LIQUIDE INTESTINAL
qu’opère le suc gastrique. Or nous avous dit dans une des dernières séances, que le suc gastrique agissait sur les matières alimentaires à la manière de la cuisson. Si cela est vrai, l’action du suc gastrique devra pouvoir être remplacée par la cuisson, relativement à l’action du liquide que nous examinons. C’est en effet ce qui a lieu : le liquide mixte digère parfaitement la viande cuite, mais ne digère pas la viande crue. Lorsque la viande est cuite et que le tissu cellulaire qui unit les fibres de la viande a été dissous, ce suc intestinal digère la partie musculaire proprement dite, et si l’on y place un morceau de viande crue, la fibre musculaire se dissout, mais la partie cellulaire reste intacte; ainsi que le montre cette figure.
F1G.60. — A, a, B, fibres du tissu cellulaire provenant d’un morceau de viamle crue qui avait été digéré dans le suc intestinal mixte de chien.
On constate les mêmes phénomènes lorsqu’on place dans l’intestin de l’animal vivant les mêmes
DIGESTION INTESTINALE
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substances alimentaires. Si après avoir tiré le duodénum et avoir fait une petite ouverture, on introduit un morceau de viande cuite que l’on attaehe avee un fil, pour qu’il ne soit pas emporté par les mouvements intestinaux, et qu’on introduise par la même ouverture un morceau de viande crue maintenu également par un fil, on voit au bout de quelques heures, en retirant les fils ou en saerifiant l’animal, que le morceau de viande cuite a été complètement digéré. Nous pouvons répéter ces expériences en dehors de l’animal avec un liquide artifieiellement préparé. Voici la manière dont nous avons opéré :
On prend de la bile fraîche de bœuf ou de chien et l’on ajoute dans cette bile du suc pancréatique. Mais ce mélange ne pourrait pas se conserver longtemps, il se putréfierait bientôt; pour empêcher sa décomposition, il suffit d’y ajouter un peu de matière grasse qui donne immédiatement une réaction acide, et l’on a de cette façon un liquide qui possède toutes les propriétés digestives. Si l’on n’a pas de suc pancréatique, on peut ajouter dans la bile un morceau de tissu de pancréas frais avec un peu de matière grasse. On voit bientôt, en soumettant ce mélange à une douce température, le morceau de pancréas se dissoudre complètement et rapidement, et le liquide acide posséder toutes les réactions que nous avons indiquées. Ce liquide peut se conserver assez longtemps, surtout si le flacon est bien rempli et exactement bouché; mais on peut encore le conserver pendant très longtemps en y ajoutant du sucre de manière à former une espèce de sirop. Sous
LlQüIDli INTESTINAL.
cetteformele liquide garde toujours ses propriétés digestives.
Dans ee mélange ainsi composé, mélange qui a la piopriété de digérer toutes les matières alimentaires, féculentes hydratées, grasses, rendues libres et albuminoïdes cuites, le principe le plus actif vient toujours néanmoins du suc pancréatique.
D’après tout cela nous devons comprendre le l ôle du suc pancréatique tout autrement qu’on ne l’avait fait, et au lieu de voir en lui un liquide qui a une action isolée sur une substance alimentaire unique, nous voyons au contraire un liquide qui agit sur toutes les matières alimentaires et qui tend à les décomposer.
On peut dire de cette façon que le pancréas est certainement la glande qui fournit le liquide intestinal le plus actif de tous; et quand nous aurons, à ce point de vue, ultérieurement, a faire l’anatomie comparée du pancréas, nous verrons que cet organe est un des plus importants, et conséquemment un de ceux dont la fixité est la plus grande dans l’appareil digestif. Nous verrons qu’à ce propos nous sommes bien loin de ceux qui mettent le pancréas et les glandes salivaires sur le même rang quant à leur importance. Maintenant nous allons revenir, après cette analyse des actions différentes des liquides, sur l’explication des phénomènes qu’on observe chez les animaux auxquels on a enlevé les différents liquides intestinaux; nous poiirro ns ains juger par contre-épreuve l’importance relative dc^ différents lluides, ainsi que nous l’avons établie.
Il nous suffit maintenant de rapjielerquede tous les
DIGESTION INTESTINALE. hhl
organes digestifs, celui qu’on peut le moins enlever sans inconvénients, est le pancréas.
Quand on enlève les glandes salivaires, les phénomènes chimiques de la digestion ne sont pas troublés; il suffit, pour s’en convaincre, de se reportei* à ce que nous avons dit des salives.
Le suc gastrique peut jusqu’à un certain point être remplacé parles préparations que la cuisson fait subir aux aliments, ainsi que le prouve la digestion intestinale des viandes cuites.
Quand on enlève la bile, les animaux digèrent mal, finissent par mourir, mais au bout d’un certain temps. Quand, parla destruction de l’organe, on enlève le suc pancréatique, la digestion est complètement arrêtée, et les animaux meurent rapidement dans le marasme.
On peut convenablement observer ces , effets de la soustraction de la bile, quand, au moyen d’une fistule biliaire et intestinale, on peut, comme nous l’avons fait, supprimer alternativement le cours de la bile dans l’intestin ou rendre la bile à l’animal.
il y a un fait singulier dans la suppression du suc pancréatique : la membrane muqucLise de l’intestin semble altérée , et les villosités paraissent atrophiées dans certaines parties, comme si la présence de ce liquide était nécessaire pour la régénération des cellules épithéliales de l’intestin grêle.
Actuellement cpie nous avons considéré l’action du suc pancréatique en connexion avec les autres liquides, et particulièrement avec la bile, il s’agit de savoir si ce fluide existe avant la naissance dans l’intestin.