‹ Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine :Chapitre 96 sur 111 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

SOMMAIRE : Du but final de la digestion. — Nécessité de l’existence d'une fonction intermédiaire entre l’absorption et l’assimilation , ou nutrition. — Quelques considérations sur le parallèle entre les phénomènes de nutrition chez les animaux et les végétaux.

Messieurs,

Après avoir vu en quoi consiste la digestion, quia pour but de rendre solubles les substances alimentaires qui ne le sont pas, et de les faire pénétrer dans le sang, nous devons nous demander si ce travail digesiif qui s’exerce sur les matières alimentaires arrive à faire de toutes ces matières une ou plusieurs substances identiques dans tous les animaux, malgré la diversité d’alimentation, et enfin de quelle nature serait cette substance, résultat final de la digestion.

Les anciens pensaient que toutes les matières alimenlaires, quelle que fût leur nalui e, se réduisaient toutes en une substance homogène qu’ils appelaient le chyle, et qui n’était en quelque sorte qu’un sang grossier et ayant besoin d’être élaboré dans le poumon. Aujourd’hui nous savons que le mot chyle ^ pi is dans cette acception, n’a plus aucune valeur, et que le chyle est loin d’êire la quintessence des aliments, car il peut n’en contenir qu’un des principes. Aussi avons-nous dit qu’on doit supprimer cette proposition contenue

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encore dans la plupart des traités de physiologie, savoir, que la digestion a pour but de faire le chyle.

Les modernes ont admis d’autres opinions sur la digestion. Nous avons vu en effet qu’il y a trois espèces de substances alimentaires:

1° Les substances azotées ou albumineuses;

2“ Les substances féculentes ou sucrées ;

3° Les matières grasses.

Or, on a pensé qu’il y avait un produit ultime de la digestion répondant à chacun de ces groupes de matières, et qu’il fallait bien qu’il en fût ainsi, puisque les éléments du corps sont eux-mêmes constitués par ces trois ordres de substances, savoir : des éléments sucrés, albuminoïdes et gras; et comme on admettait, d’autre part, que les animaux étaient incapables de créer aucun principe immédiat , on pensait qu’il fallait qu’ils trouvassent dans les aliments les principes constituants tout faits; que s’il apparaissait de la graisse dans un animal, il fallait que cette graisse provînt de ses aliments, et qu’il en était de même des matières albuminoïdes et sucrées. En un mot, on admettait qu’il y avait nutrition directe, c’est-à-dire une sorte de migration , du milieu extérieur dans l’animal, des principes immédiats tout faits, et l’on opposait cette forme de nutrition directe des animaux à celle des végétaux capables de produire avec des éléments des principes immédiats. Une doctrine aussi absolue doit être abaiulonnée, et nous savons déjà, par les faits que nous avons énoncés dans le semestre dernier, que les animaux sont capables

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de produire des principes immédiats; de sorte qu’il n’est pas nécessaire, pour qu’un animal vive, qu’il prenne absolument dans ses alimen Is tous les principes immédiats dont son corps est constitué. Il faut, sans aucun doute, qu’il prenne les éléments de ces principes immédiats; mais il peut . les modiber pour en faire des principes immédials nouveaux et les approprier à sa substance. Il suffit de réfléchir un instant pour comprendre que cette nutrition directe ne peut pas avoir lieu, et qu’il faut bien que l’organisme animal prenne une part très active dans la préparation de ces principes immédiats et ne les reçoive pas passivement. Aucun des éléments azotés, par exemple, qui existent dans l’animal vivant, ne peut entrer sous cette forme par la digestion. Il est bien clair que la fibrine du sang, que l’albumine, ne sortent pas de l’intestin à l’état de fibrine ou d’albumine, etc. Les graisses ne se trouvent pas non plus toutes formées dans l’alimentation : ainsi les herbages ne contiennent pas la graisse du mouton ou du bœuf à l’état où elle se trouve chez ces animaux. De tout cela, il résulte que les animaux n’ont pas besoin de digérer nécessairement des princif)es alimentaires des trois espèces pour vivre.

D’abord il n’est pas nécessaire que l’animal prenne des matières sucrées; il peut s’en passer indéfiniment. C’est le cas des animaux carnivores, qui ne mangent jamais de matières sucrées. Cependant il n’est pas à dire pour cela qu’il n’y a pas de matière sucrée dans ces animaux; seulement elle est créée dans

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l’organisme, dans le foie, vt ne provient pas tou te formée de la matière sucrée de l’alimentation. î^es matières grasses ne sont pas non plus indispensables 1 1 l’on peut lessupprimer. Si on ne le peut en totalité, ce qui est très difficile, on peut au moins n’en laisser que de très faibles quantités, sans que l’alimentation des animaux en souffre et sans que pour cela il cesse de s’accumuler de la graisse en proportion considérable dans leurs tissus. Mais il y a une classe de matières dont l’animal ne peut se passer : ce sont les matières albuminoïdes ou azotées. La suppression des matières azotées dans l’alimentation, comme l’ont déjà vu MM. Chevreul et Magendie, amène rapidement la mort, et la vie ne saurait être longtemps soutenue uniquement à l’aide d’aliments sucrés ou gras.

Aussi, bien que les aliments qui pénètrent dans l’intestin soient de nature variée, bien que les proportions relatives de ces aliments soient aussi très variables, le travail de la. digestion n’en est pas pour cela profondément influencé. Il ne faudrait pas croire qu’il y aura absorption d’autant plus forte d’une substance alimentaii-e , que cette substance est ingérée en plus grande quantité dans l’intestin ; en effet, il y a toujours de très faibles proportions de matières sucrées et de matières grasses absorbées comparativement aux matières azotées, quelle q ue soit d’ailleurs la quantité introduite dans l’intestin.

Il y a une saturation d’absorption qui est généralement plus vite atteinte pour les matières sucrées et pour les matières salines que pour les substances azotées.

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Toutes les substances qui pénètrent dans l’organisme, quelles que soientleurs proportions d’ailleurs, et qu’elles arrivent par la veine porte ou par les vaisseaux chylifères, ne constituent pas immédiatement un élément du sang, par cela seul qu’elles y ont pénétré. Nous savons, par exemple, qu’en injectant dans une veine du système veineux général du sucre ou de l’albumine , on voit ces substances passer dans les urines; tandis que si on les intro luit dans l’intestin, ou si on les injecte dans les mêmes proportions par la veine porte, l’apparition de cette matière dans les urines n’a plus lieu.

Le passage de ralbumine dans les urines, lorsqu’elle a été injectée dans le sang, est un des faits les plus curieux, parce que l’albumine qui existe dans le sang paraîtrait étie une substance de la même nature que celle de l’œuf qu’on peut y injecter, et l’on ne comprend pas piourquoi cette matière ne reste pas dans le sang. Mais non-seulement l’albumine de l’œuf sort du sang, mais l’albumine du sérum passe elle-même; et en injectant, par exemple, 4 centimètres cubes de sérum d’homme dans la veine jugulaire d’un lapin, on voit, au bout d’une demi-heure ou d’une heure, non-seulement de l’albumine dans les veines, mais des globules de sang en quantité considérable,de manière à rendre l’urine sanguinolente; la mort de l’animal en est même quelquefois la conséquence. Toutefois ces désordres ne se remarquent pas quand on injecte l’albumine de l’œuf; le passage de cette substance dans les urines est le seul phénomène obsei vé.

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Toutes ces expériences prouvent donc que i’albuinine injectée dans le sang , sans avoir passé par le travail digestif et surtout par le foie, est impropre à entrer dans le sang comme un de ses éléments constituants. Ceci est surtout très remarquable pour l’albumine du sang; car on pouvait supposer que cette albumine, extraite du sang normal, était dans les conditions convenables pour entrer dans la composition du sang. Ceci prouverait encore que l’albumine, lorsque nous la prenons dans le sérum du sang, n’est yjlns la même matière que celle qui circule dans le sang vivant; en effet, la fibrine qui se trouve à l’état de dissolution dans le sang est probablement unie avec l’albumine dans un composé qui cesse d’exister quand le sang sorti des vaisseaux se coagule.

Lorsque les substances ont passé par la veine porte et par le foie, elles ont acquis la propriété de rester dans l’organisme, et d’entrer comme éléments constituants dans le sang. D’après cela, on voit donc qu’entre les produits des aliments et le sang du cœur, dans lequel ils doivent se rendre, il existe une fonction intermédiaire qui a pour but de rendre assimilables les substances arrivées de l’intestin et destinées à la nutrition. Non-seulement, les substances puisées dans l’intestin sont modifiées dans leur nature, mais on peut même dire qu’elles n’y entre qu’en certaine proportion: c’est ainsi, par exemple, que, quelles que soient les quantités des matières différentes contenues dans l’alimentation, la composition du sang reste la même. C’est ce qui explique comment le .sang qui

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sort du foie est à peu près le même chez lous les animaux, qu’ils soient herbivores ou carnivores. Cette fonction intermédiaire à la digestion et à la nutrition, qui se fait par la circulation hépa'ique, est sans contredit une des plus importantes. Nous savons que pendant son accomplissement il se crée des matières nouvellesjqu’un animal nourri exclusivement de matières azotées produit du sucre, etc.; que pendant ces métamorphoses de matière, il se développe une élévation de température constante; et nous savons aussi que lorsque cette fonction cesse de s’accomplir, les phénomènes de la vie deviennent languissants, et que la mort en est la consécjuence plus ou moinsimmédiate.

Cependant il n’est pas à dire j)Our cela que le foie agisse directement sur tous les princi[)es du sang pour les changer moléculairement au moment où ils traversent le tissu capillaire de cet organe; mais il existe dans le foie une création de matériaux nouveaux qui se mélangent au sang, te! qu’il arrive par la veine porte, et qui réagissent sur ses éléments de telle façon qu’ils donnent lieu à des combinaisons nouvelles.

On acitédes exempleschez 1 homme dans lesquels la veine porte, au lieu de traverser le foie, allait se rendre directement dans la veine cave inférieure Dans ces cas, la vie n’avait pas paru en souflrir et le foie avait accompli ses fonctions, parce qu’il recevait du sang par les artères hépatiques. De sorte que la fonction intermédiaire que nous signalons ici n’est pas l’action directe du tissu du foie sui' le sang qui le traverse, mais le mélange d’une certaine quantité de matériaux

CHEZ LES ANIMAUX ET LES VÉGÉTAUX. 501 fournis par le foie au sang qui le traverse. Maintenant on conçoit que ce mélange pourrait avoir lieu lors même que le sang ne traverserait pas immédiatement le foie.

D’après tout ce que îious avons dit précédemment, nous devons donc reconnaître que la nutrition n’est pas directe, qu’aucun ('lément alimentaire ne peut servir immédiatement à la nutrition, et qu’il est nécessaire, pour atteindre ce but, qu’il soit modifié préalablement en traversant un organe situé entre l’appareil digestif, par où pénètrent les matières alimentaires, et le système sanguin, qui doit porter ces matières dans les différents organes pour les nourrir.

Cette fonction spéciale qu’accomplit le foie, qui mériterait d’être dénommée d’une manière particulière, n’est pas la seule à considérer. Certains éléments peuvent pénétrei’ par les cliylifères avant d’arriver à constituer le sang artériel, qui est le liquide nutritif définitif, et qui seul arrive aux organes pour leur fournir les conditions d’excitation et de nutrition nécessaires pour l’entretien des phénomènes de la vie.

C’est ainsi qu’on doit comprendre l’ensemble des phénomènes nutritifs, qui sont loin d’être aussi simples qu’on a voulu le dire, et ne se bornent pas seulement à l’absorption directe des matières alimentaires.

Tout ce que nous avons dit précédemment ne s’applique qu’aux phénomènes de la nutrition chez les animaux ; il s’agirait maintenant de savoir si ces

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généralités priivent s'appliquer aux végétaux, ou bien si, comme on l’a pensé, il faut établir une différence radicale sous ce rapport entre les végétaux et les animaux.

On admet généralement qu’il y a antagonisme entie les phénomènes nutritifs dans le règne végétal et dans le règne animal; si bien qu’il existerait une espèce d’harmonie entre les produits /le ces phénomènes dans les deux règnes: que, par exemple, les végétaux, ayant pris dans l’atmosphère des éléments gazeux et de l’eau, constituent avec ces substances des principes immédiats. Ces principes seraient ensuite pris par les animaux qui les détruisent, les ramènent à l’état de principes élémentaires ammoniacaux ou carbonés, qui sont rendus à l’atmosphère et repris par les végétaux pour recommencei' le même circuit. Cette espèce d’échange perpétuel fait dépendre en quelque sorte les animaux des végétaux, les premiers étant considérés comme des appareils rétlucteurs, Us seconds comme des appareils comburants.

Sans vouloir nier l’espèce tle rapport générrd que nous venons de signaler, nous sommes loin d’admettre les conclusions qu’on en tire, à savoir, que les végétaux prennent des matières élémentaires pour en faire des |)rincipes imunhliats, et que tous les principes immédiats formés dans les animaux p.ro^^ennent nécessairement des végétaux, etc. En effet , il n’est pas exact de dire cpie les végétaux se nourrissent autrement que les animaux; une plante comme un animal se nourrit avec des principes immédiats. C'est ainsi,

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