‹ Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine :Chapitre 42 sur 111 · EXTRACTION DU SUC PANCRÉATIQUE · texte numérisé non relu

EXTRACTION DU SUC PANCRÉATIQUE

cré, il est de la grosseur d’une plume de corbeau ; on le voit ici gonflé par le suc pan= créatique. J’ouvre ce conduit avec la pointe de ciseaux fins; il s’en écoule aussitôt de grosses gouttes d’un suc pancréatique incolore, limpide , offrant une consistance visqueuse et filante; et il a ceci de particulier, que cette viscosité est telle que le suc pancréatique ne se mélange pas facilement avec le sang qui l’entoure, et qu’il en reste isolé à la manière d’un liquide huileux ou d’une dissolution fortement

gonimee.

Actuellement, nous introduisons dans le conduit pancréatique un petit tube d’argent de 5 millimètres de diamètre et de lo à 12 centimètres de long (fig. 26) que l’on fixe à l’aide d’un fil pi éalablement passé sous le conduit. Nous faisons alors rentrer dans l’àbdomen le duodénum et le pancréas, nous fermons la plaie par une suture, en ayant soin de réunir d’abord lès muscles

abdominaux avant de réunir la peau

Fig. 35. — A, mandrin dont l’extiemité doit dépasser un peu le tube B,

pour faciliter l'introduction de celui-ci dans le conduit pancréatique;

B, tube d argent muni à ses extrémités cc de rainures destinées à retenir les fils qui fixent le conduit pancréatique, ainsi que la vessie servant de réceptacle au suc sécrété.

Fie. 25.

192 s ü C P AN C RE ATIQ ü R .

et de laisser au dehors l’extrémité libre du tube d’argent. Mais avant nous avons, pour donner plus de solidité à l’appareil, fixé le tube paruneligature passée dans les parois de l’intestin à l’aide d’une aiguille (fig. q6).

Vous voyez déjà à l’extrémité de ce tube de grosses gouttes filantes d’un liquide limpide, qui se succèdent avec plus de rapidité quand l’animal fait des efforts, et qui ont une réaction très alcaline au papier de tournesol.

Nous allons maintenant fixer une vessie de caoutchouc à l’extrémité du conduit, pour recueillir tout le suc qui va s’eu écouler d’ici à quelques heures. La figure 26 vous fera comprendre :comment l’opération est pratiquée.

Fig. 26.

A, conduit principal du pancréas du chien dirige transversalement; — a, insertion des conduits pancréaliquès à 1 intestin dans lequel est intre-

SON EXTRACTION

duit le tube I ; — a', petit conduit pancréatique ; — a'', ligature qui fixe le tube à l’intestin; — ff, fil qui maintient les ligatures; — I, intestin; — PP', pancréas; — T, tube d’argent; — Robinet pour recueillir le suc pancréatique à mesure qu’il s’écoule dans la vessie; — V, vessie de caoutchouc fixée à l’extrémité libre du tube d’argent.

Vous voyez, messieurs, que l’opératioii n’a guère duré plus de cinq à six minutes; la plaie de l’abdomen a été peu étendue, les intestins sont restés très peu de temps en contact avec l’air, il y a tout lieu de croire qu’il ne se développera point d’inflammation et que l’animal guérira parfaitement. Car il y a un grand principe qu’on ne doit pas oublier dans toute expérience physiologique, c’est que toutes les fois qu’on veut connaître les propriétés d’un liquide organique, il faut l’avoir obtenu dans des conditions complètement physiologiques ; il faut que les animaux soient bien portants, et que les fonctions qu’on examine ne soient pas trop profondément troublées. Il arrive souvent que, par suite des opérations qu’on fait subir à un animal, les sécrétions ont pu être modifiées, de sorte que le résultat qu’on obtient n’est plus l’expression de l’état normal. Ainsi il y a des animaux tellement sensibles, que l’opération faite sur eux pour obtenir du suc pancréatique donne immédiatement des produits morbides. Ce sont des circonstances de ce genre qui ontétécausedeladiversilé desopinions des auteurs.

Dans l’expérience que nous venons d’exécuter, il nous a fallu faire subir à 1 intestin une manipulation irritante, et donner accès à l’air dans la cavité péritonéale. Il y a des animaux qui ont une très grande tendance à la

2* sEM. 1855.

19^1 suc PANCRÉVTIQUK.

péritonite : ainsi le cheval est nn de ceux chez lesquels le péritoine est le plus sensible; le hœuF, le lapin le sontnn peu moins. liC chien résiste généralement bien aces opérations, les péritonites sont assez rares chez lui. Enfin il y a des animaux chez lesquels la péritonite est encori’ plus difficile à survenir, ce sont les oiseaux, auxiptelson peut ouvrir le ventre presque impunément. Vous comprenez, messieurs, l’importance de ces observations. Quand vous voudrez avoir du suc pancréatique normal, il faudra évidemment choisir des animaux chez lesquels l’opération n’entraîne pas une péritonite généi ale. Ceux qui sont préférables à ce titre sont les chiens, les chats, les oiseaux, etc.

C’est à ces différences d’organisation et par suite de susceptibilité, qu’on doit attribuer, ainsi que nous l’avons dit, les divergences des auteurs sur les propriétés du suc pancréatique. Ainsi INIM. Leuret et Eassaigue ont regardé cette sécrétion comme étant complètement analogue à la salive : ils disent, par exemple, que le suc pancréatique ne se coagule pas parla chaleur; tandis que MM. Magendie, Tiedemann et Gmelin indicjuent que la coagulabiliié est un des caractères de ce liquide. Le suc obtenu par MM. Leuret et fyassaijpie 1 avait été dans de mauvaises conditions sur un cheval. On demandera comment on peiitsavoir si l’on a du suc pancréatique normal ou anormal, et pourcpioi l’on est en droit de venir dire que le suc pancréatique obtenu chez le cheval en lui plaçant un tube dans le conduit e.sl anormal. Le moven de l'ésoudre la difficulté consi>;te à tuer l’animal brusquement

SON EXTRACTION

au- moment où il est en digestion, à ouvrir son canal qui est énorme, et à y recueillir une certaine quantité de liquide, qui évidemment est du liquide normal. On lui trouve alors des propriétés tout à fait différentes de celles qu’avaient constatées MM. Leuret et Lassaigne.

Il y a la même chose à dire relativement aux différentes époques où l’on recueillera le suc pancréatique. Ainsi sur un chien, quand Inexpérience a été faite aussi bien que possible, on obtient dans les premières heures après l’opération un suc pancréatique ayant toutes les propriétés du suc normal ; mais le plus ordinairement le lendemain ou le surîendemain, ce suc pancréatique, qui continuera à couler très abondant, aura complètement changé d’aspecf et de propriétés : de visqueux et coagulable qu’il était, il sera devenu fluide et ne se coagulera plus. A quoi tient celte différence? A ce qu’il s’est développé là une péritonite locale qui a modifié la sécrétion, comme le coryza par exemple change celle des fosses nasales. C’est cette modification qui a fait qu’on a attribué pendant longtemps au suc pancréatique des propriétés analogues à celles de la salive. Nous verrons cependant combien il y a de différences à cet égard, quand on a soin de se placer dans des conditions physiologiques.

Le suc pancréatique constitue une sécrétion intermittente, comme la plupart des sécrétions intestinales. Ce suc se produit au moment où la digestion stomacale commence. Cette sécrétion amène dans l’organe des changements très caractéristiques. Ainsi, jjendant l’abstinence, lorsque le pancréas est en repos, on con-

suc PANCRÉATIQUE.

State que le tissu de cet orfjane est d’une couleur pâle, les vaisseaux y sont peu développés; tandis qu’au contraire, pendant la digestion, au moment où la sécrétion pancréatique s’accomplit, le tissu pancréatique devient rouge, turgescent, comme érectile, les vaisseaux sanguins sont gorgés et la circulation y est très active. Ce changement de la circulation pendant le repos et le fonctionnement de l’organe n’est pas un fait qui soit particulier au pancréas ; tous les organes sécréteurs sont dans le même cas, la membrane muqueuse stomacale est pâle pendant l’abstinence, et devient de même turgide, colorée par le sang pendant la sécrétion du suc gastrique; les intestins, également pâles pendant l’abstinence, sont le siège d’une vascularisation très active au moment où la digestion intestinale s’accomplit.

Quand on veut obtenir du suc pancréatique, c’est donc au moment où la sécrétion a lieu qn il faut prendre les animaux. Nous avons consialé, en effet, que si l’on introduit un tube dans le canal pancréatique d’un animal à jeun, on n’obtient pas de suc pancréatique, tandis que I on en obtient immédiatement si l’animal est en digestion , c’est-à-dire si la sécrétion du suc pancréatique a lieu. Cette sécrétion commence presque immédiatement après l’ingestion des substances alimentaires dans l’estomac, de sorte qu’il y a déjà une certaine quantité de suc pancréatique sécrété quand les aliments arrivent dans l’inlestin. Nous aurons plus tard à revenir sur cette particularité, à prooos des cbvlifères du lapin.

SON EXTRACTION

Enfin, quand on veut faire des expériences sur des chiens, il faut encore faire un choix d’animaux, car il en est de plus sensibles les uns que les autres; nous avons observé qu’en p^énéral les mâtins, les chiens de boucher, les chiens de beiger surtout, résistent mieux à cette opération que les chiens de chasse, par exemple.

Fig. 2y. — Chien de bercer (femelle) adulte, sur lequel on a pratiqué une fistule pancte'ntique.

A , tube d’argent sur lequel est fixée la vessie; — B, vessie; — C, robinet destiné à recueillir le suc à mesure qu il s’accumule dans la vessie.

On [)eut quelquefois, quand on n’est pas très habitué à pratiquer l’opération, et que l’on craint que sa longueur ne nuise au succès de l’expérience ; on peut,

suc PANCRÉATIQUE, dis-je, enlever la souffrance an moyen de l’éthérisation à laquelle on soumet les animaux. Cette pratique réussit quelquefois, mais quelquefois aussi elle amene des vomissements et des troubles dans la sécrétion pancréatique.

L’animal sur lequel nous venons d’opérer devant vous n’était pas éthérisé. C’est un chien de berger; il doit bien résister et se trouve dans les conditions les plus propres à nous assurer un suc pancréatique de bonne qualité (fig. 27).

Afin de mieux graver dans votre esprit les différentesconditionsqui peuvent se présenter relaiivement à la sécrétion et l’extraction du suc pancréatique, nous allons mettre sous vos yeux les ’ résultats de plusieurs expériences fartes dans diverses conditions :

1 EXPÉRIENCE. — Au début de la digestion. — Une très grosse chienne de chasse, épagneule, à j< r.n depuis douze heures et bien portante, fil, à sept heures du matin, un repas de viande assez copieux, après quoi elle but de l’eau. Presque aussitôt après que l'ingestion des aliments fut terminée, l’animal fut placé sur une table afin de lui extraire son suc pancréatique. Je suivis à cet effet le procédé expérimental ordinaire, c’est-à-dire que je pratiquai, dans l’hypochondre droit, au-dessous du rebord des côtes, une incision qui me permit d’amener au dehors le duodénum et une partie du pancréas. IjC tissu du pancréas était d’une coloration rusée légère, et ses vaisseaux étaient modérément gonflés par le s^ng. Le duodénum était vide d’aliments, el aucun cliN lifere blanc n’v était visible. J’iso-

SOW EXTliAGTION.

lai aussi rapidement que possible le [)ius volumineux des deux conduits pancréatiques tpii, chez le ccien, s’ouvre isolément et übli(juement dans le duodénum, à a centimètres environ plus bas ()ue le canal cholédoque. Ce conduit, d’tm blanc nacré et de la grosseur d’une forte plume de corbeau, était gonflé par du liquide. A chaque effort que faisait l’animal en criant, la quantité de liquide affluait plus considérable et le canal devenait plus distendu J’otwris alois le conduit pancréatique avec la pointe de ciseaux fins, et immédiatement il s’en écotda par grosses gouttes per* lées du suc pancréatique incoiore. Iinq)idc, offrant une consistance visqueuse et filante. En ouvrant le conduit du pancréas vers son insertion sur le duodénum, il s’écoula aussi un peu de sang par suite de la lésion de petits vaisseaux voisins. Mais ce qu’il y eut alors de remarquable,- c’est que le suc pancréatique ne se mélangea pas avec le sang, et qu’il en resta isolé à la manière d’un liquide huileux on d’une dissoîntioii fortement gommée.

J’introduisis alors dans le conduit pancréatique ouvert un petit tube d’argent de 3 millimètres de diamètre et de i5 centimètres de longueur, que je fixai à l’aide d’un fil préalablement passé sous le conduit. Puis ayant fait reiUrer clans l’abdomen le duodéfumi et le pancréas, je fermai la plaie par une suture, en ayant soin de laisser sortirait dehors l’extrémité libre du tube d’argent, à l’aide duquel je devais recueillir le fluide pancrcati(pic. ÎMi effet, presque immédiatement du liquide paucrcaticjne s’écoula par le tube’,

sue PANCREATIQUE.

SOUS forme de grosses gouttes filantes, limpides, se succédant avec plus de rapidité f|uand l’animal faisait un effort, et offrant une réaction très alcaline au papier de tournesol.

Après avoir constaté la réaction alcaline des premières gouttes de suc pancréatique, je fixai pour le recueillir une petite vessie de caoutchouc sur le tube; cette petite vessie avait été préalablement comprimée de manière à en chasser l’air et à faire aspiration sur le liquide par la tendance des parois de caoutchouc à reprendre leur forme arrondie, l/animal, étant ensuite délié et remis en liberté, alla se coucher dans un coin du laboratoire, où il resta tranquille sans présenter aucun phénomène fâcheux.

La petite vessie fut appliquée au tube à sept heures et demie du matin; je revins au laboratoire à une heure de l’après-midi (par conséquent, cinq heures et demie après). Je trr'uvai le chien calme 'et toujours couché. Je détachai alors la petite vessie gonflée par du liquide, et je constatai qu’elle contenait 8 grammes 'J décigrammes de suc pancréati(|ue limpide, incolore, onctueux, filant et ramenant fortement au bleu le papier de tournesol rougi. Du liquide offrant les memes caractères s’écoulait toujours goutte à goutte par le tube, sur lequel je replaçai la petite vessie de caoutchouc. A cinq heures du soir, je retirai de nouveau de la petite vessie 8 grammes juste de suc pancréatique bien alcalin et offrant les caractères précédemment indiqués.

I,e lendemain dans la matinée, deuxième jour de

SON ËXrKACTION.

l’opération, le suc pancréatique coulait en abondance, et les gouttes se succédaient rapidement. J’obtins de la même manière, et dans l’espace d’une heure un quart, i6 grammes de suc pancréatique qui était évi» demment modifié. Ce liquide, toujours fortement alcalin, était fluide comme de l’eau, et avait perdu toute la viscosité qu’il avait la veille; de plus, il était légèrement opalescent, et laissait déposer un petit nuage tomenteux au fond du verre. Dans la soirée-, le tube d’argent tomba avec la ligature. L’animal ne mangea rien, il ne fit que boire abondamment; il avait de la fièvre, et la plaie était très enflammée.

Le troisième jour de l’opération, le chien but du lait. La plaie du ventre entra en suppuration, et au bout de huit à neuf jours, elle fut entièrement cicatrisée et le chien parfaitement guéri. '

Dens l’expérience que je viens .de rapporter il y a eu une réussite immédiate complète. En elfet, l’opération a été rapide; le pancréas n’a été attiré au dehors que dans une petite portion de son étendue, et il n’est pas resté exposé à l’air plus de cinq à six minutes, temps qui a été nécessaire pour trouver le conduit pancréatique, l’isoler, l’ouvrir, et y fixer le tube d’argent. Le tissu du pancréas n’était que légèrement turgide : l’animal était au début de la digestion, et c’est dans cette condition que j’ai toujours pu obtenir les quantités les plus considérables de suc pancréatique. Nous avons recueilli, depuis sept heures et demie du matin jusqu’à cinq heures du soir, i6 grammes 7 décigrammes de suc pancréatique, ce qui fait en

suc PANCRÉATIQUE, moyenne presque a f;ranimes par heure. Le lendemain, après le développement des symptômes inflammatoires de la plaie, nous avons obtenu i6 grammes du même fluide en une heure et un quart. La quantité de la sécrétion était donc considérablement accrue, mais le suc pancréatique offrait alors une très grande fluidité et était profondément modifié dans ses propriétés physiologiques, ainsi que nous le verrons plus loin.

2® EXPÉRIENCE. — En pleine digestion. — ^.Sur un gros chien très vivace, ayant fait un repas de viande quatre heures auparavant, et se trouvant en pleine digestion, j’ai attiré le pancréas au dehors de la meme manière que dans l’expérience pi écédente, après quoi j’ai isolé son conduit sur lequel a été fixé un tube d’argent de 3 millimètres de diamètre. Le pancréas était gorgé desapg, ses vaisseaux étaient turgescents, et son tissu présentait une coloration rouge intense. Le duodénum contenait des aliments, et à sa surface rampaient des vaisseaux chylifères nombreux pleins de chyle blanc et homogène. ÏjCs parties étant rentrées dans l’abdomen et environ deux minutes après l’apposition du tube sur le conduit pancréatique, il s’eu écoula une goutte de suc pancréatique limpide, d’un aspect visqueux et gluant, et offrant au |)apier de tournesol une réaction alcaline très marquée. Il coulait ainsi deux ou trois gouttes du fluide pancréatique par minute. J’appliquai, à onze heures du matin, la petite vessie de caouichoiic sur le lid)c d’-irgcic, et je revins au laboratoire six heures apres. Je retirai

SON EXTRACTION

alors dè la vessie 5 grammes de suc pancréatique, limpide, visqueux, d’aspect gluant, et ramenant fortement au bleu le papier de tournesol rougi. Le lendemain (deuxième jour de l’opération), je pus recueillir dans la matinée environ *25 grammes de suc pancréatique, Mais ce suc du lendemain, plus abondant que celui de la veille, était devenu très fluide, dé|)onrvu de viscosité, légèrement opalin, et offrait toujours une réaction alcaline très marquée au papier de tournesol. La plaie de l’abdomen était sensible et enflammée. Les jours suivants, ces symptômes disparurent, la plaie se cicatrisa, et le chien fut promptement guéri.

Cette, deuxième expérience a été faite rapidement et dans de bonnes conditions. Elle ne différé de la première qu’en ce que l'animal était en pleine digestion, au lieu d’être au début. Si nous résumons les résultats obtenus, nous voyons ; i° que dans cette expérience pendant la digestion, le pancréas était turgide, gonflé de sang, et comme érectile; 2“ que la quantité de suc pancréatique fournie a été moins abondante ; 3“ que le lendemain, après le développement de l’inflammation dans la plaie, la sécrétion pancréatique a été augmentée, et que le suc, devenu plus aqueux, était évidemment modifié et altéré.

3® EXPÉRIENCE. — Pendant ï abstinence. — Sur un chien de taille moyenne et bien poi tant, à jeun depuis vingt-quatre heures, j’attirai au dehors une partie du pancréas par une petite plaie faite dans l’hypochondre droit. La premièi e chose qui me frappa fut l’extrême pâleur du pancréas; cet organe était comme exsangue.

2ü/l suc PANCRÉATIQUE.

ses vaisseaux peu développés, et la couleur de son tissu se rapprochait de la blancheur du lait. Le canal pancréatique était vide et aplati : je l’incisai, rien ne s’en écoula; j’y plaçai comme à l’ordinaire un petit tube d’argent, après quoi je rentiai dans le ventre la portion de pancréas herniée, puis je fermai la plaie par une suture. J’observai pendant dix minutes, et rien ne s’écoula par l’extrémité du tube d’argent. Après ce temps, j’y fixai la petite vessie de caoutchouc. Trois heures après, je l’enlevai; elle était vide, et à peine ses parois étaient humectées par des traces du suc pancréatique. Cependant une goutte de liquide s’étant formée au bout du tube, je pus nettement constater l’aspect gluant et filant et la réaction alcaline du fluide pancréatique. Pendant le reste de la journée, il ne s’écoula que quelques gouttes très races de suc pancréatique avec les caractères que je viens de signaler. Le lendemain soir (trente heures environ après l’opération), la sécrétion pancréatique était devenue excessivement abondante, et il s’écoulait avec rapidité par le tube d’argent des gouttes d’un liquide incolore, dépourvu de viscosité, fluide comme de l’eau, et offrant une réaction très franchement alcaline au papier de tournesol. Je recueillis environ i8 grammes de ce suc pancréatique en une heure. Les bords de la plaie étaient tuméfiés et enflammés. Le lendemain, le tube d’argent tomba avec sa ligature, et quelques jours après le chien était parfaitement guéri.

Cette expérience, qui a également été faite rapidement et dans de bonnes conditions, nous montre

SON EXTRACTION

que pendant l’abstinence, letissii du pancréas est blanc, exsangue, en même temps que son conduit est vide et aplati. La quantité de suc pancréatique qu’on peut recueillir à ce moment est excessivement faible et insuffisante pour les expérimentations. Le lendemain, lorsque l’inflammation de la plaie se fut manifestée, la sécrétion pancréatique devint très aetive, mais ce suc n’avait pas ses caractères normaux et était altéré.

Ainsi donc, dans des expériences faites dans des conditions expérimentales aussi bonnes que possible, il peut se faire qu’on obtienne des quantités variables de suc pancréatique, suivant que l’animal sera dans l’àbs» tinence ou dans une période différente de la fonction digestive. Mais l’expérimentation ma! faite peut également de son côté modifier la sécrétion pancréatique, comme on va le voir.

4* et 5® EXPÉRIENCES. — Irrégulièrement faites. - — i” Sur un chien de taille moyenne, vigoureux et très indocile, étant en digestion, j’appliquai comme à l’ordinaire le tube d’argent au canal pancréatique, mais il y eut, au moment de l’issue du pancréas par la plaie, une hernie considérable des autres viscères abdominaux. La réduction en fut très longue et très difficile, à cause des efforts constants que l’animal faisait en se débattant. Il s’ensuivit que le pancréas et une partie des intestins restèrent pendant longtemps exposés à l’air, et que ces oiganes se trouvèrent plus ou moins malaxés avant d’arriver à les faire rentrer dans le ventre. Après cette opération laborieuse, le chien paraissait mal à son aise, et il fut pris de vomis-

suc PANCRÉATIQDE, sements. Rien ne coula par le tube d’arjjent, et la sécrétion pancréatique fut complètement suspendue pendant quatre ou cinq heures. Après ce temps, ‘i ou 3 grammes d’un fluide alcalin, mais sans viscosité et légèrement trouble, purent être obtenus : c’était du suc pancréatique altéré. T^es jours suivants, le chien fut affecté d’une violente péritonite, dont cependant il ne mourut pas.

2“ Sur un autre chien, également en digestion, l’incision dans l’hypochondre droit avait été faite trop petite, si bien que le pancréas et la portion du duodénum attirés au dehors furent comprimés et étranglés par le pourtour de la plaie. Par l’obstacle au retour du sang veineux, ces organes deviennent rapidement turgides et violacés, et la recherche du conduit pancréatique fut par cela seul rendue plus longue et plus difficile. Ce qu’il y eut de particulier dans cette expérience, c’est qu’en ouvrant le canal pancréatique, il en sortit deux ou trois gouttes d’un suc qui était rougeâtre, au lieu d’être incolore et limpide comme à l’ordinaire. Après avoLi- réduit les organes et cousu la plaie, ils’écoula par letube d’argent, en quatreheuresenviron, 1 gramme de suc pancréatique légèrement viscpieux, alcalin, mais présentant toujours une coloration rougeâtre anormale. Le fluide pancréatique qui fut recueilli ensuite était devenu incolore, et présentait à peu près ses caractères normaux ; toutefois sa viscosité était moins grande. Tout le reste de l’expérience se passa comme à l’ordinaire, et le chien guérit.

SON EXTRACTION

Quelquefois il arrive qu’on coupe les branches des nerfs lombaires dans l’opération; sur un chien auquel on avait coupé une branche du nerf lombaire en faisant la fistule pancréatique, on observa les phénomènes suivants :

La plaie reconnue et l’animal abandonné à luimême, on entendit un bruit de soufflement produit par l’entrée et la sortie alternative de l’air, par l’angle delà plaie de l abdoinem où le tube d’ai’gent avait été placé.

Voici par quel mécanisme se produisait ce phénomène. Les muscles abdominaux avaient été en partie paralysésdn côté droit par lasection du nerf lombaire. Lorsque l’expiration avait lieu, le diaphragme se retirant du côté de la poitrine, et les muscles abdominaux ne pouvant passe contracter, l’air rentrait parla plaie pour remplir le vide qui tendait à se former.

Quand au contraire l’inspiration avait lieu, le diaphragme, s’abaissant du côté de l’abdoinen , chassait l’air parla plaie, dont les lèvres rapprochées entraient en vibration et produisaient ce bruit de soufflet alternatif. Toutefois cette irrégularité de l’opération ne m’a pas paru influer d’une manière spéciale sur la sécrétion pancréatiqne.

Messieurs, nous bornerons ici l’énumération des diverses circonstances accidentelles qui peuvent se présenter dans l’exécution des fistules pancréatiques. Nous n’avons certainement pas encore tout indiqué, mais il suffit que vous soyez prévenus de ces obstacles afin que vous ne soyez pas rebutés dans les expériences

suc PANCRÉATIQUE.

que vous voudrez entreprendre, et que vous sachiez d’avance que, malgré toutes les instructions préalables, vous ne pourrez pas encore prévoir certaines difficultés que l’exercice et l’habitude pourront seules vous apprendre.

Da ns la prochaine séance, nous étudierons les propriétés du suc pancréatique, ainsi que les variations qu’il peut offrir suivant la diversité des conditions physiologiques dans lesquelles il a été recueilli.

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