PROPRIÉTÉS UE LA MÜEI.I.E
12. Ainsi l’on peut (lire que, dans ses relations avec le cerveau, la moelle est un gros nerf mixte à la fois moteur et sensitif. Mais la moelle est plus encore; si, en effet, on coupe transversalement le tronc d'un nerf qui sort de la moelle (nerf rachidien) de façon à le détacher de ses connexions avec la moelle, l’irritation de la partie de la peau à laquelle les fibres sensitives de ce nerf se distribuent ne produira ni mouvements, ni sensations.
Mais si la moelle est coupée de façon à lui ôter toute connexion avec le cerveau, celte même irritation de la peau appliquée aux parties situées au-dessous de la section ne donnera lieu à aucune sensation, mais produira des mouvements violents dans les parties qui reçoivent leurs nerfs moteurs du segment de la moelle situé au-dessous de la section.
Ainsi, dans le cas supposé plus haut d’un homme dont les jambes sont paralysées et insensibles par suite d'une lésion de la moelle épinière, le chatouillement de la plante des pieds déterminera des mouvements saccadés et convulsifs dans les jambes. On peut dire, d’une façon trèsgénérale, qu’aussi longtemps que les deux racines des nerfs rachidiens conserveront leurs connexions avec la moelle, l’irritation d’un nerf afférent (centripète) quelconque est apte à donner lieu à la provocation de quelques-uns ou de tous les nerfs efférents (centrifuges) qui sont en continuité avec la moelle.
Si la moelle est coupée une seconde fois à une distance quelconque au-dessous de. la première section, les nerfs efférents ne continueront pas à être affectés par l’irritation des nerfs afférents situés au-dessus de cette section, mais seulement par ceux qui sont au-dessous de la seconde section. En d’autres termes, pour qu’une impulsion centripète puisse être convertie en impulsion centrifuge par l’action
de la moelle épinière , le nerf afférent ou centripète doit se trouver en communication matérielle sans solution de continuité avec le nerf efférent ou centrifuge à l’aide de la substance de la moelle.
Celte propriété particulière de la moelle, en vertu de laquelle elle est apte à transformer les impulsions centripètes en impulsions centrifuges, est celle qui la distingue physiologiquement d’un nerf; elle caractérise la moelle comme organe central et s’appelle action réflexe. Cette propriété est possédée par la substance grise et non par la substance blanche de la moelle.
13. Le nombre des nerfs efférents qui peuvent être excités par les actions réflexes de la moelle n’est point déterminé par le nombre des nerfs afférents que peut stimuler l’irritation qui donne lieu à l’action réflexe. D’ailleurs la simplicité d’une excitation des nerfs afférents n’implique •en aucune façon une simplicité correspondante dans l’arrangement et la succession des impulsions motrices réflexes. Le chatouillement de la plante des pieds est une excitation très-simple des fibres afférentes des nerfs de cette région; mais pour produire les actes musculaires en vertu desquels les jambes sont fléchies, un grand nombre de fibres efférentes doivent agir en combinaison réglée. En effet, dans le plus grand nombre des cas, une action réflexe doit être considérée plutôt comme un ordre transmis à la moelle par un nerf afférent et exécuté par la moelle que comme une simple réaction de l’impulsion centripète sur les premiers agents centrifuges qui se présentent à son activité.
14. La moelle épinière n’est donc en partie qu’un organe de transmission vers le cerveau, ou inversement, du cerveau vers la moelle ; mais en partie aussi elle constitue un centre nerveux indépendant, apte à donner naissance à