DOUZIÈME LEÇON
Propriétés générales des muscles.
Les muscles sont les organes actifs du mouvement : on les divise, suivant leurs caractères histologiques, en muscles lisses et en muscles striés. Ce sont les propriétés de ces derniers que nous étudierons plus spécialement. Ils sont formés par l'empilement de disques alternativement clairs ou disques minces et obscvirs ou disques épais (fig. 126). Ces fibres réunies en faisceau sont enveloppées d'une membrane conjonctive ou aponévrose et se terminent par des tendons.
Irritabilité, élasticité, contractilité, — Les fig. 126. — Fibre
- ••11 -1 musculaire: D C,
muscles sont irritables, c est-à-dire qu ils disque ciair; do,
^ disque opaque.
réagissent sous l'influence des excitants. Ces derniers sont les mêmes que ceux des nerfs dont il a été question dans la huitième leçon; mais, avec le muscle, le résultat de l'excitation est la contraction musculaire, qui consiste en un raccourcissement et un épaississement du muscle.
130 l>HOnniKTI>S GÉNÉRALES DES Ml'SCLES
Ow poul se deniancler s'il y a, en morne temps, varialion de A'olume. L'expérience suivante démontre qu'il no
se produit, sous oe rapport, aucun changement apprécia])le.
On introduit le train postérieur d'une grenouille dans un flacon rempli d'eau et fermé à l'aide d'un bouchon traversé par un tube capillaire et par deux fils électriques pouvant exciter ce train postérieur (fig. 127).
A l'état de repos des muscles, l'eau monte à un certain niveau dans le tube capillaire. Si on lance un courant dans les fils, les muscles se contractent et cependant le niveau ne varie pas sensiblement.
Le raccourcissement et le gonflement des muscles sont étudiés à l'aide d'instruments dits inyographes : les uns sont direc/s, les autres à transmission.
Nous allons étudier le raccourcissement du muscle, d'abord par le procédé direct, ensuite par celui de la transmission.
Le myographe direct (fig. l'.S) se compose essentiellement d'un levier horizontal pouvant osciller autour d'un point fixe. A ce levier sont rattachés deux fils : l'un, terminé par un crochet, va se fixer au tendon du muscle en expérience; l'autre, de direction inverse et réfléchi sur une poulie, est tendu par un petit poids ou ressort destiné à ramener le levier à l'équilibre, quand il en a été dévié par la contraction du muscle.
Dans le myographe à transmission (fig. 129), le membre a son tendon rattaché par un fil au levier d'un tambour récepteur; ce dernier est conjugué à un tambour enregistreur à l'aide d'un tube en caoutchouc.
Fig. 127. — Dispositif pour montrer qu'en se contractant, un muscle no change pas (le volume.
IRRITATîIUTf:, ÉLASTICITÉ, CONTRACTIUTÉ 1^1
Le mvogi'aphe direct pour rëtiule du gonflement du
FiG. 129. — Myographe à transmission pour l'étude du raccourcissement du muscle.
muscle est composé d'un simple levier pouvant osciller
autour d'un point fixe et reposant sur le muscle, non loin de son point d'oscillation (fig. i3o). Quand le muscle se eonfle, le levier est naturellement soulevé.
Avec le modèle à transmission^ on fait reposer sur le
FiG. 130. — Myographe direct pour le gonflement du muscle (ici le cœur).
muscle le levier d'un tambour récepteur conjugué à un tambour enregistreur (fig. i3i).
Nous nous occuperons du fonctionnement des myograpbes à propos de la secousse musculaire, dans la prochaine leçon.
Quand le muscle s'est contracté, il revient, l'excitation cessant, à son état d'équilibre; il en est de même lorsqu'il a été allongé par une traction modérée : c'est ce qui constitue V élasticité musculaire.
Le muscle est, en effet, un organe faiblement et par-
IRRITABIUTÉ, ÉLASTICITÉ, CONTRACTIUTÉ 1:}:]
faitement élastique, c'est-à-dire : i" (ju'il i'aiil un faible poids pour Tallonger; a" qu'il reprend exactement sa forme quand la traction cesse.
FiG. 131. — Myographe à transmission pour lo gonflement du muscle.
Une trop forte traction détruit ou plutôt rend imparfaite l'élasticité du muscle.
Pour le démontrer, prenons un gastrocnémien^de grenouille, fixonsle par un de ses tendons t et accrochons à l'autre des poids de plus en plus forts : ce dernier porte, en outre, un index i qui se déplace devant une règle graduée/' (fig. i32).
On constate que, pour des poids faibles, l'index revient à son point de départ, quand la traction est supprimée, tandis que, pour des poids forts, le muscle reste allongé après l'enlèvement de la charge.
Ce même dispositif permet aussi de voir de quelle longueur un muscle s'allonge pour une traction donnée.
On peut encore chercher quel est le poids suscei)til)le
R, Dubois. Physiolog, expériment. 8
Fig. 13i. — Etude de Télasticité musculaire : r/ gastrocnômien de grenouille, l I' ses tendons, )■ règle graduée, i index.
1S4 PROPIiŒmS GIŒKRALES DES MUSCLES
d'amener la ruplure du muscle et mesurer ainsi sa ténacité.
Courants électriques musculaires. — Le muscle est le siège de manifestations électriques analogues à celles des nerfs. A l'état d'inaction, sa surface naturelle a un potentiel plus élevé que sa surface de section. De même que pour le nerf, quand le muscle entre en action, c'est-à-dire en contraction, la distribution électrique change et le potentiel baisse à la surface naturelle.
On étudie ces manifestations électriques par le procédé employé pour les nerfs, ou bien encore au moyen de la patte galva iioscopiqiie. Celle-ci n'est autre chose qu'une patte de grenouille détachée de l'animal, à laquelle le nerf sciatique disséqué avec soin et sectionné près de son origine centrale reste attaché. Nous avons vu dans la neuvième leçon comment on doit procéder.
Les muscles et les nerfs, surtout chez les animaux à sang froid, gardent pendant un certain temps leurs j)ropriétés physiologiques, ce qui permet de faire avec la patte galvanoscopique quelques expériences intéressantes.
Si nous excitons , à l'aide d'un excitateur relié à une pile ou à la bobine d'induction, le nerf de la patte galvanoscopique, nous obtenons aussitôt une contraction.
Mais on peut se passer de la pile et de la bobine pour arriver au même résultat.
Il suffit de relever avec un pelit crochet de verre G l'extrémité du nerf sciatique N, de façon qu'elle vienne loucher un point de la surface naturelle du muscle M (fig. i33), pour que la patte se contracte. Cela tient à ce qu'au moment où le contact a été établi, le nerf a été parcouru par un courant allant de la surface naturelle
COCHANTS KLECTltiqUES MUSCULAIRES 13',
du muscle à la surface de section, cette dernière étant négative ou mieux à un potentiel inférieur par rapport à la première.
Fici. 133. — Patte galvanoscopiquo.
On peut faire une expérience analogue en se servant d'une seconde patte et en mettant le nerf sciatique de la première en contact d'une part avec la section, et d'autre part avec la surface des muscles de cette patte; mais, après
FiG. 134. — Contraction induite : A B, pattes de grenouilles, «?/' leurs nerfs sciatiquos,
p pile, ce' leviers-clefs.
cette contraction, on peut en provoquer une deuxième en excitant le nerf de la seconde patte. Gela n'est pas surprenant, puisque la contraction de cette dernière amène une modification dans la distribution de l'électricité et un renversement du courant d'inaction. On a donné à ce phénomène le nom de conlraclioii induite (fig. i34).
On][comprend facilement qu'en disposant à la suite les unes des autres un certain nombre de pattes galvanoscopiques de la môme manière, on puisse, en excitant le
nerf sciatique de la première, faire contracter toutes les autres (fig. i35).
Si la patte intluctrice est en état de contraction perma nente, c'est-à-dire de tétanos musculaire, la patte induite est maintenue dans le môme état.
Plaques motrices. — Le nerf moteur est
Fig. IHo. — Série de pattes galvanoscopiques, pp'p' iirduisant chacune par sa contraction une con- relation aVeC le
traction dans la suivante.
muscle qu'il commande par des terminaisons spéciales qui ont reçu le nom de plaques motrices. La destruction ou la paralysie de ces terminaisons suffit pour que le muscle ne réponde plus quand le nerf est excité. Nous allons prouver cette assertion par l'étude de l'action du curare sur ces plaques.
Comme vous le savez, le curare est un poison paralysant : nous avons mis à profit cette propriété comme moyen de contention.
Pour que la motricité s'exerce, il faut d'abord qu'il y ait intégrité: i° des centres moteurs; 2° des nerfs moteurs; 3° des muscles. On peut se demander, d'une part, si c'est sur un de ces trois éléments que le curare porte son action, et, d^autre part, si la sensibilité est conservée chez l'animal curarisé.
PLAQUES MOTRICES jSl
Par une première expérience, on démontre que la contractilité musculaire n'est pas abolie sur l'animal paralysé par le curare : il sufTit pour cela d'exciter direc-tement ses muscles par l'électricité et on les voit se contracter. Ce n'est qu'avec de très hautes doses de poison que cette contractilité est affaiblie (fig. i36).
Chez la grenouille curarisée, mais dont les muscles se contractent bien sous l'influence d'une excitation électrique directe, on constate, en outre, que celle d'un nerf quelconque n'est suivie d'aucun effet. Pourtant le curare n'empoisonne pas le nerf, comme on peut s'en assurer en faisant tremper, par exemple, le nerf sciatique d'une patte galvanoscopique dans un verre de
... 1 Fig. J36. — Expérience montrant que
montre contenant une SOlu- le muscle n est pas atteint dans l ein-
1 1, ... I poisonnement curarique : en rt, l'exci-
tlOn de curare : 1 excitation de ration des nerfs lombaires, N l ne
. produit rien, en b l'excitation de la
ce nerf produit une COntraC- patte p produit une contraction.
tion.
L'expérience suivante va vous montrer que les centres ne sont pas atteints non plus et que seuls les points de contact des nerfs et des muscles, c'est-à-dire les plaques motrices, sont paralysés. Ces dernières ne sont pas frappées sans retour, car après l'élimination du poison, la motricité reparaît. Quant à la sensibilité, elle persiste tout entière.
Après avoir fendu la peau du dos d'une grenouille, depuis l'anus jusqu'à la dernière vertèbre, on aperçoit une pièce osseuse, ou hypostylc^ sur laquelle s'appuie
^ il.coccy.
.'.ni.
le^bassin ; en la réséquant, o]i met à nu : i° l'aorte médiane; a° à droite et à gauche trois filets nerveux, qui sont les origines des sciatiques des deux pattes (fig. 137).
A l'aide d'une pince fine et courbée nous passons un fil, de manière à laisser audessus de lui les deux paires
Fig. 137. — Mise à nu dos norfs lom- uerveUSeS et aU-deSSOUS baires et de l'aorte chez la grenouille :
il.coccy muscle iléococcygien, ni nerfs 1 aOrtC. NoUS paSSOUS égalombaires, ao aorte, obl.iiit muscle obli- ^ que interne, fess muscle fessier, trie mus- lement le fil SOUS IcS dcUX clo triceps fémoral, R rectum.
ischions. Les deux bouts ramenés sous la face ventrale de la grenouille sont liés solidement (fig. i38). De cette manière, par suite de la compression de l'aorte, la communication vasculaire est interrompue entre le train antérieur et le train postérieur de l'animal; mais, les nerfs étant au-dessus de la ligature, la communication nerveuse persiste.
On injecte alors, dans la partie antérieure de l'animal, un demicentimètre cube environ d'une solution de curare à i pour loo.
Ce train antérieur ne tarde pas à se paralyser, mais, en pinçant une fio. iss. - Grenouille préparée
, 1 . . ■■ pour montrer l'intégrité des
patte de devant, on voit les pattes centres et la persistance do la . . . , sensibilité après l'empoisonnc-
de derrière réagir violemment. ment curanquo : n nerfs lom-
" baires, L ligature.
Au lieu de protéger tout le train postérieur contre l'empoisonnement, on peut ne garantir qu'une patte en la liant entièrement, sauf le scia-