DIX-SEPTIÈME LEÇON
27 JDiN 1855.
SOMMAIRE: De l’action coinbine'e de la bile et du sue (;asti'ic(ue. Re'action du glyeose sur le réactif cupro-potassique en piésence de l’albuminose. — Sécrétion biliaire. — Action de la bile sur les matières azotées. — Influence du système nerveux sur les pliénomènes digestifs.
Messieurs ,
Vous nous avez vu, dans une précédente séance, pratiquer sur un chien une fistule àTestomac pour obtenir du suc gastrique. Vous voyez ici cet animal qui a parfaitement guéri de cette opération et ne pa-^ raîtnuüement incommodé par cette fislule. Nous allons nous servir de l’ouverture que nous avons pratiquée pour recueillir du suc gastrique. Nous avons laissé l’animal à jeun pendant quelque temps, et nous lui faisons manger des tripes bouillies et bien lavées. Au bout d’un quart d’heure ou d’une demi-heure, le suc gastrique sera sécrété, mais la digestion des aliments ti’aura pas encore eu le temps de s’effectuer. Nous retirerons alors le bouchon de la canule, et nous recueillerons à l’aide de notre petite vessie le liquide qui s’en écoule. Il est mélangé de quelques particules alimentaires; mais si l’on avait voulu avoir le suc gastrique complètement pur, il aurait fallu introduire des graviers dans l’estomac de l’animal: la sécrétion aurait eu lieu, car elle dépend uniquement de l’action physique
DIGESTION STOMACALE
exci céc par le contact d’une substance quelconque sur les parois stomacales. Nous aurions eu ainsi son suc gastrique parfaitement débarrassé de parties alimentaires. Seulement cette opération fatigue beaucoup l’estomac des animaux , qui ne peuvent la supporter longtemps. C’est pourquoi il vaut encore mieux, malgré l’inconvénient d’une pureté moindre dans le produit obtenu, en provoquer la sécrétion en faisant avaler des aliments.
En prenant des aliments dissouts dans l’estomac, ou en recueillant par la fistule une certaine quantité du liquide qui se trouve dans cet organe, puis en le filtrant, nous avons un liquide qui contient une matière analogue à la gélatine, qu’on appelle albuminose. Toutefois il faudrait savoir si quelques-uns des caractères qu’on attribue à une matière digérée ne viennent pas directement delà sécrétion gastrique; car en ingérant de l’éther ou de l’alcool dans l’estomac de chiens à jeun, j’ai vu se former une sécrétion gastrique acide abondante, dans laquelle on pouvait constater tous les caractères de l’albuminose, bien qu’il n’y eût aucune trace de viande ingérée dans l’estomac à ce moment.
Vous voyez que nous avons recueilli ici une certaine quantité du liquide contenu dans l’estomac ; nous le jetons sur un filtre ; nous aurons ainsi un liquide parfaitement clair, à l’aide duquel nous pourrons constater toutes les propriétés du suc gastrique naturel.
C’est ce que nous allons essayer de vous montrer en mettant en train quelques expériences avec ce liquide.
DIGESTION INTESTINÂI.E.
Tjes aliments qui ont subi le contact du suc j^astrique se trouvent donc, aussitôt après leur sortie de l’estomac, en présence de la bile, et il est par conséquent très intéressant de se demander quel est le rôle respectif de ces deux liquides à l’égard l’un de l’autre. On savait déjà que si la bile venait à refluer dans l’estomac au moment où cet organe était plein d’aliments, la digestion était entravée, et l’estomac se débarrassait de son contenu par le vomissement.
Les expériences physiologiques ont permis aujourd’hui de constater le phénomène.
Quand on met du suc gastrique en contact avec de la viande, il y a une désagrégation de la fibre musculaire ; il se forme un dépôt qui se compose des particules des fibres musculaires dissociées. C’est cette désagrégation qui constitue l’action du suc gastrique. Mais si l’on ajoutedela bile dans le mélange, immédiatement le travail de dissociation s’interrompt. Ainsi, si nous mettons dans ces deux verres, d’une part delà viande avec du suc gastrique mélangé d’un peu de bile ; de l’autre de la viande avec du suc gastrique seul, vous verrez dans la prochaine séance que dans ce second verre la désagrégation de la viande aura été complète, tandis que rien ne se sera produit dans le premier. Par suite de son mélange avec la bile, le suc gastrique, bien qu’il soit resté acide, aura perdu ses propriétés. Il en est absolument de même dans l’estomac, la digestion s’arrête dès qu’il y pénètre delà bile.
Lorsque les matières azotées ou albuminoïdes dissociées par le suc gastrique et dissoutes seulement en