PROPRIÉTÉS SPÉCIALES
un tartrate de cuivre dissous dans la potasse. Vous savez que lorsqu’il est pur et bien préparé, on peut le faire bouillirsans produire en lui la moindre décomposition ; mais si l’on y ajoute un peu d’eau sucrée par du glycose, immédiatement, sous l'influence de l’ébullilion, l’oxyde de cuivre se précipite. La réduction de ce liquide bleu indique ainsi la présence du sucre.
On a dit que cette réduction était empêchée quand il y avait en présence du sucre des matières albuminoïdes dissoutes dans le suc gastrique; en d’autres termes, que si l’on mettait ensemble dans l’estomac des matières sucrées avec des matières albuminoïdes, il pourraitfort bien se faire qu’au moyen de la réaction du tartrate cupro-potassique, on ne trouvât pas de sucre dans l’intestin, quoiqu’il y en eût. On a dit aussi que cette propriété de masquer la présence du sucre était spéciale au suc gastrique tenant en dissolution ce produit vague qu’on désigne sous le nom d’albuminose. D’où l’on concluait à un moyen propre à faire reconnaître les substances digérées par le suc gastrique.
Il y a en effet certaines substances, et en particulier les substances albuminoïdes, qui peuvent masquer la réaction du glycose, c'est là un fait connu depuis longtemps; aussi quand on veut recliercber la présence du sucre dans une liqueur au moyen de ce réactif, faut-il avoir soin de précipiter la matière organique avec l’acétate de plomb, par le charbon animal ou par tout autre procédé. Mais il s’agit ici de savoir si ce caractère est spécial au suc gastrique. 11 résulte de nos expériences que cette propriété démasquer la réaction
DU PRODUIT DE LA. DIGESTION STOMACALE. 4'25 n’appartient pas exclnsivetnent à l’albuminose regardée comme un produit alimentaire sur lequel le suc gastrique aurait agi; nous avons trouvé que la gélatine possède ce caractère à un très haut degré, quand on a soin d’en mettre une quantité suffisante. Ainsi, si nous prenons ce liquide dans lequel se trouve du glycose, qui donne au réactif cupro-potassique une réduction très manifeste, et si nous y ajoutons une dissolution de gélatine, vous allez voir que la réduction du sel de cuivre n’a plus lieu, l/ébullition produit dans le mélange une coloration violette, mais elle n’y forme pas de précipité. On ne peut donc pas dire que ce soit là un moyen de reconnaître la présence de l’albuminose. D’ailleurs cette matière que dissout le suc gastrique est très analogue à gélatine, et ce qu’il y a de particulier, c’est qu’on la retrouve dans le suc gastrique artificiel et dans celui qui est sécrété par un estomac sous une influenee autre que celle des aliments.
En sortant de l’estomac, lechyme, c’est-à-dire le mélange du suc gastrique, des aliments et de la salive, arrive au contact de la bile, qui est le premier liquide qui se déverse dans le duodénum. Toutefois, avant la bile, il y a le liquide des glandes duodénales ou deBrunnei’. Ces glandes forment une espèee d’anneau aussitôt après le pylore, et elles fournissent un liquide visqueux, gluant, qui paraît avoir beaucoup d’analogie avec la salive sublinguale; ce liquide se mélange avec le suc gastrique et la bile, sans qu’on ait pu déterminer au juste son mode d’action. Nous avons dit ailleurs qu’il
suc INTESTINAL.
y a clans le duodénum d’autres f;landules c{ui sont situées au niveau de l’insertion du canal pancréatique, qui réagissent à la manière du pancréas, et qui présentent les caractères chimiques du tissu de cette glande. Dans l’intention de savoir si les liquides fournis par ces glandes pancréatiques avaient réellement les propriétés du suc pancréatique, nous avons fait l’expérience suivante :
Sur un chien de taille moyenne et vigoureux, àjeun depuis la veille, on fit une incision au-dessous des bords des côtes du côté droit, et l’on attira an dehors la partie supérieure du duodénum et le pylore. On chercha les conduits pancréatique et cholédoque pour les lier. L’opération fut assez longue; et en cherchant le petit conduit pancréatique et le canal cholédoque, quelques vaisseaux se rendant au duodénum furent lésés, On posa ensuite une ligature sur le pylore; puis une ouverture étant faite à la partie inférieure du duodénum, on y poussa de l’eau tiède avec une seringue, à trois ou quatre reprises afin de laver l’intestin; ensuite on rentra l’intestin dans le ventre, et l’on fixa sur l’ouverture faite à l’intestin un tube auquel fut adaptée une vessie et sur lequel on lia l’intestin lui-même. Après l’opération , l’animal fit quelques efforts de vomissement, puis il resta calme et ne parut pas souffrir beaucoup. Trois heures apres l’opération, la vessie contenait environ 3 grammes d’un liquide un peu rougi par le sang, ayant une réaction alcaline et contenant beaucoup de grumeaux qui semblaient être des débris de la muqueuse intestinale. Huit heures
DIGESTION INTESTINALE
après l’opération, on retira encore "7 ou 8 grammes d’un liquide présentant les mêmes caractères, seulement il était un peu plus coloré par le sang.
On fit sur un autre chien en digestion la même opération, et l’on retira, dix-huit heures après l’opération, également apiès avoir lavé convenablement l’intestin, un liquide légèrement visqueux, offrant des grumeaux et ayant une odeur désagréable. Ce liquide formait avec l’huile une émulsion, mais peu forte, et transformait rapidement l’amidon en glycose. Bien que ces liquides ainsi recueillis ne fussent pas obtenus dans de très bonnes conditions, car l’opération produisait une inflammation dans le duodénum, et par conséquent un trouble dans la sécrétion des glandes, ce liquide se rapprochait du suc pancréatique, puisqu’il émulsionnait assez la graisse, et transformait l’amidon en glycose. Dans les autres parties de l’intestin, ce liquide n’offre pas les mêmes propriétés.
Sur des lapins, l’expérience est beaucoup plus facile, et nous avons obtenu ce liquide intestinal en faisant une plaie au duodénum, au-dessus du conduit pancréatique. Nous allons faire l’expérience devant vous :
Nous pratiquons dans le flanc droit de l’animal, au niveau de l’ombilic, entre lui et la colonne vertébrale, une incision verticale. Vous voyez qu’aussitôt que nous avons pénétré dans la cavité du péritoine, il s’en est échappé une assez grande quantité d’un liquide incolore, semblable à de la sérosité. Je vous signale cette particularité en passant, parce que je l’ai toujours observée chez les lapins et même chez les chiens en
suc INTESTINAL.
dip,estioii, j)liis particulièrement quand ils sont jeunes. Alors il existe toujours clans le péritoine une certaine quantité de liquide, quelquefois très considérable chez les lapins. Ce liquide, extrait de la cavité péritonéale, ressemble parfaitement à de la lymphe; il se coagule et contient de la fibrine, de l’albumine et toujours du sucre. Il est probable que ce liquide résulte d’une sorte d’exhalation des vaisseaux lymphatiques de l intestin, et particulièrement de ceux du foie, qui sont très gorgés au moment de la digestion.
Revenons à notre expérience. Par la plaie des parois de l’abdomen, nous apercevons le cæcum qui forme une masse énorme qui sépare la masse de l’intestin grêle, situé à gauche, du duodénum , situé à droite. Nous repoussons le cæcum à gauche, et à droite nous trouvons une anse d’intestin grêle: c’est le duodénum que nous attirons dans la plaie. Nous voyous l’abouchement du conduit pancréatique; nous faisons au-dessus une ligature, et nous fixons sur l’intestin un tube par lequel nous recueillerons le liquide venant de la partie supérieure du duodénum. Pour obtenir ce liquide pur, nous n’aurions qu’à attirer l’intestin et à faire la ligature du canal cholédoque.
Le liquide qu’on obtient ainsi est le liquide intesiinal , moins le suc pancréatique : il est alcalin, gluant, il transforme l’amidon en sucre, mais agit avec peu d’énergie sur les matières grasses, et ne les acidifie pas.
Quoi qu’il en soit, nous allons maintenant examiner l’action de la bile et des autres Tupiides intestinaux sur les matières qui sortent de l’estomac. D’abord nous
DIGliSTION INTESTINALE.
devons rappeler que le déversement de la bile dans l’intestin sefaitd’nne manière successive à mesure que les aliments y arrivent. Nous avons déjà dit ailleurs que la bile n’était pas sécrétée au moment de la digestion. Chez les mammifères pourvus de fistules biliaires, on a constaté que la sécrétion delà bile avait lieu à la fin de la digestion, c’est-à-dire de cinq à sept heures après l’ingestion alimentaire. Nous avons nous-même constaté chez les mollusques, tels que les limaces, que lorsque les aliments descendent dans l’intestin, il s’y trouve déjà de la bile en réserve, de telle sorte que la bile qui sert dans une digestion a toujours été sécrétée à la fin de la digestion précédente. L’écoulement de la bile se fait au moment où les aliments descendent, ainsi que nous l’avons dit, et l’on a pensé que c’était le contact acide du chyme qui déterminait l’écoulement de la bile; ce qui n’aurait pas lieu, si le liquide sorti de l’estomac ne présentait pas cette réactionacide. En effet, si l’on ouvre le duodénum sur un animal vivant et que l’on touche l’orifice du conduit cholédoque avec une baguette de verre imprégnée d’acide acétique faible, on voit immédiatement un flot de bile lancé dans l’intestin; ce qui ne se fait pas si au lieu de loucher l’orifice du conduit cholédoque avec un liquide acide, on le touche avec un liquide légèrement alcalin, comme du carbonate de soude, par exemple.
Nous devons examiner quelles sontles modifications que la bile fait éprouver au mélange qui sort de l’estomac. En agissant sur les matières grasses qui