CHEZ J.-B. BAILLIÈRE
3IADRID, C. BAlLLÏ-BilLLIÈBE, GALLE DEL PRIKCIPE, 11.
L’a\ileiir et rédiionr se rései'veiil le ili'oil de trailiiclioii è l’étranger.
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AVANT-PROPOS
J’offre au public le second volume de mes Leçons faites au Collège de France. Elles ont été dictées dans le même esprit que les premières^ et sont destinées à tenirles médecins et les physiologistes qui s’intéressent aux progrès delà science au courant des questions nouvelles qui ne peuvent surgir et bien se développer qu’en dehors de l’enseignement régulier des Facultés.
En effet, on peut concevoir, comme je le disais dans le premier volume de ces leçons, deux sortes d’enseignements. Tj’un est dogmatique; il donne aux élèves l’ensemble des notions positives et applicables que la science possède, et il les rattache au moyen de ces liens que l’on nomme des théories, dont l’effet est de dissimuler, autant que possible, les points obscurs et controversés qui troubleraient sans profit l’esprit de l’élève qui débute. Lorsqu’on sort de semblables Cours, on pourrait croire que la science est finie et qu’il ne reste plus qu’à étendre et à généraliser les principes qui lui servent de base. Mais nous sommes, en médecine et en physiologie, loin d’un semblable état de chosf’s. Toutes ces théories
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que I on développe ne peuvent que niarquei’ des états temporaires de la science; au lieu d’être solides et bien établies, telles que renseignement systématique peut les présenter, elles sont le plus souvent très chancelantes et croulent lorsqu’on soumet au critérium d’une expérimentation rigoureuse les faits sur lesquels on les édifie.
Pour l’homme qui veut entrer réellement dans la science, il faut donc qu’il y ait un autre enseignement pour ainsi dire opposé au précédent, et qui, au lieu de présenter la science comme toute faite, dans un cadre régulier et avec des arguments choisis pour la simplifier, la montre , au contraire , dans ses incertitudes et sa complexité, en signalant les points obscurs ou douteux vers la solution desquels les travaux de l’avenir doivent être dirigés. Un semblable cours devra être fait en dehors de toute préoccupation systématique. Sou unique objet sera de tenir la science dans la voie du progrès en montrant tout ce qui reste à étudier, afin de faire naître dans l’esprit des jeunes savants le désir des découvertes, qu’en raison même de sa nature et de sou but, reuseignemeiat dogmatique ne saurait éveiller.
En effet, lorsqu’on a une théorie et qu’on la croit complète, l’esprit se repose dans sa généralisation ; mais, lorsqu’au contraire on vient à indiquer le désaccord entre certains résultats et les théories régnantes, l’esprit lait des ellorts pour chercher la vérité, et c’est ainsi que prennent naissance les travaux de recherclie> qui feront faire à la science de nouveaux progrès.
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VU
Cet enseignement, tel que je le comprends ici, me semble offrir encore un autre avantage incontestable, celui de montrer aux jeunes gens les difficultés paiticulières que présente l’expérimentation physiologique, lorsqu’on veut l’appliquer à la recherche de faits nouveaux ou à la solution des questions obscures ou indécises. L’expérimentation peut, en effet, être dirigée suivant deux méthodes en rapport avec deux buts bien différents : dans un cas, on institue l’expérience d’après une méthode arrêtée d’avance pour arriver à connaître les lois d’un phénomène dont la nature est déterminée clairement. Dans l’autre cas, au contraire, l’observateur se trouve comme plongé au milieu de phénomènes complexes et en apparence contradictoires; il doit alors les élucider à l’aide d’un procédé de tâtonnements tout particulier, ou bien saisir la question de telle façon qu’il arrive à resserrer le noeud de la difficulté dans une seule expérience décisive. Les exemples qu’on rencontrera dans ces leçons sont plus spécialement relatifs à cette dernière méthode d’investigation expérimentale.
Toutefois, si, dans ce second volume, la méthode suivie est la même que dans le premier, le sujet qui y est traité est tout à fait différent. Je me suis particulièrement appliqué à faire ressortir les rapports que l’anatomie et la physiologie peuvent avoir dans leurs progrès respectifs, en prenant pour exemple l’anatomie et la physiologie des principales glandes qui déversent leurs produits de sécrétion dans l’appareil digestif. IjCS idées générales qui m’ont guidé dans cette compa-
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raison se trouvent développées dans la première leçon qui sert en quelque sorte d’introduction au volume.
Après ce qui précède on ne saurait demander à ces leçons les qualités d’ordre et de suite qu’on est en droit d’exiger d’un traité dogmaticpie, et on doit leur appliquer une critique d’une tout autre nature. Si elles ont éclairé quelques points obscurs de la science et si les faits nouveaux qu’elles contiennent deviennent le point de départ de recherches utiles aux progrès de la médecine et de la physiologie, elles auront atteint leur but.
Les leçons de ce second volume ont été recueillies sous mes yeux et rédigées, par mes élèves et amis, M. H. f^efèvre, licencié ès sciences naturelles, et M. le docteur A, Tripier.
Claude BERNARD.
Paris, 18 septembre 1856.