SIXIÈME LEÇON
SOMMAIRE : Salive mixte : ses propriétés physiques. — Procédés pour la recueillir chez I homme, le chien, le cheval. — Sa composition chimique : matière^ organiques, inorj;aniques ; de la présence dans la salive mixte du sulfocyanure de potassium. — Usage des salives. — La salive n’a aucune action sur les matières albuminoïdes ni sur les matières grasses. — Son rôle sur les matières féculentes. — Rôle purement mécanique des salives.
Messieurs,
.Tusqu’à présent, nous avons étudié isolément chacune des salives simples qui se versent dans la bouche. Mais le phénomène de l’insalivation s'opère avec un liquide mixte qui résulte du mélange de toutes les salives et qui doit avoir des propriétés spéciales. C’est ce liquide mixte que nous devons examiner maintenant.
îja salive mixte n’a jusqu’ici été étudiée que chez l’homme, le chien et le cheval. Nous allons la considérer successivement dans ses propriétés physiques et dans sa composition chimique.
i“ Et d’abord chez l’homme, la salive mixte peut être obtenue directement par 1 action de cracher. Seulement on excite ordinairement la sécrétion des organes salivaires en mettant en contact avec la membrane muqueuse de la bouche soit de la fumée de tabac, soit des corps sapides comme le vinaigre, ou encore des substances sialagogues, telles que la racine de pyrè-
SALIVE MIXTE
thre, etc. On comprend que, dans ce cas, la pureté de la salive puisse être altérée par le mélange de principes solubles empruntés à ces diverses substances excitantes. C’est pour éviter cet inconvénient qu’on a proposé d’autres procédés qui agissent sur la sécrétion salivaire mécaniquement ou par l’intermédiaire de l’imagination. On pourra obtenir une grande quantité de salive mixte, et en peu de temps, en titillant le voile du palais, de manière à déterminer un commencement d’envie de vomir qui fait affluer immédiatement une grande quantité de salive dans la bouche. En exécutant des efforts de bâillement, oil obtient un résultat analogue, Loi'squ’on est à jeun et que l’appétit se fait sentir, la vue, l’odeur ou même le souvenir seul de mets que l’on aime, provoquent également l’arrivée dans la bouche d’une quantité considérable de salive qu’on peut recueillir. Seulement dans ces cas, ainsi que nous l’avons vu, la sécrétion de la glande sous-maxillaire est beaucoup plus abondante que celle des autres glandes.
La salive mixte représente un mélange, en proportions variables, des sécrétions des différentes glandes salivaires. Lorsqu’elle est expuée par la bouche chez l’homme, elle constitue un liquide spumeux, trouble au moment où elle est crachée, et qui, par le repos dans un verre à pied, se sépare en trois portions: i®une, qui surnage, est formée par un liquide écumeux et filant, pins ou moins abondant; q° une partie moyenne est claire, limpide et moins visqueuse; 3“ la partie inférieure se présente sous la forme d’un dépôt
SALTVE MIXTE.
d’une SLibstance gris blanchâtre dans laquelle l’examen microscopique fait trouver des cellules d’épithélium de la bouche en grande quantité, des globules muqueux ou pyoïdes, des globules de graisse, des détritus d’aliments, tels que des débris de fibres musculaires et des cellules végétales, des cristaux de carbonate de chaux et des vibrions provenant de l’altération de parcelles d’aliments restées entre les dents. Toutes ces parties, bien qu’on les rencontre le plus ordinairement dans la salive mixte, ne sont qu'accidentelles et ne sauraient être considérées comme éléments constitutifs d’aucune salive spéciale.
Lorsqu on filtre la salive buccale, les parties supérieure et inférieure restent sur le filtre, et le fluide salivaire constitue alors un liquide limpide, un peu visqueux, moussant légèrement par l’agitation, d’une densité de i,oo4 à 1,008 et d’une réaction normalement alcaline. La salive fraîche n’a pas de saveur ni d’odeur spéciales, mais s’altère rapidement, surtout pendant l’été, et acquiert bientôt une odeur nauséabonde.
Nous avons dit que la réaction de la salive buccale est normalement alcaline; toutefois dans une foule de circonstances accidentelles ou pathologiques, un grand nombre d’observateurs ont constaté depuis longtemps que la salive buccale peut offrir une réaction acide au papier de tournesol. Cette réaction se montre surtout lorsque la membrane muqueuse delà bouche est sèche et que la salive n’a pas coulé depuis longtemps, comme, par exemple, le matin à jeun, ou lorsqu'on a
JJOYEN DE L’OBTEMR.
parlé pendant longtemps. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la cause et la signification de cette acidité de la muqueuse buccale. C’est à tort qu’on avait voulu la considérer comme caractéristique de certains états pathologiques; elle se montre aussi bien chez les personnes en santé que chez les personnes malades. Pour expliquer cette réaction acide, on a supposé qu’il existe dans la bouche deux espèces de sécrétions: une sécrétion propre à la membrane muqueuse de la bouche et ordinairement acide; 2° la sécrétion salivaire normalement alcaline. Il s’ensuivrait que la réaction pourrait être acide ou alcaline, suivant la prédominance de l’une ou de l autre de ces deux sécrétions. Mais si cette sécrétion acide de la muqueuse
buccale existait réellement, elle devrait être mise en évidence, lorsqu’on vient à supprimer autant que possible les diverses sécrétions salivaires. Or sur des chiens j’ai divisé plusieurs fois les conduits salivaires des différentes glandes, parotide, sous-maxillaire, sublinguale et même de la glande de Nuck, ce qui, empêchant la salive d’arriver dans la gueule du chien, aurait dû nécessairement permettre à la sécrétion de la membrane muqueuse de prédominer et de se manifester alors avec sa réaction acide, .lamais dans ces circonstances, même en laissant l’animal à jeun pendant vingt-quatre heures, je n’ai pu constater cette réaction acide. Du reste, rien ne démontre directement cette sécrétion acide de la membrane muqueuse, et il me paraît bien plus probable que cette réactior) n’est pas le tait d’une sécrétion spéciale.
SALIVE MIXTE
mais qu’elle provient simplement d’une altération de matières organiques qui, à la surface de la muqueuse buccale, éprouveraient au contact de l’air une fermentation acide, lactique ou autre. Cette sorte de fermentation est d’autant plus possible qu’il existe très souvent des parcelles alimentaires qui séjournent entre les dents, et que la surface de la membrane muqueuse de la bouche et des gencives est constamment le siège d’une irritation, ainsi que le démontre la présence de globules pyoides dans la salive mixte de l’homme. Chez les animaux où ces conditions n’existent pas, on ne trouve jamais cette réaction acide aU papier de tournesol sur la muqueuse buccale.
î2o Chien. — Leprocédé qu'on peut mettre enusage pour recueillir la salive mixte du chien consiste à empêcher la déglutition de la salive chez cet animal, en lui fixant un bâillon entre les dents; alors le fluide salivaire s’écoule au dehors, sur les côtés de la gueule, à mesure qu’il est sécrété. On obtiendra une quantité beaucoup plus considérable de salive si, alors, on fait voir ou flairer à l’animal , préalablement affamé par une abstinence de douze ou vingt-quatre heures, des aliments cju’il aime , par exemple de la viande rôtie.
La salive mixte du chien est gluante, filante et limpide, d’une densité de 1,0071. il se forme habituellement peu de dépôt dans la salive mixte du chien; aussi on y rencontre moins de lamelles d’épithélium, de •globules pyoïdes et de débris alimentaires. La présence de ces divers éléments dans la salive de l’horaine et dans celle du chien, est en rapport avec une irrita-
MOYEN DE l’OBTENIU.
tion accidentelle de la muqueuse. Souvent, à la suite d’opérations pratiquées chez les chiens sur l’intestin ou l’estomac , il survient des dérangements dans les voies digestives; dans ces cas, j’ai vu souvent la menibràne muqueuse de la bouche présenter une inflammàtion plus ou moins grande : la salive contenait alors une plus grande cjuantité de lamelles d’épithélium , et même des globules pyoïdes, éléments qu’on rencontre à peine dans la salive normale. De même, sur des chiens porteurs de fistules gastriques, si l’on vient à ne boucher qu’incomplétement la canule , de telle sorte que l’air puisse entrer et une partie du liquide s’écouler au dehors, on voit l’animal' dépérir au bout de quelques jours, et la muqueuse buccale devenir le siège d’une inflammation assez vive : la salive de cés animaux contient également beaucoup d’épithélium et des globules pyoïdes. J’ai même vu, dans certains de ces cas, les dents altérées, noircies, cariées même et garnies de tartre à leur base. Si I on venait à boucher hermétiquement la canule chez ces mêmes animaux, l’animal reprenait ses forces, ses désordres digestifs cessaient, et en même temps disparaissaient les changements survenus dans l’aspect des dents et dans la composition de la salive, de telle sorte que quand l’animal avait complètement recouvré la santé , la salive ne présentait que très peu de cellules épithéliales et de globules pyoïdes ; la carie des dents s’était arrêtée , le tartre avait disparu, et de noires qu elles étaient , les dents étaient redevenues blanches.
SALIVK MlXTlî.
3“ Cheval. — Le procédé qu’ont employé MM. Magendie et Rayer (i) pour obtenir la salive mixte du cheval, et que j’ai mis moi-même souvent en pratique, consiste à opérer la division de l’œsophage vers la partie inférieure du cou, puis à faire manger à l’animal du son préalablement lavé à beau distillée bouillante et soigneusement desséché. On recueille à la plaie œsophagienne chacun des bols alimentaires qui se présentent successivement , et on les exprime dans un linge bien propre, pour en séparer le liquide dont ils se sont imprégnés en traversant la bouche, le pharynx et une partie de l’œsophage. 11 faut observer toutefois que, par ce procédé, on obtient, outre la salive buccale, les mucosités nasale et pharyngienne.
L’expression anti physiologique que Lehmann emploie pour indiquer que la gravité de l’opération altère les piopriétés de la salive, ne me paraît pas exacte, car s’il existe des liquides, tels que le suc pancréatique, que peuvent altérer ceri aines opérations graves ou entraînant une grande douleui', la salive n’est pas dans ce cas, et, du reste, la mise à nu de 1 œsophage est une opération simple et facile à pratiquer chez les chevaux, et qui, quand elle est bien faite, trouble si peu les fonctions, que l’animal se met oi dinairement à manger aussitôt après l’opération.
La salive du cheval obtenue par le procédé que
(1) Recherches expérimentales sur la digestion du cheval. {Recueil des mémoires et observations sur l’hygiène et la médecine vétérinaires, t. lit, p. 385.)
COMPOSITION CrilMIQUE.
nous venons d’indiquer était un liquide trouble, gris jaunâtre, peu visqueux, contenant des débris d’épithélium et des globules de pus (i).
Son odeur était légèrement fade et nauséabonde, sa réaction faiblement alcaline.
La composition chimique de la salive mixte, chez l’homme, le chien ou le cheval, est constituée par :
r De l’eau ;
Qo Des matières organiques solubles ou insolubles;
3° Des sels organiques ou inorgauiqiies.
Eau. — L’eau existe en grande proportion dans la salive comme dans presque tous les liquides animaux. Ses rapports varient jieu chez les individus de même espèce ou d’espèce différente, ainsi que le montrent les chiffres suivants :
Sur looo parties de salive, on a trouvé :
Eau.
992,90 chez l’homme. (Berzelius.)
991,22 — (Simon.)
988,18 — (Tiedemann et Gmelln.)
995,16 — (Bidder et Schmidt.)
989,63 chez le chien. (Id.)
986,50 chez l’homme. (L’héritier.)
990,32 chez le cheval. (Comm. d’hygiène.)
On a indiqué certaines variations dans la quantité relative de l’eau de la salive pouvant tenir à l’âge ou
(1) Il faut remarquer que les chevaux sur lesquels j’ai opéré, ainsi que la commission d’hygiène, étaient atteints de morve, de sorte que le mucus nasal , purulent , descendait avec la salive dans l’œsophage , ce qui e.xplique la présence anormale des globules du pus dans la salive du cheval.
SALIVE MIXTE
aux maladies. Ainsi, on a dit que la salive des enfants était beaucoup plus riche en eau, 996 pour 1000 (Lhéritier). Cette différence est peu caractéristique, puisqu’on trouve une quantité à peu près aussi considérable d’eau dans la salive d’un adulte bien portant, 996, 1 6 (Bidder et Schmidt).
Les variations de la quantité d’eau ne sont pas plus caractéristiques pour les maladies. On a dit que la proportion d’eau augmentait dan^ certains états pathologiques, tels que la chlorose (Lhéritier, 990 pour 1000), tandis qu’elle diminuait dans d’autres, tels que les phlegmasies (968,90, Lhéritier), ou la salivation mercurielle (9/4) Brugnatelli; 970, Lhéritier). Ces ' résultats variables ne sauraient caractériser ni l’âge ni les maladies, car on peut rencontrer à l’état normal d’aussi grandes différences dans la proportion d’eau qui tiennent à l’état d’alimentation, soit au moment où l’on recueille la salive, soit à la proportion variable des salives spéciales dont l’ensemble constitue la salive mixte, ainsi que nous l’avons vu à propos de chaque salive en particulier.
Les matières organiques signalées dans la salive mixte sont :
1" L’albumine ;
La caséine ■
3“ Cellules épithéliales j
4" Un peu de graisse contenant du phosphore ^Tiedemann et Gmelin);
5“ Du mucus ;
6" Due matière organique spéciale.
COMPOSITION CHIMIQUE
La présence de X albumine dans la salive mixte a été tour à tour admise et contestée par les auteurs.
Le caractère essentiel que Ton donne, dans l’état actuel de la science, pour reconnaître l’albumine, est sa coagulation par la chaleur, par l’acide nitrique et par l’électricité.
La salive mixte de l’homme, traitée par la chaleur, l’acide nitrique et l’électricité, donne en effet un précipité très léger, soluble dans un faible excès d’acide nitrique, qui peut être attribué à des traces d’albumine. La salive mixte du chien donne à peu près le même résultat que celle de l’homme, tandis que la salive mixte du cheval, traitée par les mêmes agents, fournit un précipité beaucoup plus abondant. La commission d’hygiène hippique a conclu formellement à la présence de l’albumine dans la salive mixte du cheval, en se fondant sur ce que, traitée par la chaleur, cette salive donne un précipité très abondant, insoluble dans l’eau et dans l’alcool, qui se présente sous la forme de flocons très petits, non transparents, gris noirâtre quand ils sont séchés. Ce coagulum peut s’hydrater de nouveau quand il a été desséché, ce qui est encore là un des caractères de l’albumine. Ce précipité, traité par de l’acide chlorhydrique concentré, se dissout, et sa dissolution prend une belle couleur rouge violette; et si on le traite par du sulfate de cuivre, puis par de la potasse caustique, il donne également une couleur violette ; enfin lorsqu’on filtre ce liquide après la coagulation par la chaleur, on n’obtient dans
SALIVE MIXTE
ce qui passe aucune précipitation, soit par le tannin, soit par le sublimé, soit par l alcool.
La commission d’byt^iène pense en outre que l’albumine, dont elle évalue la proportion à o.o pour loo environ dans lecoa.oulum, n’y est pas à l’état pur, mais mêlée à une petite proportion de phosphate et de carbonate de chaux.
L’albumine serait en quelque sorte d’après cela caractéristique de la salive du cheval, puisque, dans aucune autre des salives examinées, on n’en a trouvé une aussi grande proportion. Toutefois cette albumine de la salive n’est pas aussi conqjarable qu’on l’avait pensé à l’albumine de l’oeul, en ce qu’elle possède des caractères propres à la caséine, tels que, par exemple, celui d’étre coagulée complètement par le sulfate de magnésie, qui n’agit pas sur l’albumine de l’œuf. Nous avons constaté ces faits à propos de la salive parotidienne.
\Æicellales épithéliales, qu’on rencontre à l’examen microscopique, caractérisent la salive mixte ou buccale. C’est dans la salive de l’homme que je les ai rencontrées en plus grande abondance; elles sont dans la proportion de i ,64 sur 4,84 de résidu sec donné par looo parties de salive de l’homme (Jacubowitscb).
Ces cellules épithéliales ne sont que des éléments détachés de l’épiderme de la bouche, et elles constituent des grandes cellules aplaties, polygonales, pourvues à leur centre d’un ou de deux noyaux, et mesurant dans leur plus grand diamètre, chez l’homme, de 4 centièmes à n centièmes de millimètre, chez
CAIiACTÈRES PHYSIQUES. 129
chez le chien, de lo centièmes à 8 centièmes de millimètre.
\^e?, globules muqueux ou pyoïdes, qu’on trouve encore à l’examen microscopique, sont également spéciaux à la salive mixte de l’homme et des animaux. C’est chez l’homme que je les ai toujours rencontrés en beaucoup plus grande proportion. Ils représentent des cellules rondes contenant un ou plusieurs noyaux, et dont le diamètre est de 12 millièmes de millimètre chez l’homme et de 2 centièmes de millimètre chez le chien.
On a considéré ces globules muqueux comme pouvant provenir de cellules épithéliales avortées, mais il me paraît beaucoup plus vraisemblable que ce sont des produits accidentels dus à l’irritation de la muqueuse buccale, incessamment en contact avec l’air et les corps étrangers. En rapport avec cette manière de voir, je dirai que ces mêmes globules pyoïdes apparaissent dans les salives parotidienne et sous-maxillaire, ainsi que dans le suc pancréatique , lorsque les conduits des organes glandulaires ont été irrités par l’introduction du tube d’argent qui sert à recueillir le liquide sécrété.
On a trouvé de \di graisse dans la salive mixte, quoique en très petite quantité ; on peut la reconnaître au microscope sous forme de gouttelettes graisseuses, et la constater aussi par les agents chimiques. Pour les mettre en évidence, on n’a qu’à dessécher la salive et à traiter le résidu par l’éther, qui dissout seulement les matières graisseuses. Tiedemann et Grae- 2' SEM. 1855. 9
SALIVE MIXTE
lin (i) disent que la graisse qu ils ont trouvée dans la salive contient le plus souvent du phosphore. En effet, après avoir traité la salive desséchée par l'alcool bouillant et fait redissoudre dans l’eau l’extrait alcoolique, il restait indissous des flocons d’un brun clair, ressemblant à du beurre. Ces flocons, qui brûlaient à l’air avec flamme en répandant l’odeur de graisse, laissaient un charbon difficile à incinérer, qui , traité par le nitrate de potasse donnait du phosphate de potasse.
Mucus et matière organique particulière de la salive. — - Il serait absolument impossible de déterminer avec quelque rigueur les caractères chimiques du mucus^ ainsi que ceux de la substance organique désignée sons le nom de matière salivaire particulière ^ à , laquelle on a fait jouer, dans ces derniers temps, un si grand rôle, relativement aux usages de la salive dans la digestion.
Il n’est pas une question, à propos de ce mucus, solubilité, action des acides, précipitation par les divers réactifs, etc., sur laquelle les auteurs soient tous d’accord. Soluble en partie dans l’eau, pour Budge et Biondlot , le mucus salivaire est complètement insoluble pour les autres chimistes. Suivant les uns, Tiedemann et Gmelin, Tilanus, ce mucus est changé par l’acide acétique en une masse molle transparente, gonflée ; il est au contraire, suivant Berzelius et d’autres, rendu opaque, rétréci par l’action du même acide.
Il en est de même pour la matière organique sali-
(1) Recherches sur la digestion, t. I, p. 11. •
COMPOSITION CHIMIQUE
vaire spéciale ilésignée sous les noms de ptyaline (Berzelius, Simon, etc.), matière salivaire (Tiedemann, et Gnielin, Burdacb), diastase salivaire (Mialhe). Tandisque presque tous les auteurs la donnent comme soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcool, Wright lui donne précisément les propriétés contraires. Selon MM. Blondlot, Mialhe et Gmelin, la chaleur, le tannin, les sels métalliques, précipitent cette substance organique de la salive, tandis que ces mêmes agents n’exerceraient sur elle aucune précipitation suivant Berzelius, Gmelin et Simon.
Toutes ces contradictions, qu’il serait facile de multiplier, tiennent, d’une part aux manières différentes dont on a procédé dans l’étude de ces matières organiques, et d’une autre part aux phénomènes d’altération très variés que subit la salive mixte, dont il ne sera possible de comprendre le mécanisme qu’après l’étude (les matières organiques des différentes salives spéciales, dont la salive mixte n’est que la réunion.
Substances inorganiques de la salive mixte. — Les substances inorganiques qui ont été trouvées normalement dans la salive mixte de l’homme et des animaux sont, pour les acides: l’acide carbonique, l’acide sulfurique , l’acide phosphorique, l’acide lactique, l’acide chlorhydrique ; pour les bases, la potasse, la soude, la chaux et la magnésie. D’après Tiedemann et Gmelin, on y rencontre presque exclusivemeut de la potasse. Par la combinaison des corps ci-dessus mentionnés, on aura donc la salive mixte ; i“ Des carbonates alcalins ;
SAUVE AIIXTE,
2“ Des pliosphates teiTenx ;
3“ Des chlorures ;
4" Des sulfates et des lactales.
5° On a encore indiqué dans la salive la présence du suilocyanure de potassium.
Les carbonates alcalins contenus dans la salive mixte sont des carbonates de soude, de potasse et de chaux.
Quelf|ues auteurs ont pensé que les carbonates alcalins ne préexistent pas, et que la potasse, la soude ou la chaux se trouvent libres dans la salive ou combinées avec une matière organique. Ijehmann, qui admet celte dernière opinion, croit que les carbonates prennent naissance après l’excrétion de la salive, et par son contact avec l’air atmosphérique. Nous en avons déjà parlé à propos de la salive parotidienne. Seulement j’admettrais la prée.xistence des carbonates dans la salive, parce que très souvent j’ai constaté que la salive parotidienne du chien ou du cheval fait une vive effervescence avec les acides au moment même de son issue du canal de Sténon, avant que l’air ait pu sensiblement exercer son action. Il est un fait remarquable à cet égaid et qui a été surtout constaté chez le cheval, c’est que la salive mixte ou buccale contient beaucoup moins de carbonates que la salive parotidienne. En effet, la première ne donne que fort peu ou même pas d’effervescence avec les acides, et n’est pas sensiblement précipitée parles eaux de chaux et de baryte, tandis quelaseconde produit une vive effervescence par les acides et est abondamment précipitée par les eaux
COMPOSITION CHIMIQUE
de chaux et de baryte. D’où vient cette disparition des carbonates dans la salive mixte? Serait-ce que les salives pures, en arrivant dans la bouche au contact de la membrane muqueuse et de l’air, subiraient une espèce de décomposition qui déterminerait la précipitation des carbonates insolubles ? Ceci expliquerait les cristaux de carbonate de chaux qu’on trouve souvent dans la salive mixte recueillie eu raclant un peu le dos de la lan(>ae, et qui sont très faciles à reconnaître au microscope.
Les phosphates ont été signalés dans la salive mixte de l’homme, du chien et du cheval. Tfacide phosphorique serait surtout combiné avec la soude. Sur loo parties des cendres de la salive mixte de l’homme, f)U a trouvé 28,12 pour 100 de phosphate de soude bibasique (Enderling). On a même trouvé une proportion plus forte de phosphate tribasique que Jacubowitsch évalue à 5i,i pour lôo.
Tous les auteurs s’accordent à dire que le ])hosphale de chaux existe eu très petite quantité dans la salive mixte : plusieurs même n’en font pas mention.
Néanmoins quelques auteurs (Fourcroy, Wollaston) disent que le phosphate de chaux entre pour la presque totalité dans les calcids salivaires dont on signale l'existence chez l’homme, tandis que dans les calculs salivaires trouvés chez les herbivores, les phosphates n’entreraient que dans une proportion minime , 3 à 4 pour 100 relativement au carbonate de chaux, dont la quantité est de 80 à 90 pour 100.
On a voulu rattacher à la présence des phosphates
SALIVE MIXTE
dans la salive mixte la production de ce tartre qui se trouve à la base des dents. Ce tartre est une masse concrétée renfermant, d’après les analyses qu’on en a faites, des matières organiques telles que des cellules d’épithélium, des corpuscules de mucus, des vésicules graisseuses, des infusoires des genres vibrions et monas, et des matières minérale.s composées presque exclusivement par du phosphate de chaux (6o à 8o pour loo, Berzelius, Vauquelin, Bibra, etc.), et d’un peu de carbonate de chaux. Comment se fait cette production du tartre, en supposant qu’elle provienne de la salive mixte? On a émis à ce sujet des opinions différentes.
Des auteurs ont vu dans la production du tartre des dents une simple déposition de sels à la base des dents, par suite de l’évaporation de la salive. M. Dumas explique la formation du tartre en admettant deux espèces de salives, l’une acide, l’autre alcaline, qui sursature la première. l,.a salive acide tiendrait en dissolution des phosphates ; et dès que l’acide serait saturé par la seconde salive alcaline, les phosphates se déposeraient et contribueraient, à former le tartre. Mais ceci n’explique pas l’énorme disproportion des phosphates de chaux qui existent dans les salives à l'état de traces, tandis que , dans le tartre, il y en a 6o à 8o pour loo ( Berzelius, de Bibra, Vauquelin, etc.).
On a parlé aussi de glandes tar'tarlques ' dans les gencives, qui auraient la propriété de sécréter le îai'tre des dents. L’observation anatomique n’a pas établi l’existence de ces glandes, et au point de
COMPOSITION CHIMIQUE
vue physiologique, il serait difficile de comprendre les fonctions de ces glandes nornialement instituées pour sécréter une substance telle que le tartre des dents, qui, chez l’homme et le chien, est anormale et accidentelle.
Enfin, il y aurait une dernière explication à donner, qui me paraîtrait plus probable: ce serait celle qui ferait dépendre la formation du tarlre des dents d’une irritation du périoste alvéolo-dentaire à la suite du déchaussement des gencives ramollies par des fragments alimentaires pendant l’acte de la mastication. On pourrait citer à l’appui de cette opinion, que les dents de la mâchoire inférieure qui se déchaussent plus facilement dans l’acte masticatoire sont celles qui se trouvent garnies de tartre en plus forte proportion. J’ai déjà dit que chez les chiens qui n’ont pas les dents tartreuses à l’état normal, un dépôt de cette nature plus ou moins abondant se^ formait lorsqu’on venait à opérer un dérangement des voies digestives, en laissant, par exemple, une fistule gastrique bouchée incomplètement pendant quelque temps, et que cette production de tartre s’an'êlait et disparaissait quand cessaient l’irritation des voies digestives et celle de la muqueuse buccale, par la suppression de la cause qui l’avait produite. Dans cette dernière opinion, les phosphates terreux qui entrent dans la composition du tartre des dents ne seraient point empruntés à la salive, mais seraient une sécrétion anormale du [)érioste alvéolo-dentaire, comme cela a lieu dans les périostites des os. l^es molécules de carbonate de chaux,
SALIVE MIXTE
les cellules épithéliales, les globules pyoïdes , etc. , proviendraient, au contraire, du fluide salivaire mixte, où nous avons en effet signalé leur présence.
Les chlorures alcalins se rencontrent en notable proportion dans la salive mixte de l’homme et des animaux. On a, de plus, signalé dans la salive mixte la présence de lactates , de sulfates et des traces de silice ; mais aucune considération spéciale ne se rattache à l’existence de ces substances.
Il n’en est pas de même du sulfocyanure de potassium, regardé comme un sel caractéristique de la salive de l’homme et des animaux, et sur lequel les chimistes et les physiologistes ont beaucoup discouru à j aison de la présence singulière clans le fluide salivaire de cette substance qui, par sa composition, devrait être douée de piopi iétés très vénéneuses.
D’abord découvert clans la salive de l’homme par Treviranus, le sulfocyanure a été étudié depuis par beaucoup de chimistes qui ont obtenu à ce sujet des résultats différents. Quelcjues-uns ont nié complètement son existence. Parmi ceux qui l’ont admis, les uns ont considéré ce sel comme un des éléments normaux du fluide salivaire, les autres au contraire ont soutenu que sa présence était le résidtat d’une altération de la salive.
Tiedemann et Gmelin ont admis la présence du sidlocyanure de potassium dans la salive mixte de l’homme d’après les réactions suivantes (i). lis ont
(1) Recherches expérimentales sur la digestion. Paris, 1827, t. I,
COMPOSITIOM CHIMIQUE.
pris une assez grande quantité de salive humaine qu’ils ont épuisée par l’alcool ; ils ont filtré, puis ils ont distillé l’alcool ; après quoi ils ont mêlé le résidu alcoolique avec de l’acide phosphorique et distillé de nouveau au bain-marie. Le liquide reçu possédait la propriété de rougir les sels ferriques. Pour s’assurer que c’était bien à du sulfocyanure qu’était due cette coloration, on a repris une autre portion du liquide traité par l’alcool et privé de cet alcool par la distillation. On y a ajouté du chlorate de potasse, du chlorure ferrique et de l’acide chlorhydi ique; puis, par l’addition de l’eau de baryte, il s’est précipité peu à peu du sulfate de baryte, d’où il faut admettre dans la salive la présence du soufre qui a formé le sulfate de baryte.
IjCS auteurs qui ont recherché la présence du sulfocyanure dé potassium dans la salive se sont appuyés sur des réactions semblables à celles indiquées par Tiedemann et Grnelin. C’est donc à l’aide des mêmes caractères chimiques que le sulfocyanure de potassium a été constaté dans la salive mixte de l’homme, dans celles du chien et du cheval. La proportion de sulfocyanure dans la salive mixte de l’homme a été un peu différemment estimée; elle serait de 0,006 pour 100 (Jacubowitsch),de o,5i 30,98 pour 100 (Wright), de 0, 0046 à 0,0089 pour 100 (Lehmann).
L’existence constante du sulfocyanure dans la salive à l’état normal est admise par un très gixmd nombre d’observateurs, qui sontTiedemann et Grnelin, Wright, Mitscherlich, Dumas, .lacubowitsch, Ijchmann, etc.
SALIVE MIXTE
Schultz (i) nie que la coloration rouge que la salive prend par l’addition de quelques gouttes de perchlorure de fer soit une réaction suffisante pour caractériser le sulfocyanure, et il rappelle à ce sujet, d’après Berzelius, que l’acétate de soude peut donner avec les sels ferriques une coloration analogue. Cette négation du sulfocyanure de potassium émise sous la même forme par Strahl, n’est pas admissible, parce que le grand nombre des chimistes et des physiologistes qui ont recherché le sulfocyanure dans la salive, et en particulier Tiedemann et Gmelin, ont eu recours à d’autres caractères, ainsi que nous l’avons dit précédemment. *
On a aussi agité la question de savoir si le sulfocyanure de potassium trouvé dans la salive y existait à l’état normal, ou s’il ne devait pas être considéré plutôt comme une production pathologique ou comme un résultat des manipulations chimiques.
En effet, Lehmann (q) a examiné la salive d’un malade atteint de salivation mercurielle. Lorsque la membrane muqueuse buccale était gonflée et douloureuse, la salive contenait beaucoup d’épithélium et de mucus; elle était trouble, gluante, floconneuse et fortement alcaline; elle renfermait peu de ptyaline, mais, en revanche, beaucoup de sulfocyanure. Quand l’inflammation de la membrane muqueuse fut éteinte, le sulfocyanure disparut dans la salive, ainsi que son
(1) De alimentorum concoctione. Berlin, 1834, p. 61.
(2) Lehrbuch der phys. Chemie, t. II.
COMPOSITION CHIMIQUE
aspect trouble et son excès d’alcalinité. Dans ce cas, la présence du sulfocyanure dans la salive paraissait donc liée à un état pathologique.
L’altération spontanée du fluide salivaire ne semble pas donner naissance au sulfocyanure ; mais il eu serait autrement quand on fait en même temps intervenir certaines manipulations chimiques. A l’appui de cette idée, je rapporterai une expérience de la commission d’hygiène. On examina à l’état frais de la salive de cheval, et l’on n’y constata aucune trace de sulfocyanure par les réactifs ordinaires. Une portion de cette même salive fut traitée par l’alcool et abandonnée à elle-même pendant environ trois mois. Simultanément on avait abandonné pendant le même temps une portion du même fluide salivaire, qui n’avait pas été traité par l’alcool. Au bout de trois m.ois, cette dernière salive ne donnait pas de coloration rouge par les sels de fer, tandis que celle traitée par l’alcool en donnait une très manifeste qui était caractéristique du sulfocyanure. Ces résultats rentrent complètement dans l’opinion de Berzelius, qui pense que le sulfocyanure n’existe pas dans la salive à l’état normal, mais qu’il est dû à l’action de l’alcool sur la matière salivaire.
J’ai également vu que de la salive d’homme dans laquelle on ne constatait pas la réaction du sulfocyanure en l’examinant directement, prenait quelquefois cette réaction quand on l’avait simplement fait" évaporer. On ne pouvait pas dire cependant qu’on avait, dans ce cas, concentré le sulfocyanure de
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SALIVE MIXTE
potassium ; car ea restituant à Ja salive la quantité d’eau qu’elle avait perdue par l’évaporation, on obtenait également la réaction rouge par le percblorure de fer.
Toutefois, bien qu’il paraisse très probable, d’après ce que nous venons de dire, que le sulfocyanure ne préexiste pas dans la salive , mais qu’il s’y développe sous certaines influences accidentelles, l’oi-igine de cette substance est encore aujourd’hui très obscure, et il est impossible de déterminer d’une maniéré précise toutes les conditions qui lui donnent naissance. Ce qu’il y a de certain et ce que j’ai constaté bien souvent, c’est qu’en examinant directement , à l’aide de quelques gouttes de percblorure de fer, la salive mixte fraîche de beaucoup de personnes, qui toutes ont l’apparence d’une parfaite santé, on trouve que cbezjes unes la salive prend toujours la coloration rouge caractéristique du sulfocyanure, tandis que chez les autres cette réaction ne s’observe jamais. J’ai cru remarquer, d’après un certain nombre d’observations, que cette réaction indiquautla présencedn sulfocyanure danslasalive fraîche était toujours liée à l’état de carie d’une ou de plusieurs dents, et qu’elle n’existait pas chez les personnes qui avaient les dents [larfaitement saines. Cette indication pourrait peut-être résulter d’une coïncidence, mais elle acqueri ait de la valeur si elle se trouvait vérifiée par un très grand nombi'c d’observations.
Ce faitsingulier que lesulfocyanure, regardécomme une sidDstance très vénéneuse, peut exister en certaine proporiion dans la salive, a fourni carrière à limagi-
COMPOSITION CHIMIQUE
nation de plusieurs physiologistes qui out eru trouver, dans l’exagéralion de cette sécrétion sulfocyanique, la raison de la rage, qui se transmet, comme on sait, par l’inoculation des fluides salivaires des animaux atteints de celte terrible maladie. C’est ainsi que Wright a dit que la salive mixte injectée dans les veines des chiens les faisait périr rapidement en déterminant les phénomènes de l’hydrophobie. Mais il est prouvé aujourd’hui que la salive employée par Wright était obtenue à l’aide de la fumée de tabac, et que c’est à la présence de cette dernière qu’il faut attribuer les accidents qu’il a observés. La salive obtenue sans mélange de substance étrangère, et injectée dans les veines des animaux, ne produit aucun accident fâcheux.
Eberle (i) prétend que la formation du sullocyanure dans la salive est liée comme la rage à un certain état du système nerveux; et il a institué, d’après cette idée, le procédé qu’il conseille de suivre pour recueillir la .salive. Pour obtenir la salive pure, Eberle dit qu’il faut la recueillir à jeun ; et voici comment il procède sur lui-même. A son lever, il tousse, crache et se rince la bouche pour bien nettoyer sa membrane muqueuse buccale, puis il va faire un tour de promenade pour se mettre de bonne humeur. Il rentre, .s’assied, place une cuvette entre ses jambes, baisse la tête et laisse écouler de sa bouche ouverte la salive qui se sécrète en même temps qu’il pense à des choses agréables et
(1) Physiologie (1er Verdauung.
SALIVE TOTALE
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particulièrement à des mets qu’il aime beaucoup. La salive ainsi obtenue est parfaitement normale, dit Eberle, et dépourvue de sulfocyanure. Mais si, au moment de la sécrétion salivaire, il pensait ii des choses désagréables et particulièrement à ses ennemis, aussitôt la salive changeait de nature et se chargeait abondamment de sulfocyanure. Depuis Eberle, je ne sache pas qu’aucun physiologiste ait eu l’imagination assez forte pour obtenir un résultat pareil.
Messieurs, la salive mixte, telle que nous venons de l’étudier, formée par la réunion de tous les fluides que les glauiles et glandules salivaires viennent de verser dans la cavité buccale, n’est point encore Vdsalii’e totale, c’est-à-dire telle qu elle descend dans l’estomac. Les alimentsse mélangent encore avec les fluides lacrymaux et nasaux qui descendent dans le pharynx par l’ouverture postérieure des fosses nasales. En outre, il y a encore des fluides sécrétés par les glandes de la base de la langue, les tonsilles , les glandules du pharynx et de l’œsophage, qui parviennent encore dans l’estomac, et s’ajoutent à la salive. Chez certains animaux, tels que le cheval, par exemple, ce fluide pharyngien est très abondant, et il a été l’objet d’études spéciales de la part de M. Riquet.
Sur le cheval, dans l’intervalle des repas, on observe un mouvement de déglutition intermittent qui se renouvelle toutes les deux, trois ou quatre minutes.
Pour savoir si ce mouvement était spasmodique ou déterminé par la déglutition d’une partie de la salive qui humecte la bouche, M. Riquet a dégagé l’œsophage
FLUIDE PHARYNGIEN.
d’un cheval vers la partie inférieure de l’encolure du côté gauche, incisé la membrane musculeuse et placé une ligature sur la muqueuse qui a été largement ouverte au-dessus de l’obstacle.
Aussitôt il en est sorti un jet de fluide limpide très visqueux. Dès ce moment des gorgées de fluide de même nature se sont succédé à des intervalles à peu près égaux; chaque gorgée pesait environ 1 5 grammes.
Le liquide pharyngien alcalin possède la propriété de communiquer la viscosité à une grande quantité d’eau. Abandonné à lui-même pendant plusieurs jours, il se liquéfie. L’ébullition ne lui enlève pas sa viscosité et ne produit sur lui aucun changement.
L’acide azotique concentré ie trouble légèrement sans le fluidifier; il en est de même du bichlorure de mercure. L’eau de chaux y produit des flocons blancs.
Relativement à la quantité du fluide pharyngien sécrété dans un temps donné, l’expérience suivante fut faite :
Un cheval, âgé de sept ans, en bon état et atteint d’un catarrhe nasal chronique, subit l œsophagotomie. Pendant les soixante et une minutes qui ont suivi l’opération, l’animal rendit par l’ouverture œsophagienne trente-cinq gorgées de fluide; elles pesaient 38o grammes.
Quatre heures après l’opération, il a rendu dans l’espace de soixante minutes trente et une gorgées de fluide ; elles pesaient 34o grammes.
Vingt-quatre heures après l’opération, il a rendu,
SALIVE TOTALE
dans l’espace de soixante-deux minutes, trente gorgées de fluide; elles pesaient 872 grammes.
Des données précédentes, M. Puquet conclut à une moyenne d’environ 8 kilogrammes pour l’espace de vingt-quatre heures.
Cette expérience lut répétée, avec des résultats sensiblement les mêmes, sur un cheval de onze ans atteint de morve chr onique, et observé pendant quatre jours après l’opération.
Voulant savoir si la salive parotidienne et la salive maxillaire n’entraient pas pour une partie dans la formation des gorgées de fluide rendu, M. Riquet répéta l’expérience sur trois chevaux morveux privés d’une partie ou de la totalité de la salive des quatre principales glandes. La sécrétion recueillie par l’œsophage s’est présentée dans les mêmes proportions.
En donnant aux chevaux opérés de l’eau, et la recevant dans un vase à sa sortie par l’ouverture œsopha- •gienne, on trouva l’eau alcaline et possédant un certain degré de viscosité.
Les mêmes animaux ayant mangé plusieurs espèces d’aliments solides, chaque bol, en sortant de l’œsophage, était recouvert d’uuecouche de fluide visqueux, l’intérieur n’en contenant pas,
M. Riquet n’a pas essayé l’action de ce fluide sur les matières alimentaires, et penche à lui attribuer un rôle mécanique qui facilite le glissement dans l’œsophage du bol préalablement issalivé.
Pour reconnaître le siège de cette abondante sécrétion, M. Riquet a pris des morceaux de membrane