USAGES MÉCANIQUES
muqueuse sur différents points de la cavité buccale, des parois du pharynx , des poches gutturales, de l’œsophage et de la langue. Après les avoir lavés et exprimés dans un linge, il les a plongés isolément, pendant vingt-quatre heures, dans une petite quantité d’eau tiède. Le morceau de membrane muqueuse appartenant à la base de la langue a seul communiqué à l’eau de macération la viscosité limpide du fluide sécrété. La substance sous-jacente à cette muqueuse a donné le même résultat.
M. Riquet, qui n’a jamais trouvé ce fluide pharyngien dans l’estomac, pense qu’il ne s’y arrête pas et qu’il passe immédiatement de l’œsophage dans le duodénum.
Ce liquide ne se mélange pas avec la salive parotidienne. Placé avec cette salive dans un tube qu’on agite, les deux produits de sécrétion se sont d’abord mélangés; mais, au bout d’une heure, ils étaient de nouveau tout à fait séparés.
Nous allons, messieurs, aborder maintenant les usages des salives. Les anciens physiologistes avaient attribué aux liquides salivaires un rôle purement mécanique, ils pensaient qu’ils avaient surtout pour objet de faciliter la mastication. Mais, comme nous l’avons vu, ils ne distinguaient nullement les salives entre elles, et étaient d’avis que toutes les glandes salivaires versant dans la cavité buccale des produits identiques, pouvaient se suppléer les unes les autres.
Déjà, à propos de la salive parotidienne, nous avons signalé l’influence que la sécrétion de cette glande a sur le phénomène mécanique de la déglutition. Je 2* SEM. 1855. 10
SALIVE TOTALE
vais rappeler ici des expériences qui montrent encore cette même influence de la parotide et des autres glandes salivaires sur l’insalivation et la déglutition. Il suffira de citer les faits, leurs résultats parleront d’euxmêmes, sans qu il soit besoin d’aucun commentaire.
Expérience. — .T’ai pratiqué, vers la partie inférieure du cou, sur un cheval assez vigoureux, une plaie à roesophage qui fut maintenue béante à l’aide de deuxérignes ;on donna ensuite 5oo grammes d’avoine à manger a l’animal, ce qu’il fit sans difficulté, car il était a jeiiudepuisla veille. Quinze ou dix-huit secondes après que le cheval eut commencé à opérer la mastication, l’avoine mâchée et déglutie apparut à la plaie œsophagienne, sous forme d’un bol broyé, bien moulé, parfaitement humecté, pâteux à 1 intérieur et enveloppé extérieurement par une couche assez épaisse de salive muqueuse gluante. Tous les quarts de minute environ, il sortait paria plaie œsophagienne un nouveau bol d’avoine insalivée, entouré d’une couche épaisse de mucus, ainsi qui! a été dit. Au bout de neuf minutes, le cheval ayant fini de manger les 5oo grammes d’avoiue, je lui pratiquai alors la section des deux canaux parotidiens, de façon que la salive sécrétée pai' ces glandes s’écoulât désormais au dehors de la bouche. Après l’opération, le cheval se remit à manger 5oo nouveaux grammes d’avoine qu’on lui donna. Cette fois, quoique la mastication ne parût pas être géne-c en eüe-meme, cependant elle s exerçait plus longuement sur les substances à broyer, car ce ne fut qu apres une minute et demie de mastication que le
USAGES MÉCANIQUES. ïhl
premier bol d’avoine se montra à la plaie œsophagienne. Le bol, bien moulé et entouré de beaucoup de mucosités, était plus petit que celui que le cheval rendait avant la section des canaux salivaires parotidiens. L’avoine était bien broyée, mais, intérieurement, la masse, au lieu d’être pâteuse, se montrait cassante et très peu humectée. Pour les bols suivants, la déglutition devenait de plus en plus difficile'; le cheval mastiquait de plus en plus longuement, et il se passait quelquefois deux minutes et demie à trois minutes entre l’apparition de deux bols successifs. L’animal, dans les efforts qu’il faisait pour déglutir l’avoine (jui se collait à son palais, avalait souvent une certaine quantité d’air qui sortait avec bruit par la plaie de l’œsophage, au-devant du bol alimentaire. Vingt-cinq minutes s’étaient écoulées, que le cheval n’avait pas encore fini ses 5oo grammes d’avoine ; on pesa ce qui restait, et il n’y avait eu que 36o grammes d’avoine mâchés et déglutis en vingt-cinq minutes, tandis qu’avant la section des canaux parotidiens, nous avons vu 5oo grammes de la même substance être broyés et déglutis en neuf minutes. Pendant que le cheval mâchait ainsi péniblement son avoine , les deux conduits parotidiens divisés laissèrent couler une salive claire et limpide à jet à peu près continu, et la quantité qui eu fut recueillie pendant vingt-cinq minutes était de deux litres environ. Le cheval paraissant avoir soif, on lui offrit de l’eau; il but à longs traits, et les gorgées de liquide qui se suecédaient environ de seconde en seconde étaient lancée.s au (iehoj'.s avec
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force par la plaie de 1 'œso|)hage ; mais, chose remarquable, pendant tout le teujps que dura la déglulition de l’eau, il ne s’écoula pas une seule goutte de salive par les conduits parotidiens, ilais l’eau était mousseuse et visqueuse, et chaque gorgée d eau lancée pesait en moyenne environ loo grammes.
En faisant ces expériences sur d’autres chevaux, j’ai obtenu des résultats entièrement analogues. Mais, sur l’un d’eux sur lequel l’œsophage avait été divisé en travers, j’ai observé, relativement à la déglutition, un fait singulier que je n’ai vu signalé nulle part. Chez l’animal, l’œsophage avait d’abord été ouvert à la partie inférieure du cou par une incision longitudinale. Le cheval mangeait, et, comme à l’ordinaire, le mélange alimentaire sortait par la plaie œsophagienne divisé par bols réparés qui correspondaient à autant de bouchées. Mais, alo, s, on coupa en travers l’œsophage, qui se rétracta vers la partie supérieure de la^ plaie du cou. Alors l’animal continuait toujours de manger; mais les aliments ne sortaient plus par bojs distincts et séparés par un certain intervalle de temps. Les aliments s’accumulaient dans l’œsophage, et les aliments mâchés restaient moulés comme les matières fécales et sous forme d’une sorte de boudin alimentaire. Dans la section de l’œsophage, il n’y avait eu aucun nerf coupé, et il est difficile de voir ici la conséquence d’une paralysie quelconque , lors même qu elle serait due à un nerf qui remonterait de bas en haut dans les parois de l’œsophage. En effet, la ligature du canal œsophagien au-dessous de la plaie n’avait
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produit rien de semblable, et les aliments sortaient toujours par bols. C’est seulement loi sque le tuyau œsophagien eût perdu sa tension par la section en travers, et qu’il fut privé de son point d’attache inférieurement, que les contractions péristalti(|ues furent gênées et ne purent plus faire cheminer les aliments d’un bout à l’antre du conduit. Du reste, il faudrait étudier cc phénomène de plus près qu i! ne l’a été, et c’est uniquement pour cela que je le signale à votre attention.
D'ap rès ce qui a été dit plus haut, on peut prévoir que les aliments réclameront d’autant plus dit salive qu’ils seront plus secs ; de sorte que la quantité desalive fournie n’est pas en raison de la qualité chimitpie de l’aliment, mais bien en raison de la (utalilé physique.
Le tableau suivant prouve la proposition que nous venons d’avancer. Ces expériences, ainsi cpie plusieurs antres qui suivent, ont été faites j>ar le procédé de la
commission d’hygiène indîcjué précédemment.
NO^l
de
l’aliment.
POIDS
de rnlinient avant
la maslictjit.
cl lu
deglulilion.
POIDS
de raJiment après
la muslicat.
et la
de'glulilion.