, et de l’autre à l’idée de rémunérateur ? Notre esprit se portera-t-il au hasard sur tout ce qu'il sait? Mais le hasard ne produira pas mieux l’ordre et la lumière dans notre pensée qu'il ne les a produits dans l’univers. Demandez-vous ce que c’est que Dieu, faites l’énumération des attributs qui sont inhérens à sa nature. Parmi eux vous distinguerez bientôt la Justice. Noïila votre idée moyenne. Dites donc : Dieu est juste, et la justice exige que la vertu soit récom— pensée.
Vous le voyez, c'est dans le sujet de la question proposée qu’il faut chercher les idées moyennes, ces idées sans lesquelles il n’y a pas de raisonnement ; c’est là et non ailleurs : et ceci porte à la dernière évidence que la solution de toute question se trouve dans la question elle-même.
C’est donc le sujet de la proposition qu’il s’agit de bien connaître ; on doit le saisir par tous ses points de vue, l’étudier dans ses qualités ahsolues et dans ses qualités relatives , le décomposer en toutes ses parties et de toutes les manières ; on doit l’analyser enfin ; et puisque l'analyse seule nous donne les idées moyennes, les idées qui rapprochent pour nous le sujet et l’attribut d’une proposition, il s’ensuit que c’est à l'analyse que nous devons le pouvoir de raisonner, ou plutôt que
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l'analyse et le raisonnement sont une seule et même chose.
Si l’on cherche les idées moyennes hors du sujet d’une question, on ne les trouvera jamais, parce qu'on ne saurait les trouver où elles ne sont pas; ou si on les trouve, c’est qu’à son propre insu on les aura puisées dans leur véritable source. Mais on se plaît à croire qu’une idée est un effet du hasard, une rencontre heureuse ; l’orgucil ignorant va même quelquefois jusqu’à s’attribuer la puissance de créer. 11 ne voit pas que raisonner et créer sont deux expressions contradictoires : le raisonnement, la déduction suppose quelque chose d’antérieur ; la création ne suppose rien.
On a donc cherché au loin ce qu’on avait tout près. « Ils ont bâti Chalcédoine ayant le rivage de Bysance sous les yeux. »
On me dira peut-être: En nous réduisant à faire sortir péniblement nos idées les unes des autres, que deviennent les inspirations sublimes qui ont produit V’Iliade et l'Énéide ?
Les inspirations ! Je crois beaucoup aux dispositions paturelles ; je crois surtout au travail, à la patience, aux longues veilles, aux longues méditations. Voilà les muses inspiratrices que reconnaît la philosophie.