‹ Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine :Chapitre 76 sur 111 · BILE · texte numérisé non relu

BILE

sortent de l’estomac, la bile ne leur fait éprouver aucune modification bien apparente, et l’on reconnaît la graisse dans le mélange jaunâtre de suc gastrique et de bile. Cela se voit également dans le cas où les animaux, ayant eu le pancréas détruit, rendent la graisse avec les excréments; elle est seulement colorée en jaune par la matière colorante de la bile,

lies matières amylacées n’éprouvent pas de modification par le contaet de la bile seule: ainsi lorsque la fécule hydratée sort de l’estomac et se met en contact avec la bile, elle n’est pas modifiée et il n’y a pas formation de sucre; seulement il devient difficile d’y reconnaître la présence de la fécule avec l’iode, à cause de la présence de la bile.

C’est particulièrement sur les matières azotées albuminoïdes que la bile paraît agir d’une manière évidente ; il y a un précipité des matières azotées qui ont été dissoutes, et celles qui n’ont pas été dissoutes dans l’estomac sont imprégnées de la matière biliaire ; de façon qu’on peut dire que si certaines matières azotées ont été dissoutes par le suc gastrique dans l’estomac, elles arrivent néanmoins à l’état solide dans le duodénum, parce qu’elles se trouvent précipitées par la bile ; de telle sorte qu’en réalité, à l’entrée du duodénum, toutes les matières alimentaires seraient insolubles.

Les jnatières grasses et amidonnées seraient insolubles, mais ensuite les matières azotées dissoutes redeviendraient elles-même§ insolubles; et nous savons que la caséine est une de ces matières qui deviennent inso-

DIGESTION INTESTINALE. 431

lubies sous rinfluence du suc gastrique, et arrive ainsi dans le duodénum.

Quoi qu’il en soit, lorsque la bile seule a imprégné les substances alimentaires qui sortent de l’estomac baignées de suc gastrique, la digestion s’est complètement arrêtée, les substances restent dans l’état où elles étaient. Et ce qu’il y a de particulier, c’est quelles peuvent se conserver presque indéfiniment dans cet état, sans pourrir, ce qui a fait dire que la bile avait une action antiseptique ou antiputride; de sorte que la bile a arrêté complètement les propriétés du suc gastrique dont le rôle finit au pylore, sans que jamais l’action se continue dans l’intestin, excepté lorsque la bile n’intervient pas.

Il y a des animaux chez lesquels la bile arrive dans l’intestin mélangée avec du suc pancréatique, et alors elle agit sur la graisse comme un mélange de deux fluides. Cela a lieu chez la chèvre, le mouton , le bœuf. Chez ce dernier animal, il y a des petits conduits souvent au nombre, de deux ou trois, qui se trouvent dans la partie de la glande qui entoure le conduit cholédoque et qui viennent s’ouvrir dans le conduit. .J’ai même vu dans un cas un de ces conduits qui venait s’ouvrir dans le col de la vésicule du fiel. T3e sorte que chez le bœuf, il peut parvenir en réalité du suc pancréatique parfois dans la vésicule du fiel, et se mélanger avec labile; aussi ai-je trouvé quelquefois cette bile qui émulsionnait la graisse et l’acidifiait, ce qui s’explique parfaitement. On peut très bien voiries conduits dont nous parlons, en procédant comme nous

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l’avons fait pour les autres animaux, en injectant de l’eau par le gros conduit. On voit donc, ainsi, que chez le bœuf, comme chez le chien et le lapin, il ne suffirait pas de supprimer le gros conduit pour croire avoir par cela supprimé le suc pancréatique de l’intestin.

Nous verrons plus tard comment, à la suite de cette siippressionde la hile, il peut arriverdes troubles dans la digestion. On comprend donc que si la bile seule agissait sur les matières qui sortent de l’estomac, la digestion se trouverait arrêtée ; et c’est ce qui a lieu, comme nous l'avons dit, lorsque la bile reflue dans l’estomac en assez grande quantité. Mais après l’action de la bile il intervient d’autres fluides dont nous devons maintenant examiner les propriétés; et il arrive alors des phénomènes de digestion tout à fait différents de ceux de la digestion stomacale. Ainsi on peut dire qu’il y a deux digestions; l’une, la digestion stomacale, qui n’est que préparatoire; l’autre, la digestion intestinale, cpiiest définitive.L’actionde la bile s’interpose entre ces deux digestions, arrête la digestion stomacale pour permettre à la digestion intestinale de commencer.

Enfin, messieurs, pour compléter ce que nous avons à dire sur la digestion, il nous resterait à examiner l’influence du système nerveux sur l’ensemble des phénomènes physico-chimiques de la digestion. Il est important de savoir quelle idée on se fait de l’action du système nerveux sur un phénomène chimique. Nous examinerons successivement l’action du système

SUR LES riIÉNOMÈNES DIGESTIFS. Zî33

nerveux sur les mouvements du canal intestinal et sur les sécrétions qui se déversent dans cet appareil.

Relativement à l’influence du système nerveux sur les mouvements de l’appareil digestif, nous avons peu de chose à dire. Les mouvements des actes préparatoires, de la mastication, etc., sont sous l’influence du facial etdelacinquièmepaire;les mouvements du canal digestifs commencent à l’œsophage, et là ils se trouvent sous l’influence du pneumogastrique. En effet, lorsqu’on a coupé les pneumogastriques, les mouvements de déglutition deviennent impossibles, et d’autre part, lorsqu’on excite le pneumogastrique, on provoque ces mouvements de déglutition.

Voici un chien sur lequel on a coupé un pneumogastrique dans la région moyenne du cou. Nous excitons légèrement par le galvanisme le bout périphérique et le bout central : à chaque excitation légère du bout central, il y a un mouvement de déglutition. Ijorsqu’on excite le bout inférieur, il y a des contractions dans l’œsophage au-dessous, mais il n’y a pas de mouvement de déglutition provoqué chez l’animal.

Quand on galvanise le bout supérieur un peu plus lort, on détermine en même temps un arrêt de la respiration, ainsi que je l’ai dit depuis longtemps. On produit également cet arrêt de la respiration lorsqu’on lait la trachéotomie à l’animal, et l’on voit également ce fait curieux que, chez un animal auquel on a pratiqué la trachéotomie, la respiration vient à se suspendre lorsque l’on comprime la trachée ou le larynx au-dessus de l’ouverture faite à la trachée; ce qui 2' SEM. 1855. 28

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