‹ Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine :Chapitre 78 sur 111 · INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX

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Lorsqu’on galvanise les bouts inférieurs des pneumogastriques coupés, on peut produire des mouvements péristaltiques dans l'estomac. Toutefois, c’est particulièrement pendant la digestion que ces résultats s’obtiennent, et lorsqu’on galvanise les pneumogastriques vers la partie inférieure de l’oesophage, à l’endroit où ils forment une sorte de plexus autour de ce conduit. Cette remarque a été faite par Tiedemann et Gmelin, il y a plus de trente ans.

Dans l’intestin, il existe également des mouvements péristaltiques qui se manifestent particulièrement au moment de la mort. Ces mouvements violents, qui n’ont pas lieu pendant la vie, m’ont paru commencer au moment de la cessation de la circulation artérielle. On a nié que les mouvements existassent pendant la vie et qu’ils fussent la cause du cheminement des aliments dans l’intestin. Quoi qu’il en soit, on peut dire que ces mouvements sont sous l’influence du grand sympathique, ainsi que le prouve l’expérience suivante:

Sur un chien qui avait été préalahlement éthérisé, puis tué par la section du bulhe rachidien, on galvanisa le premier ganglion thoracique du côté gauche, et l’on vit, sous l’influence de cette galvanisation, le cœur se remettre à battre, et des mouvements énergiques se manifester dans l’intestin grêle et dans l’estomac. Ce qui semblerait prouver que quand on galvanise le pneumogastrique plus haut, c’est par l’intermédiaire du grand sympathique que les mouvements de l’estomac ont lieu. Quand on galvanisa au contraire le ganglion cœliaque du même côté, on vit

le gros intestin se contracter et les mouvements de l’intestin grêle s’arrêter. On constata à plusieurs reprises ce même phénomène. Ensuite on agit sur le ganglion thoraciijue du côté opposé, et l’on obtint les mêmes résultats. Enfin, on coupa le filet qui continue inférieurement le ganglion nerveux , et l’on eut encore le même résultat; ce qui prouverait que cette action sur les intestins se fait par action réflexe et par l’intermédiaire de la moelle. En effet, en galvanisant le bout supérieur tenant au ganglion, on produisit les effets précités, tandis que, en agissant sur le bout inférieur, on ne produisit rien.

J’ai observé qu’on peut obtenir, en agissant sur le plexus solaire, des mouvements réflexes même dans les membres et dans les parois du tronc. Mais il faut alors que la moelle épinière soit eoupée ou que les pneumogastriques soient coupés ou liés. Cela a lieu surtout lorsqu’on entretient la respiration artificielle quelque temps après la mort de l’animal. Ce qui semblerait prouver qu’il y a unesorte d’exaltation dans l’excitabilité du grand sympathique, après la ligature des pneumogastriques ou la section de la moelle.

Quant aux influences quelespbénomènes chimiques reçoivent de l’action nerveuse, elles sont encore très peu connues. On sait seulement que certaines sécrétions sont activées par l’excitation des nerfs. Ainsi, nous savons que la glande sous-maxillaire, par exemple, sécrète activement lorsqu’on vient à exciter les filets qui s’y rendent et qui partent du ganglion sousmaxillaire. On a dit également que le suc gastrique se

h5S INFLUENCE Dü SYSTÈME NERVEUX

trouve sécrété en plus grande abondance sous l’excitation des nerfs vagues, et qu’elle est suspendue par la section de ces mêmes nerfs.

Nous avons fait des expériences sur ce sujet, et nous avons vu, en pratiquant une fistule à un chien et lui coupant ensuite les pneumogastriques, qu’au moment de la section, la muqueuse stomacale turgescente, et sensible au toucher, s’affaisse aussitôt et devient pâle: la sécrétion dusuc gastrique s’arrêtealorsdansresloinac pendant un certain temps, et la digestion stomacale se trouve suspendue d’une manière incomplète s'il v avait eu préalablement du suc gastrique sécrété dans l’estomac, et d’une manière complète si l’on neutralise ce suc gastrique par l’injection dans l’estomac d’une liqueur alcaline. En même temps la sensibilité et les mouvements de l’estomac se sont éteints. Lorsque la section des nerfs estopéréesur un animal en digestion, j’ai remarqué que l’absorption du chyle semble s’arrêter, et si l’animal meurt peu de temps après, on trouve les vaisseaux chylifères contenant du chyle coagulé jusque dans les villosités elles-mêmes, qui alors apparaissent dans l’intestin sous la forme d’un pointillé blanchâtre. On ne saurait toutefois conclure de ces expériences que la section du pneumogastrique arrête la formation du suc gastrique : il semble arrêter bien plutôt son excrétion. J’ai vu, eu effet, sur uu chien qui a survécu dixsept jours à la section des deux pneumogastriques, que la sécrétion acide de l’estomac était revenue au bout de quelques jours après cette suspension momentanée résultant du trouble subit apporté dans la fonction.

L’influence du système nerveux sur la sécrétion biliaire et pancréatique est peu étudiée ; cependant il y a des actions nerveuses qui font couler plus activement la bile ou le suc pancréatique; et ces actions sont généralement sous l’influence du grand sympathique. Le ganglion solaire ne paraît pas avoir d’influence directe sur la sécrétion pancréatique , et il paraîtrait plus probable que cette sécrétion fût influencée par le premier ganglion thoracique, de même que les mouvements deTinteslin grêle et de l’estomac.

En résumé, l’action des nerfs sur les sécrétions est encore fort obscure; néanmoins, d’après les faits que nous connaissons, on doit la considérer plutôt comme une action mécanique destinée à mettre en mouvement des liquides qui par leur rencontre donnent lieu à des phénomènes chimiques qui sont le résultat de leurs propriétés physico-chimiques. Mais le nerf n’a pasd’action spéciale sur la formation de la matière elle-même, formation qui a lieu par une évolution organique indépendante de l’action du système nerveux, ainsi que cela se voit dans les organismes embryonnaires où les phénomènes chimiques ont lieu avant que les phénomènes nerveux soient développés.

DIX-HÜITIÈME LEÇON.

SOMMAIRE : Digestion intestinale : bol alimentaire après l’impre'gnation biliaire. — Action du suc pancréatique et de la bile re'unis. — Identité du suc intestinal mixte chez les différentes espèces animales. — Ses propriétés physiologiques. — Développement des villosités intestinales en rapport avec l’apparition des différents liquides digestifs. — Troubles de la circulation hépatique au moment de la suppression de la circulation placentaire. — Résumé des phénomènes digestifs.

Messieurs,

Jusqu’à présent nous avons étudié la digestion stomacale, nous devons maintenant examiner les phénomènes de la digestion intestinale.

Lorsque la bile a imprégné les substances alimentaires, elle a, comme nous l’avons déjà dit, arrêté tous les phénomènes digestifs, elle a précipité les parties alimentaires solubles, et ces différentes matières coagulées s’arrêtent sur les parois de la muqueuse duodénale; puis, elles descendent lentement dans l’iutestin pour se mettre en contact avec d’autres liquides. Le liquide qui se rencontre immédiatement après la bile, ou quelquefois simultanément avec elle, est le suc pancréatique, dont nous avons examiné l’acliou isolément, et dont nous devons étudier maintenant les propriétés sur le mélange alimentaire descendant de l’estomac, après que celui-ci a reçu l’imprégnation biliaire. Le suc pancréatique alcalin agit sur toutes les matières descendues de l’estomac.

DIGESTION INTESTINALE. Uhl

1“ Il émulsionne les Aiatières grasses et les rend aptes à être absorbées ;

2° Il transforme la fécule en sucre;

3° Enfin, il agit sur les matières azotées, soit sur celles qui n’avaient pas été dissoutes par le suc gastrique, soit sur celles qui, après avoir été dissoutes par ce fluide ont été précipitées de nouveau par la bile.

Nous allons, par des expériences directes, démontrer ce que nous avançons. Nous prenons ici du suc gastrique contenant en dissolution des matières azotées; puis nous ajoutons à ce suc gastrique un peu de bile. Nous voyons immédiatement un précipité abondant avoir lieu ; puis, si nous ajoutons à ce précipité un peu de suc pancréatique, nous voyons le précipité formé se redissoudre de nouveau. Si, au lieu de prendre des substances dissoutes, nous prenons des matières sorties de l’estomac sans avoir été liquéfiées, telles que des morceaux de caséine ou des parties de muscles non encore dissoutes, et que nous y ajoutions du suc pancréatique, après les avoir soumises à l’action de la bile, nous voyons la digestion s’opérer; ce qui n’aurait pas eu lieu si l’action de la bile n’était pas intervenue et si le suc pancréatique avait été ajouté directement après le suc gastrique. Cette dernière expérience prouve que le suc pancréatique ne peut agir efficacement sur les matières azotées que lorsque la bile a préalablement agi ; et qu’il doit y avoir nécessairement l’ordre de succession que nous avons indiqué : i° suc gastrique ; 2° bile ; 3® suc pancréatique.

L’action que le suc pancréatique exerce sur les ma-

hh^ ACTION DU SUC PANCRÉATIQUE ET DE LA BILE tières azotées ne paraît pas être une aetion qui lui soit propre, puisqu’il ne peut l’opérer qu’autant que la bile s’est mélangée avec lui; ce qui semblerait prouver que le mélange de la bile et du suc pancréatique produit un liquide mixte à propriétés particulières. C’est en effet ce qui a lieu, et nous avons dans le duodénum et dans l’intestin des actions physiologiques qu’on ne pourrait rapporter ni à l’action du suc gastrique seul, dont les propriétés ont cessé au pylore, ainsi que nous l’avons dit, ni à l’action isolée du suc pancréatique, mais à son action simultanée avec la bile. On peut en effet prouver que la bile et le suc pancréatique réunis constituent un nouveau liquide doué de propriétés tout à fait spéciales. Nous avons produit celiquide, soit à l’aide de la bile et du suc pancréatique naturel, soit avec du tissu même du pancréas. Quand on mélange delà bile et du suc pancréatique, ce mélange agit à la fois sur tous les principes alimentaires, sur les matières grasses, et sur les matières azotées; seulement, quand on fait agir ce liquide mixte sur de la fécule seule, il conserve sa réaction alcaline, tandis que si on le fait agir sur des matières azotées ou sur des matières grasses, il prend une réaction acide. Cette réaction est due à l’action spéciale du suc pancréatique sur les matières grasses, ainsi que nous le savons déjà.

Nous devons donc étudier maintenant les propriétés de ce liquide intestinal nouveau qui, ainsi qu’on le voit, n’est pas la sécrétion d’une glande particulière, mais qui n’est que le mélange de deux liquides qui donnent naissance à un troisième liquide digestif.

DANS LA DIGESTION INTESTINALE. !xfx?>

Nous devons d’abord observer que ce liquide mixte qui se forme dans lintestin peut être obtenu d’une manière naturelle. Il suffit pour cela de recueillir sur un animal eu digestion 'le contenu du duodénum et de la partie supérieure de l’intestin grêle, de jeter le tout sur un filtre. Alors le liquide jaunâtre qu’on obtient représente exactement, chez tous les animaux, les propriétés dont nous parlons. Nous avons obtenu ce liquide chez les oiseaux, les mammifères, les poissons, et nous avons constaté qu’il avait chez tous ces animaux des propriétés identiques. De sorte qu’il y a une uniformité beaucoup plus grande dans ce liquide intestinal que dans le suc gastrique lui-même. En effet, nous avons vu ailleurs que le suc gastrique présente des variétés dans son action chez les herbivores et chez les carnivores, tandis que le suc intestinal ne présente aucune différence appréciable; le liquide ainsi retiré est acide dans l’alimentation mixte, ou azoté et alcalin dans l’alimentation végétale. 11 possède toutes les propriétés digestives réunies, c’est-à-dire qu’il digère à la fois les matières azotées, les matières albuminoïdes, les matières grasses et les matières féculentes. Toutefois il ne digère ces substances qu’autant qu’elles ont été préalablement préparées. Pour qu’il agisse sur les matières grasses, il faut que celles-ci aient été préalablement débarrassées de leur enveloppe cellulaire; pour agir sur les matières féculentes, il faut que celles-ci aient été hydratées ; et enfin pour agir sur les matières albumineuses, il faut que celles-ci aient été modifiées par une action semblable à celle

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