CINQUIÈME LEÇON
SOMMAIRE : Salive sublinguale , ses caractères distinctifs. — Glandules buccales. — Salive buccale. — Composition chimique. — Des substances qui peuvent se trouver accidentellement dans la salive. — Propriétés physiques des salives caractéristiques des tissus glandulaires. — Salives artificielles. — Considérations sur le mécanisme de la sécrétion salivaire. — De l’absorption par les surfaces glandulaires. — Des quantités de salive sécrétées.
Messieurs,
Pour achever l’histoire des salives simples, il nous reste à étudier la salive sublinguale.
Il en fut pour cette sécrétion comme pour toutes les autres : on la crut identique avec la sécrétion parotidienne, parce que les glandes qui les produisaient paraissaient avoir une structure anatomique analogue, et l’on ne se donna pas la peine de vérifier cette induction par l’expérience directe.
Lorsque j’ohtins cette salive pour la première fois, en 1847 (i)t trouvai des caractères tout à fait
différents de ceux de la salive parotidienne.
D’après ce que nous avons dit dans une précédente leçon, la présence de la glande suhlinguale doit être constante comme lafonction à laquelle elle correspond. Aussi avons-nous été amené à rectifier d’après cette vue physiologique les opinions des anatomistes qui
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GLANDES SALIVAIRES
considéraient cette glande comme manquant chez le chien et chez le surmulot, par exemple.
L’existence de la glande sublinguale chez le chien a été niée par beaucoup d’anatomistes. Dans ces derniers temps Bider et Schmidt, et quelques autres, ont continué à. soutenir que la glande sous-maxillaire et la sublinguale étaient confondues chez les carnivores. Mais cette fusion n’est qu’apparente, et les conduits de ces deux glandes, très voisins l’un de l’autre dans la plus grande partie de leur trajet, se séparent un peu avant d’arriver dans la bouche et s’ouvrent par deux orifices distincts.
Si l’on veut se convaincre de la distinction des deux glandes d’une manière plus nette, il suffit d’injecter chacun de ces conduits avec des substances de couleur différente; on voit bientôt par la distribution de la couleur ce qui appartient en réalité à chacune de ces deux glandes intimement unies l’une à l’autre, mais cependant réellement distinctes. Vous vovez ici (fig. 1 1) ces deux glandes distinguées et isolées.
Fig. Il, — Glandes sous-mqxlllaire et sublinguale chez le chien,
a, glande sous-m.axillaire; — a', conduit de cette glande; — 6, glande sublinguale; — è', conduit de cette glande; — c, orifice commun des deux conduits sur la muqueuse de la bouche.
SALIVE SUBLINGUALE.
J’ai également constaté l’existence de la glande sublinguale du surmulot qui est niée par quelques anato mistes, et notamment par M. Duvernoy, et je l’ai fait figurer.
Les figures 12 et 1 3 représentent la glande sublinguale du surmulot.
l^a préparation montre une moitié de la mâchoire inférieure et un morceau de la membrane muqueuse de la bouche à laquelle adhère la glande sublinguale.
Fig. 12.
Fig. 12.
«, glande sublinguale vue par la face inférieure.
Fig. i3.
Fig. 1 3. — Glande vue par la face buccale.
En on voit les orifices glandulaires à la surface de la muqueuse buccale, en dedans de l’arcade dentaire.
Pour mettre à découvert le conduit de la glande sublinguale chez le chien, le procédé est le même que pour trouver le canal de Wharton; c’est en dedans de ce dernier qu’on rencontre le conduit sublingual, il est un peu plus petit que le conduit de la glande sous-maxillaire. On introduit de même dans son intérieur un petit tube qui permet de recueillir la salive parfaitement pure et sans aucup mélange de sang.
La salive sublinguale se distingue de toutes les
GLANDES SALlVAlfiES.
antres salives par une viseosité très grande ; ce liquide est tellement filant qu’il ne s’écoule qu’avec une extrême difficulté du tube placé dans le conduit de la glande, et qu’il s’attache comme de la glu aux différentes parties avec lequelles il se met en contact. Du reste, il est transparent et ne laisse jamais déposer des sels par le refroidissement. Il est alcalin, mais il ne fait pas sensiblement effervescence avec les acides.
Sa eomposition chimique chez le chien est, d’après Bidder et Schmidt:
Eau
Matières organiques solubles dans l’alcool . .
! Chlorure de sodium.
— de calcium
Matière inorganique
Phosphate de soude — ■ de chaux.
— de magnésie
0,8Zi
Au point de vue physique, cette salive se distingue de toutes les autres parla grande proportion de cette matière organique filante que Berzelius appelle ptyaline, qui a des caractères tout à fait spéciaux. Cette matière ne coagule pas par la chaleur ni par les acides, elle n’est précipitée par aucun sel métallique ni par le tannin; desséchée, elle se redissout dans l’eau eu reprenant sa viscosité première ; l’eau chargée de cette matière dissout plus difficilement les substances salines.
En résumé, la salive sous-maxillaire, la salive parotidienne et la salive sublinguale, peuvent se distinguer les unes des autres par leur matière organique, qui
S4L1VE SUBLINGUALE. 93
leur donne des propriétés physiques et tout à fait spéciales.
La salive parotidienne, tout à fait aqueuse, contient en quantité plus ou moins grande une matière analogue à l’albumine. La salive sous-maxillaire, assez fluide, contient une matière devenant plus visqueuse et se prenant en gelée par le refroidissement.
La salive sublinguale contient une matière très visqueuse et ne s’épaississant pas davantagé par le refroidissement.
Après avoir distingué ainsi les trois produits de ce qu’on a appelé les glandes salivaires proprement dites, il faudrait pouvoir isoler le produit des différentes glandules buccales qu’on a dénommées à tort glandes mucipares . Nous venons de voir, en effet, que la glande sublinguale devrait aussi être considérée comme une glande salivaire mucipare, puisqu’elle sécrète un liquide qui a les caractères de ce qu’on est convenu d’appeler un mucus; il faudrait donc, si l’on voulait admettre cette distinction, ne reconnaître que deux glandes salivaires- proprement dites, et placer la sublinguale parmi les glandes mucipares.
La glande de Nuck est dans le même cas, elle produit également un liquide visqueux, gluant, analogue à celui de la sublinguale. Pour obtenir ce liquide, le procédé est le même que pour les autres glandes; seulement il est beaucoup plus laborieux à cause de la situation profonde du conduit.
Je vous signalerai encore ici une glande buccale qui chez le lapin est dans l’épaisseur de la joue, iniinédia-
9h GLANDES SALIVAIRES.
tement au-dessus de la mâchoire inférieure et au-devant
Fig. i4-
a, glande massétérine du lapin vue par la face externe;
— b, 6, mâchoire inférieure;
— c, nerf mentonnier; — </, (/, membrane muqueuse de la joue à laquelle adhère la glande.
Fig. i5.
a, a, la même glande vue par la face buccale : on voit les ouvertures des conduits excréteurs ; — l>t mâchoe inférieure; — c, glande faisant saillie sous la muqueuse;
— d, dents molaires.
Pour obtenir chez le chien le liquide des petites glandnles buccales, le proeédé le plus simple consiste à détourner de la cavité buccale la sécrétion salivaire des quatre paires de glandes, parotide, sous-maxillaire, sublinguale et de Nuck. Le liquide qu’on trouvera alors dans la bouche sera évidemment produit parla sécrétion des autres petites glandes.
Bidder et Schmidt ont fait des expériences sur ce liquide ainsi obtenu, seulement ils avaient négligé de détourner le produit de la glande de Nuck. Quoi qu'il en soit, voici les résultats auxquels ils sont arrivés.
I.,e liquide, extrêmement visqneu.x, au point qu’on ne peut prendre sa densité^ avait ttne réaction foi’te-
des masséters (fig. il\, i5).
SALIVE SUBLINGUALE.
ment alcaline. 2 de ce mucus qui avaient été pro-
duits en cinquante-deux minutes furent soumis aux épreuves suivantes.
Cette salive, additionnée d alcool de 5o pour 100, forma un coagulum épais, gélatineux, qui, séché à 120 degrés, laissa pour résidu o,o65, qui renfermait 0,018 de sels. La solution alcoolique, évaporée à 120 degrés, laissa o,i5o d’un résidu qui dotma 0,1 14 de cendres; par conséquent, on peut ainsi donner l’analyse du mucus de la bouche calculée pour 1000.
Résidu sec.
/Matière organique soluble dans l’alcool.
Matière insoluble
I Chlorure de potassium . ... \
— de sodium >5,29
I Phosphate de soude ;
Phosphate de chaux ) „
— de magnésie ;
Ainsi, messieurs, d’après ce que nous vous avons dit des divers li([uides salivaires, vous voyez que leurs propriétés chimiques ne sauraient servir aies distin^ guer les uns des antres.
Sous le rapport purement physique, au contrairë, la présence ou l’absence de celte matière salivaire visqueuse peut permettre de distinguer parfaitement ces salives entre elles, et sous ce point de vue, on doit confondre la salive sublinguale avec celle dès glandes de Nuck et des glandules buccales.
Nous verrons plus tard que c’est dans le tissu même de ces glandes qu’il faut chercher le principe qui donne